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LES ACTES DE SAINT ANDRÉ APOTBE

EN ACHAIE, VERS 70

Cette pièce célèbre ne peut dater, dans sa forme actuelle, d'une époque antérieure au IV« siècle. On ne saurait entrer ici dans la discussion de cet écrit, que l'on donne sans rien préjuger de sa valeur historique.

ïiscHENDORFF. Actu ûfost. opocr. (i85i), p. io5 et suiv. — BoKNET, Martyriuni Andrex (1894), xni, p. 353, ap. Anal. Boll.

Les Actes de saint André, Apotrb

Ce que nous avons vu de nos yeux, nous tous prêtres et diacres des Eglises d'Achaïe, nous l'avons écrit à toutes les Eglises établies à l'Orient et à l'Occident, au Septentrion et au Midi. Paix à vous et à tous ceux qui croient en un seul Dieu, parfait en trinité, vrai Père qui engendre, vrai Fils qui est engendré, vrai Esprit-Saint procédant du Père et résidant dans le Fils; afin qu'il soit connu que l'Esprit-Saint est dans le Père, et que le Fils engendié est une même substance que celui qui l'a engendré. Nous avons reçu cette règle de foi de l'apôtre de Jésus-Christ, saint André, dont nous avons contemplé le martyre que nous vous racontons.

Le gouverneur Egée, étant entré dans la cité de Patras, fit d'abord saisir ceux qui avaient foi dans le Christ, et les voulut contraindre de sacrifier aux idoles.

André lui dit : Toi qui es juge des hommes, tu aurais dû connaître ton juge qui est dans le ciel, l'adorer après l'avoir connu, et en adorant le vrai Dieu, renoncer à ceux qui ne sont pas des dieux.

Egée répondit : Es-tu cet André qui veut ruiner les temples des dieux, et qui, par tes séductions, entraînes les hommes à cette honteuse superstition que récemment les priiiCe» de ïlomc ont prescrit d'anéantir?

André : Les princes de Rome n'ont pas encore connu la vérité ; ils ignorent que le Fils de Dieu, venu pour le salut des hommes, a enseigné que ces idoles non seulement ne sont pas des dieux, mais des démons funestes, ennemis du genre humain, qui apprennent aux honnnes des actions dont la malice provoque la colère de Dieu, afin t^u'étant offensé, il se détourne d'eux et ne les exauce plus, et i[iie, semblables à des o>cIaves, ils soient retenus captifs par le diable, qui se joue lieux jusqu'à ce que, sortant du corps dans un état de damnation et de nudité, ils n'aient plus rien avec eux que le pesant lardeau de leurs péchés.

Egée : Paroles oiseuses, et votre Christ, qui enseignait de la sorte, a été attaché à la croix par les Juifs.

André : Oh! si tu voulais connaître ce mystère de la croix, et comment le Créateur du genre humain, dans son désir très ardent de nous réconcilier à Dieu, sans y être contraint volontairement, a accepté de lui-même ce supplice !

Egée: Celui qui, dit-on, a été livré par son disciple, garrotté par les Juifs, amené devant le gouverneur, qui sur leur demande le livra à ses soldats pour être crucifié, aurait-il subi volontairement le supplice de la croix ?

André : Moi qui ai toujours été avec lui, j'affirme qu'il a souffert de son plein gré ; car longtemps avant d'être trahi par son disciple et crucifié, il nous prédit qu'il ressusciterait après trois jours; et Pierre, mon frère, lui ayant dit : « Épargnez-vous vous-même, Seigneur; que ce malheur ne vous « arrive pas! » il s'indigna contre lui : « Arrière ! fils de Satan, « lui dit-il, tu ne sais pas goûter les pensées de Dieu, n Et comment eùt-il pu nous affirmer ainsi sa mort future, s'il eût enduré sa passion malgré lui? Il ne nous eût pas dit : « J'ai -< le pouvoir de donner ma vie, j'ai aussi le pouvoir de la reu prendre. » Enfin, comme il prenait avec nous son repas, il dit aussi : « Un d'entre vous me trahira. » Celte parole nous ayant tous contristés, il nous dit encore : « Celui avec qui je « mets la main dans le plat, c'est celui-là même qui me « trahira. » Puisqu'il connaissait comme passées les choses futures, c'est donc volontairement qu'il a été livré. En effet, il n'évita pas même le traître, et demeura dans le lieu où il savait que celui-ci devait venir.

