CvPRiEN, De lapsu, ^ 4 ; S. Acgostin, Sermo cclxxxv
Préface cv
La formule dont on se contentait était très variable. « Une malédiction proférée contre le Seigneur était, dès le temps de Trajan, de Marc-Aiirèle, l'une des formes de la renonciation. On la voulait dite à haute voix, alin que le peuple put l'entendre; d'autres fois, c'était une acclamation en l'honneur des faux dieux ou du génie du prince, une renonciation écrite, une formule sacramentelle répétée mot pour mot après celui qui la dictait. Les chrétiens vaincus par la terreur devaient venir au capitole de leur ville, la tète voilée et couronnée; ils s'avançaient pâles et défaits au milieu d'une foule ennemie ; arrivés prés des autels païens, il leur fallait sacrifier et accepter des viandes immolées, ces idolothyta dont la fumée était, enseignait on, la nourriture des démons de l'Olympe ^. »
Ces malheureux étaient traités par les frères avec rigueur, mais avec pitié. La pénitence leur était ouverte, et beaucoup voulaient suivre cette voie malgré sa rudesse.
Les Actes mentionnent assez fréquemment le fait des chrétiens faisant preuve dans la torture d'une insensibilité absolue.
Ce phénon^ùne, à ne tenir compte que des faits où l'intervention surnaturelle n'est pas constatée, n'était pas particulier aux tidcles. Des esclaves, des stoïciens supportèrent la série des tourments avec une constance qui ne se démentit pas 2. On attribuait leur vaillance à la grandeur d'ûme. Peut-être l'orgueil avait-il une part prépondérante dans cette revanche de la volonté demeurée
2. Cic. l'ro Cluentio, § 63 , Silius iTALrcus, liell. Punie, 1. I, 179 ; Fl. Josfphe, Ant. Jud., L. XIX, c. i, § 5 ; Voyez Wallon, Histoire de l'Eiclauage dans l'antiquité, passim.
cvi Les Martyrs
libre sous la tyrannie de la force. Plus d'un de ces misérables qui voyaient leur corps tomber en lambeaux autour d'eux a dû, dès lors, dire aux spectateurs curieux de savoir le motif de cette constance le mot du maire Bailly : (( Mépris de la mort et de vous-mêmes. » Ulpien constate le fait en ces termes : oc La dureté des accusés, leur force à supporter les tourments, rendent souvent la torture inefficace * d ; et saint Augustin ajoute : Dureté chez les coupables, mais sainte patience chez les chrétiens 2.
Les païens ne l'attribuent qu'aux maléfices. A leurs yeux, le fidèle qui brave l'effort du bourreau doit sa force à l'emploi de moyens mystérieux, formules répétées sans relâche 3, onctions magiques *. Pendant qu'on conduisait mourir Ptoléméeet Romain, Epictète et Astion, les deux premiers chantaient : « Droite est la voie des justes, et le chemin leur est frayé. » — « Que disent ces hommes ? » demanda le juge ; l'assesseur répondit : « Ils chantent des paroles magiques, afin de résister et de te vaincre. » Pendant la toriure, les deux autres saints répétaient : « Nous sommes chrétiens 1 que la volonté de Dieu soit faite en nous I » Le bourreau ne doutait pas que ce ne fût une forme d'incantation propre à préserver de la douleur. Pour rompre le charme, on faisait appel à toutes les folies, onctions de graisse de porc sur la victime et même des affusions d'urine ^.