EusKBE, Hist. ecrl., vi
cxii Les Marhjrs
toute explication sur un supplice infâme qui demeure la honte du pouvoir qui en fit un moyen de châtiment.
Les questions très délicates que soulève ce sujet ne pourraient être traitées avec un détail minutieux que dans une étude purement scientifique. C'est ici un spectacle où les larmes tiennent la place du sang; mais il suffit de l'avoir rappelé. Il n'y a pas cependant d'autre moyen d'en parler, sinon pour condamner les procédés de certains scribes du moyen âge.
Des rédactions postérieures, qui portent un caractère d'interpolation incontestable, ont pris à tâche de faire intervenir toujours un être surnaturel pour sauvegarder la pureté des vierges chrétiennes. Il est certain, pour tous ceux qui prendront la peine d'étudier les documents primitifs et les actes sincères, que si pareille intervention surnaturelle a pu se produire, d'ordinaire il n'en était pas ainsi, et la vierge était livrée à de lamentables outrages. Les chrétiennes apportaient d'ailleurs dans cette extrémité une force d'âme extraordinaire. Le juge dit à la vierge Théodora : « Je te donne trois jours [pour sacrifier] et je te ferai conduire ensuite dans une chambre de lieu mal famé. » Théodora répondit : « Le Dieu qui est aujourd'hui ne change pas ; il ne souffrira pas que je l'abandonne. Tiens, je te livre mon corps, regarde les trois jours comme écoulés. Fais ce que tu voudras, je ne réclame qu'une chose, donne des ordres pour qu'on ne me touche pas jusqu'après la sentence que tu rendras. » Et elle persévère à trois interrogations différentes dans cette confiance et cette conduite.
Préface cxni