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— J'admire qu'un homme aussi sage que tu nous le représentes ait été, de gré ou de force, comme tu le reconnais, attaché à une croix.

— C'est en cfïet, je te l'ai dit, le grand mystère de la croix que je t'expliquerais si tu voulais l'entendre.

— Ce n'est pas un mystère, mais un supplice.

— Si tu m'écoutes un instant, tu verras que par ce supplice a été accomplie la régénération du genre humain.

— J'écoute; mais toi, si tu ne m'obéis pas à temps, tu pourrais bien éprouver en ta personne ce mystère de la croix.

— Si je redoutais le supplice de la croix, je ne prêcherais pas la gloire de la croix.

— Ton galimatias présage pour toi le châtiment de la croix ; c'est ta malice qui te fait mépriser la mort.

— Ce n'est pas la malice, mais la foi ; la mort des justes est précieuse, mais la mort des pécheurs est très funeste; aussi voudrais-je te faire entendre le mystère de la croix, afin que mieux instruit que tu ne l'es, et fidèle, tu puisses sauver ton âme.

— Mon âme est-elle donc morte, pour que je doive essayer de la sauver par je ne sais quelle foi ?

— Voici ce que je désire très vivement t'apprendre. Après t'a voir enseigné la perte de la justice originelle dans les âmes, jeté manifesterai la restauration de cette justice par le mystère de la croix. Le premier homme a introduit la mort par le bois de la prévarication : il fallait que la mort fût chassée par le bois de la passion. Et de même que le premier homme fut formé d'une terre sans souillure, ainsi devait naître d'une vierge immaculée l'homme parfait, par lequel le Fils de Dieu, qui, dans le principe, avait créé l'homme, réparât la vie éternelle que les hommes avaient perdue par Adam. Afin d'anéantir par le bois de la croix le bois de la convoitise, il étendit sur la croix ses mains pures qui devaient réparer le crime de nos mains rebelles; au lieu de la nourriture délicieuse que l'homme avait convoitée, il reçut un breuvage de fiel, et prenant sur lui notre mort, il nous fit don de son immortalité.

— Bon pour ceux qui croient en toi, mais si tu ne m'obéis pas, si tu n'offres pas un sacrifice aux dieux tout-puissants,

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nprôs l'avoir fait flageller, je te ferai attaclier h cette croiv que lu (vÎL'bres.

— Chaque .jour j'offre au Dieu tout puissant un sacrifice vivant, non la fumée de l'encens, non \c. sang des boucs, non la cliair des taureaux qui nuigissent ; mais J'offre à Dieu sur l'autel (le la croix l Agneau sans tache dont la chair sert de nourriture, et dont le sang sert de breuvage au peuple qui a foi dans le Christ ; et cependant, après son immolation, cet Ni/neau demeure entier et vivant.

- Clomment cela peut-il se faire?

Si tu veux apprendre ronujient cela peut se faire, fais-toi ilisciple, et lu connaîtras ce que tu cherches.

Les tourments, malgré toi, sauront m'en instruire.

— .le suis surpris qu'un homme grave comme toi déraisonne au point de croire (juc les tourments pourront te révéler le divin sacrifice. Tu as entendu le mystère de ce sacrifice; si tu veux croire que le Christ, Fils de Dieu, qui a été crucifié par les Juifs, est vrai Dieu, je t'expliquerai comment vit cet agneau qui, même après avoir été immolé, demeure entier et. sans tache, dans son royaume.

— Conunent l'agneau demeurera-t-il dans son royaume, si, comme lu raffirmes, il a été mis à mort et mangé par tout le peuple ?

— Si tu \eux croire de tout ton cœur, tu pourras l'apprendre ; mais .si tu ne crois pas, tu n'arriveras jamais à la parfaite ■\érité.

