‹ Les martyrsChapitre 6 sur 147 · II. — LES « ACTES DES MARTYRS » ET LEURS SOURCES · texte numérisé non relu

II. — LES « ACTES DES MARTYRS » ET LEURS SOURCES

Etablissement. — Rédaction. — Conservation. — Expéditions. — Valeur judiciaire. — Modes de destruction. — « Actes » et <sc Passions ». — Notaires ecclésiastiques. — Fortune des Actes, — Collections d'Actes des martyrs. Martyrologes. — Du dessein de ce recueil.

L'existence et la pureté des sources primitives sont assurées. Saint Astère, évêque d'Amasée, vit au iv* siècle une peinture sur toile sur laquelle était retracée l'histoire

1. Les textes cités dans cotle préface ont élé, pour la plupart, mis en œuvre dans les dissertations ds M. Edmond Le Blant, qui, disséminées dans lin grand nombre de revues, ont été en partie rasscînblées et publiées de nouveau dans le volume intitulé : Les persccuteurs et les martyrs (1893). Dans cette préface, j'ai omis la citation des textes originaux et je me suis borné â la référence, afin daliéger d'autant le volume. On trouvera la plupart de ces textes transcrits dans l'ouvrage que je viens de citer et dans Les Actrs des Martyrs, supplcinenl aux « Acta sincera » de Doin Ruinart , du même auteur.

Préface xvii

du martyre' de sainte Euphémie. « Le jugo, dit-il, est assis sur un siège élevé ; il regarde la vierge d'un œil farouche. Autour de lui sont ses doryphores et de nombreux soldats, puis des greffiers {notarii) tenant leurs tablettes et leurs styles à écrire. L'un de ces hommes, levant la main de la planchette enduite de cire, regarde fixement la chrétienne en se tournant vers e/le comme pour lui enjoindre de parler plus distinctement, afin d'éviter toute erreur dans la transcription des réponses *. » Ces greffiers faisaient partie de l'administration romaine, ainsi que nous le voyons par ce dialogue: (( Pendant que Magnilien, le greffier, écrivait les réponses des chrétiens, ' proconsul Gabinius lui dit: « As-tu inscrit les noms de tous ? » Magnilien répondit : « Si ta Puissance Fordonne, je lirai mon texte. » Le proconsul Gabinius dit : <( Lis-le. » Alors Magnilien, le greffier, dit et lut : ce Les noms que j'ai notés sont les suivants: Maxime, Dadas et Quintilien 2. » Alin de suivre l'interrogatoire, sans rien omettre, les greffiers usaient d'une écriture sténographique appelée notes tironiennes ^. Les pièces ainsi établies étaienttranscrites ultérieurement en caractères vulgaires. Elles n'entraient que sous cette dernière forme dans les archives judiciaires.

Nous connaissons plusieurs greffiers dont les transcriptions nous sont parvenues. Ce sont d'abord Néon et Eustrate, qui se convertirent à la vue des violences soutenues parles chrétiens, puis Cassien *. Celui-ci, indigné

1. CoMBEFis, Sancti Patris nostri Aslerii aliorumque orationes, p. 209.

2. Acta SS. Maximi, Quintiliani, Dadx, §4. [Act.SS., 13 avril, t. }\. p. 974.; Voy. encore Gesla collationis Carthag., dies 2, § 1, 8.

.3. Voy. les travaux de Caki'entier, Tardif, Schmitz, Havf,t.

4. Acta S. Speusippi, ^ 19, dans Acta SS.^ 17 janvier — Martyrium

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par une sentence de mort, lança à terre son registre et son stylet. Dans les Actes du diacre Habib, martyrisé sous Licinius, à Edesse, nous voyons que « les notaires écrivaient tout ce qu'ils avaient entendu à l'audience et lesSharirs de la ville (gens de police) écrivaient le reste, c'est-à-dire ce qui avait été dit en dehors du prétoire. Suivant l'usage, ils rapportaient au juge tout ce qu'ils avaient entendu, et leurs dépositions étaient rappelées dans les Actes ^. )) Plusieurs pièces, d'une valeur malheureusement très médiocre, parlent des Acta écrits devant le tribunal ' et sur l'ordre du président ^.

