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L'arménien donne une glose, au lieu du texte mémo

17A Les Martyrs

une seconde fois le deuil dans cette maison. Et moi, veuve malheureuse, privée de mon époux et de ma fille, je n'ai pins aucun secours pour repousser tes violences. Dieu de Thécla, sois son appui, car Thécla est aussi ma fille. » Alexandre s'éloigna, il semblait terrifié. Le préfet, averti, donna l'ordre à ses soldats d'aller prendre la vierge. Triphéna voulut la suivre; elle lui prit la main et sortit avec elle. « Déjà, disaitelle, j'ai accompagné ma Falconilla jusqu'à son tombeau, et aujourd'hui c'est toi, ma chère Thécla, ma fille, que je conduis aux bêtes qui vont te dévorer. » La martyre^ en entendant ces plaintes, versa des larmes, et d'une voix étouffée par les sanglots : « Mon Seigneur et mon Roi, s'écria-t-elle, l'objet de ma foi et mon unique refuge, déjà vous m'avez arrachée aux flammes ; daignez accorder à Triphéna une récompense digne de la pieuse passion qu'elle a montrée pour votre servante : c'est elle qui a sauvé mon honneur. »

Cependant le tumulte était grand dans le peuple, qui s'agitait et poussait des cris confus. Parmi les femmes qui étaient accourues à l'amphithéâtre, les unes disaient : « Qu'on fasse entrer cette femme sacrilège. » Mais les autres criaient : « C'est une atrocité, c'est de la tyrannie I Tant d'iniquités pèseront sur notre ville pour sa ruine. Proconsul, c'est nous toutes qu'il faut frapper. » En même temps Thécla, arrachée des mains de Triphéna, était dépouillée de ses vêtements. Elle se ceignit d'un voile, et fut jetée dans le stade. D'abord on lança des lions et des ours ; mais la lionne, dont la vierge avait déjà apaisé la férocité, courut à elle et se coucha à ses pieds. A cette vue, les femmes jetèrent un cri. Un ours s'approcha; la lionne s'élança sur lui et le déchira. Un lion vint à son tour ; il appartenait à Alexandre, qui l'avait accoutumé à se nourrir de chair humaine. La lionne le saisit et combattit longtemps contre lui, jusqu'à ce qu'enfin lous deux^ expirèrent dans la lutte. Les femmes pleurèrent la lionne, car Thécla avait perdu son défenseur. On lâcha ensuite un grand nombre de bêtes sauvages; et Thécla restait debout, immobile au milieu du cirque. Les mains élevées vers le ciel, elle priait; et les bêtes semblaient respecter sa prière. Quand elle eut fini, elle se retourna, vit un large bassin plein d'eau : « Il est temps que je me purifie », ditelle. Et elle se jeta d'elle-même dans le bassin, en disant :

Appendice I7î>

" Jésiis-Chrisf, mon SciiJi'ncur. en votre nom. je suis hnplisée à mon dernier jour. » Les femmes et tout le peuple lui criaient : « Ne te jette pas dans cette eau. » Le proconsul luimême ne put retenir ses larmes, en voyant tant de grâce et de beauté jetées en pâture à la dent des phoques.

Mais à peine Thécla s'était élancée au nom du Seigneur Jésus-Christ qu'un éclair avait brillé, et foudroyé les phoques, dont on vit aussitôt les cadavres flotter sur le bassin, en même temps qu'un nuage de feu, enveloppant la vierge, la défendait contre les bêtes et la voilait à tous les regards. Cependant d'autres monstres plus féroces encore furent lâchés contre elle ; les femmes. etTrayées, poussant un cri de terreur, jetèrent de dessus les gradins dans l'arène une quantité de parfums qu'elles portaient sur elles. L'odeur enivrante de ces aromates saisit les bêtes et les endormit, en sorte qu'aucune d'elles ne toucha à la vierge. Alexandre dit alors au préfet : (' J'ai des taureaux furieux ; qu'on attache cette femme pour qu'ils la traînent et la déchirent. » Le préfet lui répondit avec tristesse : « Fais ce que tu voudras. » Ils attachèrent donc les deux pieds de Thécla chacun à un taureau ; et pour animer ces bêtes, on leur appliqua sur les flancs des fers rougis au feu, afin que, s'écarLant avec violence, elles missent en pièces leur victime. Les taureaux, animés par la souffrance, s'élancèrent en poussant des mugissements affreux; mais les liens se brisèrent, et Thécla resta libre au milieu du stade.