Alors Egée irrité ordonna qu'il fût gardé en prison. Pendant qu'il y était enfermé et seul, une multitude de gens de toute la contrée >irHent vers lui, comme s'ils voulaient faire périr Egée et délivrer l'apôtre de la prison. Le bienheureux André leur dit : ^e troublez pas cette paix douce et tranquille qui plaît tant à Noire-Seigneur Jésus-Christ, et n'excitez pas des troubles qu'aime le démon ; car le Seigneur, lorsqu'il fut livré, supporta patieimnent toutes choses ; il ne ré.sista pas, il ne cria pas, personne n'entendit sa voix .sur les places publiques. Tenez-vous donc en silence, gardez la paix et le repos, et n'empêchez pas mon martyre ; mais plutôt préparez vous vousmêmes, comme des athlètes du Seigneur, à vaincre les menaces, avec un cœur intrépide, et à surmonter les tour-

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ments par la fermeté de vos corps. S'il est une crainte capable d'émouvoir, que celle-là vous effraie plutôt, qui a pour objet un mal sans fin; car la crainte que peuvent inspirer les hommes est comme une fumée qui s'élève tout à coup, et tout aussitôt s'évanouit. Si une douleur est redoutable, c'est celle qui commence pour ne jamais finir. En ce monde la douleur, quand elle est légère, peut aisément se supporter; si elle est excessive, elle donne promptement la mort ; mais celle qu'il faut craindrtî est éternelle : là se trouvent les pleurs sans fin, stupeur profonde, les hurlements et un jugement sans terme. C'est cette douleur que le gouverneur Egée ne craint pas d'affronter. Quant à vous, employez ces souffrances d'un moment à conquérir les joies éternelles, où toujours vous serez dans l'allégresse, toujours vous fleurirez, toujours vous régnerez avec le Christ.

Pendant toute la nuit, le bienheureux André encourageait ainsi le peuple ; mais, àbs l'aube, Egée se le fit amener, el, ïissis sur son tribunal, il dit à l'apôtre : Je pense que les réflexions de la nuit auront chassé cette folie de ton esprit, et que tu ne te plais plus à prêcher ton Christ, afin de pouvoir longtemps jouir avec nous des délices de cette vie; car c'est pour le moins une folie de vouloir subir le supplice de la croix, et de se vouer soi-même aux cruelles flammes du bûcher.

— Il est des délices que je puis goûter avec toi, si tu veux croire au Christ et abandonner le culte des idoles. C'est le Christ qui m'a envoyé dans cette contrée, où j'ai acquis au Seigneur un peuple nombreux.

— C'est pour cela même que je te force à sacrifier ; je veux que la foule que tu as séduite, abandonnant ta folle doctrine offre des sacrifices aux dieux; car il n'est pas une ville en Achaïe où le culte des dieux ne soit odieux et par conséquent complètement renversé. Fais donc en sorte que les dieux qui sont irrités contre toi s'apaisent, et que tu puisses demeurer dans notre amitié ; autrement, en réparation de l'honneur des dieux, tu seras torturé, et enfin tu mourras attaché à cette croix que tu glorifies.

— Ecoute, fils du diable, paille légère destinée aux brasiers éternels, écoute-moi, jnoi qui suis le serviteur du Christ : jusqu'à

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ce moment j'ai paisiblement discouru a\ec toi sur la foi, afin que. (ievenu défenseur énergique de la vérité et méprisant les idoU>s. tu ador;isses le vrai Dieu ; mais puisqtie tu demeures dans les impuretés, et que tu penses m'épouvanter par tes menaces, imagine pour moi les plus atroces supplices; je serai d'autant phis aLTréable à mon Roi, que ma constance ;\ confesser son nom dans les tourments sera demeurée plus inébranlable.

Alors Egée ordonna qu'on retendît et qu'on le battît de verges ; et quand on eut éloigne les soldats qui l'avaient flagellé, André se releva et fut amené devant le gouverneur, qui lui adressa ainsi la parole : Écoute-moi, André, ne laisse pas répandre ton sang ; autrement je te ferai périr sur la croix.

— Je suis le serviteur de la croix, et je dois bien plutôt désirer le tropbéede la croix que le craindre : pour toi, des peines éternelles et méritées te sont réservées, si, apivs avoir éprouvé ma patience, tu ne veux pas même alors croire au (Ihrist. Car je tremble bien plus pour ta fin que pour la mienne. Ce que j'aurai h souffrir peut durer l'espace d'un jour ; mais les supplices après mille ans seront encore nouveaux ; n'augmente pas ta misère, et n'allume pas pour toi un feu éternel.