Les archives fonctionnaient régulièrement *. Dès que les pièces y avaient été versées, elles étaient à l'abri de toute altération ; il n'en était pas ainsi tandis qu'elles se trouvaient entre les mains du commentariensis. Un martyr nommé Victor, ébranlé par la torture et craignant d'y être appliqué de nouveau, « aborda en secret le commentariensis et fit humblement appel à sa pitié, le suppliant de rayer son nom des Actes et de le délivrer; il lui offrait en récompense un petit fonds de terre qu'il possédait. Le

Eustratii, § 6 (StJRius, Vitœ Sanctorum, 12 déc). — Passio S. Cassiani dans Ruinart, Acta sincera, p. 315.

1. CuRETOx, Ancient syriac Documents (1864), p. 72, sqq. — Rubkns DuvAL, La liltér. syr. (i899), p. 127 suiv. — Ce document est donné dans le tome deuxième.

2. Acta S. Paphnutii, § 22. {Act. SS., 24 sept.) Acta S. EupU, § 1, 2, (la version grecque) dans Cotei-ier, Monumenta Ecclesise grœcœ, 1. 1, p. 193

3. Passio S. Maria;, § 4. (Baluze, Miscellanea, t. I, p. 27 )

4. Voy. FusTEL DE CouLANGEs, Institutions politiques de l'anciennii France, t. I. — De V Administration romaine, p. 202 (édit. Jiîllian, 1891).

Préface xix

commentariensis accepta, et fit sortir Victor de prison pendant la nuit ^. ï»

Les archives étaient dépositaires de pièces auxquelles on avait ;\ recourir fréqucnnnent. Tertullien renvoie ses contradicteurs aux archives de Rome 2, Pour le cas particulier du martyre, nous avons plusieurs témoignages. Eusèbe a conservé un fragment d'Apollonius qui contient ces mots : « En ce qui regarde Alexandre, il faut que la vérité soit connue; cet homme a comparu devant iEmilius Fronlinus, proconsul d'Asie, non pas comme chrétien, mais pour des vols commis, alors qu'il avait déjà apostasie. Ceux qui voudront s'instruire complètement de cette affaire n'auront qu'à recourir aux archives publiques de la province d'Asie 3. » Dans la même province, Théodore, évêque d'Iconium, parle d'une pièce de cette nature établissant le martyre de saint Cyricus et de sainte Julitte, sa mère *. Eusèbe a dû être un assidu aux archives romaines ; il leur emprunte les termes du procès-verbal de la comparution de saint Dcnys d'Alexandrie ^. En Afrique, où les archives portaient le nom à'archivum proconsalis ^, plusieurs documents incomparables nous aident à reconstituer le formulaire des Acta martyram. La pièce la plus voisine de l'original est connue sous le titre d' c Actes proconsulaires de saint Cyprien » ; nous

1. Passio Hieronis, dans Le Blant, Les Actes des Martyrs, p. ir, d'après un ms. de la Bibl. nat, n* 1020, fol 106, v*.

2. Tertuix., Contr. Marc, 1. IV, c. VII. 6. Eusèbe, Hist. eccl., V, 18.

4. Epist. Thcodorici ep. De passione S. Quirici et Julittœ. {Act. SS., t. !II,juin, p. 25.) ci. EusKBE ibid., VII, 11. Voir la note de Valois, 6. AuGUST., Contr. Cresconium^ I. III, c. 70.

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savons par l'attestation d'un contemporain, le diacre Pontius, qu'elle a fait partie des archives ^. Saint Augustin écrit à l'occasion du procès de Félix d'Aptonge : « Si tu veux lire le dossier entier, adresse-toi aux archives proconsulaires 2. j> Nous n'avons aucun texte pour l'Espagne. En Gaule, vers l'an 250, l'archive de Toulouse reçoit le procès de l'évêque Saturnin ^.

Les pièces mises aux archives y étaient conservées indéfiniment. Outre les témoignages cités de Tertullien, d'Apollonius, de saint Augustin et du rédacteur de la Passion de saint Saturnin, nous entendons saint Jérôme sommer Rufin de produire des Actes constatant ce qu'il dit avoir souffert pour la foi du Christ *. Lors de la paix de l'Église, on procéda contre les (f traditeurs » accusés d'avoir livré les Ecritures, les vases sacrés ou les noms des frères pendant les dernières persécutions. A cette occasion, on produisit les « Actes publics » qui constataient officiellement le fait ^.

L'instruction du procès des martyrs se prolongeait quelquefois pendant des mois ^, parfois encore la cause était reprise après un premier jugement*^ ; il arriva plusieurs fois que, le magistrat devant lequel avait eu lieu la

1. Passio S. Cypriani aactore Pontio diacono, dans Ruinaut, Aet. smc, p. 130. Cf. P. Monceaux dans la Revue archéologique (1900).

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