Cependant Triphéna, brisée par ces scènes cruelles, venait d'expirer, et sa mort occupait toute la ville. Alexandre luimême, effrayé, s'adressa au préfet, et lui dit : « Je t'en conjure en mon nom et au nom de la ville, aie pitié de nous tous, et délivre cette femme, qui triomphe même des bêtes sauvages, de peur que la ville ne périsse, et toi et moi avec elle ; car si ces choses pa^^^ennent aux oreilles de César, il détruira la ville. Triphéna, qui vient de mourir sur les bancs d\i théâtre, est une princesse de son sang. » Le préfet fit donc approcher Thécla, et lui dit : « Qui es-tu? et qu'y a-t-il en toi, pour qu'aucune des bêtes sauvages ne t'ait touchée? » Thécla répondit : « Je suis la servante du Dieu vivant. Il n'y a vn moi autre chose que la foi au Fils de Dieu, le Seigneur Jésus- Christ, en qui le Père a mis toutes ses complaisances. C'est par

lui que j'ai été préservée des bêtes ; car lui seul est la voie du salut éternel, et le fondement de nos espérances à l'immortelle vie ; dans la tempête, il est le port; dans la tribulation, le repos; l'espérance et le refuge dans le désespoir; en un mot, celui qui ne croit point en lui ne vivra pas; il demeurera dans la mort durant des siècles sans fin. »

Après cette réponse, le préfet lui fit apporter des vêtements, et Thécla lui dit : « Que le Dieu qui a couvert ma nudité, quand j'étais au milieu des bêtes, te revête de son salut, au jour de son jugement. » Elle se couvrit donc de ces vêtements. Le préfet fît publier aussitôt le décret suivant : « Je vous accorde la liberté de Thécla, la servante du Christ. » Les femmes applaudirent, en jetant un grand cri ; et, tout d'une voix, elles rendirent gloire à Dieu, en disant : « Il n'y a qu'un Dieu, le Dieu de Thécla, non, il n'y a qu'un Dieu, le Dieu qui a sauvé Thécla. » Toute la ville s'ébranlait dans son enthousiasme, lorsque tout à coup, au milieu de ces joyeuses acclamations, Triphéna elle-même est rappelée à la vie ; elle se mêle à la foule et court se jeter dans les bras de Thécla. « Maintenant, lui dit-elle, je crois à la résurrection des morts ; je crois que ma fille est vivante 1 Viens, Thécla, tu es aussi ma fille ; viens dans ma demeure • je veux aujourd'hui te donner tous mes biens. » La vierge suivit en effet Triphéna et se reposa chez elle plusieurs jours. Pendant ce temps, elle lui enseigna la doctrine du Seigneur ; Triphéna crut, et avec elle la plupart de ses femmes ; et la joie fut grande dans toute la maison.

Cependant Thécla désirait revoir Paul, et elle le faisait chercher partout. Enfin on lui annonça qu'il était à Myra, en Lycie ; elle prit avec elle des jeunes filles et quelques jeunes gens, se mit une ceinture autour des reins, donna à sa tunique la forme d'un vêtement d'homme, et partit pour la ville de Myra. Elle y trouva en effet Paul annonçant la parole de Dieu, et se présenta à lui avec tous ceux qui l'avaient accompagnée.

Paul fut saisi d'étonnement en la voyant, elle et cette troupe nombreuse ; il craignit que ce ne fût encore une nouvelle épreuve. Thécla, qui s'en aperçut, lui dit : « Paul, j'ai reçu le bain sacré ; car celui qui a opéré avec toi dans la pré-

dicatioi. Lv. l'KNangile a ooopéré de même avec moi pour ma régénération dans le baptême. » Alors Paul la prenant avec lui, la conduisit dans la maison d'Hermès. Là, elle raconta à r\p6lre tout ce qui lui était arrivé à Antioclie. A ce récit, Paul fut dans l'admiration, et les autres qui l'entendaient sentaient leur loi s'aftermir; tous faisaient des vœux pour Triphéna. Ensuite Thécla, se levant, dit à Paul : « Je vais à Iconium »; el Paul lui dit : « Va, et enseigne la parole de Dieu. » Avant de partir, elle laissa une grande quantité d'or et de vêtements que Triphéna envoyait à Paul pour assister les pauvres.

Thécla vint donc à Iconium et se rendit aussitôt à la maison d'( )nésiphore. En y entrant, elle se prosterna à la place où Paul était assis, lorsqu'il enseignait; elle y pria longtemps, en versant d'abondantes larmes. Dans sa reconnaissance, elle publiait la bonté de Dieu sur elle et disait : « Seigneur, Dieu de cette maison, où votre lumière, pour la première fois, a éclairé mon âme ; Jésus, Fils du Dieu vivant, vous avez été mon protecteur contre les magistrats, mon protecteur sur le bûcher, mon protecteur au milieu des bêtes sauvages; car c'est vous qui êtes le seul Dieu, dans les siècles des siècles. Amen*. »

Thamyris était mort; mais Théoclia vivait encore. Thécla la fit venir auprès* d'elle, et lui dit : « Théoclia, ma mère, veux-tu croire au Seigneur, le Dieu vivant qui habite dans les cieux? Si tu désires des richesses, il t'en donnera par mes mains; et si tu lui redemandes ta fille, ma mère, me voilà près de toi. » Ainsi parlait Thécla, et elle cherchait en toutes manières à l'amener à la foi. Mais Théoclia refusa de croire aux discours de la bienheureuse martyre. Alors Thécla, voyant qu'elle ne pouvait rien, se marqua du signe de la croix et .sortit. Elle vint à Daphné, entra dans le monument où elle avait retrouvé Paul avec Onésiphore, et, se prosternélnt la lace contre terre, elle pleura devant Dieu. Puis elle se rendit k Séleucie, et c'est là qu'elle s'est endormie en paix dans le Seigneur, après avoir éclairé des luniières de la parole sainte un grand nombre des habitants de la ville.

a. L'armcaien contient quelques phrases de plut,

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