Kgée ordonna qu'il fût m*; en croix, recommandant aux bourreaux qu'il y fût attaché les pieds et les mains liés comme sur le chevalet; car il craignait que, brisé par la douleur, il ne mourût aussitôt, et voulait au contraire qu'il fût tourmenté par de plus longues angoi.sses. Pendant que les bourreaux le conduisaient au supplice, il se fit un grand concours de personnes qui criaient . « Qu'a fait ce juste, cet ami de Dieu, pour qu'on le mette en croix? » Mais le bienheureux André réprimandait le peuple, le priant de n'être pas un obstacle pour lui, et joyeux il s'avançait continuant toujours sa prédication.

Arrivé au lieu où la croix était préparée, et l'apercevant de loin, il s'écria à haute voix : Salut, ô croix consacrée par le corps du Christ, sur laquelle ses membres ont brillé comme des perles ! Avant que mon Maître eût été attaché à ton bois, tu inspirais une crainte terrestre ; mais maintenant tu n'inspires plus qu'un céleste désir. Tu n'as que des récompenses pom- celui qu'on attache à tes bras ; les fidèles savent quelles grâces tu procures, quels dons tu prépares ; tranquille et

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joyeux, je viens à toi, reçois-moi dans l'allégresse et le triomphe, moi le disciple de Celui qui fut attaché sur toi. C'est pour cela que je t'ai toujours aimée, que toujours j'ai désiré t'embrasser. O croix bienheureuse, magnifiquement embellie par les membres du Seigneur ; toi, si ardemment désirée, recherchée par tant de veilles, enlève-moi du milieu des hommes pour me rendre à mon Maître; c'est par toi qu'il m*a racheté, qu'il me reçoive aussi par toi.

Disant ces paroles, il ôtait ses vêtements et les donnait aux bourreaux, qui, s'approchant de lui, relevèrent sur la croix, où il fut suspendu avec des cordes. Environ vingt mille hommes étaient réunis alentour; parmi eux était Stratoclès, frère d'Egée, qui s'écriait avec tout le peuple que ce supplice était injuste. Mais le bienheureux André repoussait ces manifestations des fidèles et les exhortait à la patience : « Les tourments, leur disait-il, ne sauraient être comparés à l'abondante compensation de l'éternité. »

Cependant une grande partie du peuple se rendit à la demeure d'Egée; tous criaient et disaient : « Le bienheureux André, cet homme pur, orné de toutes les vertus, qui n'enseignait que les bonnes mœurs, ne doit pas subir un pareil supplice ; qu'on le descende de la croix, car voilà le second jour qu'il y est attaché, prêchant toujours la vérité, sans mourir. » Alors Egée, craignant le peuple, s'engagea à faire détacher l'apôtre de la croix, et il se mit aussitôt en marche. Lorsque le saint l'aperçut, il lui dit : « Egée, pourquoi viens-tu à moi? Si tu te repens et que tu désires croire au Christ, comme je te l'ai promis, la porte de l'indulgence te sera ouverte; mais si tu ne viens que pour me délier, sache que je ne veux pas descen dre vivant de cette croix ; car déjà je vois mon Roi, déjà je iui offre mes adorations, déjà je me trouve en sa présence. J'ai gémi sur ton malheur, parce qu'une mort éternelle t'est préparée ; cherche donc, infortuné, à fuir le dernier péril pendant que tu le peux encore, dans la crainte que tu ne commences à le vouloir quand tu ne le pourras plus. » Les bourreaux s'approchèrent de la croix, mais ils ne purent exécuter leur dessein ; au moment même André expira, et sur un char de feu, il s'élança vers le Seigneur Jésus-Christ, à qui gloire soit pendue dans tous les siècles. Amen.

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Quant à Egée, il fut saisi par le diable, en proseuce de tout le p«Hipir. et mis en pièces; son frère Stiflloclès s'tnipma du oorps liu bienheureux A.ndr('' et l'ensevelit. Une si grande crainte se répandit sur la multitude que tous, sans exception, vtmlurent croire au Seigneur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité.

Oi\ célèbre le jour de son martyre la veille des calendes de ilécembre. Ceci arriva sous le règne de Notre-Seigneur Jésus- ' tirist. à qui soit gloire dans les siècles. Amen.

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