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II AVANT-PROPOS DE L'ÉDITEUR

imaginait le libre échange et en posait les bases, en mên>e temps qu'il demandait à Paris une exposition universelle. Ces publications, dont le succès s'est perpétué, ne laissent pas de doute sur l'accueil que doit obtenir celle que nous annonçons.

Le titre en indique nettement le sujet. Ce ne sont pas de simples esquisses que nous présente M. Roucher de Perthes, ce sont de véritables tableaux où Ton reconnaît la touche du maître.

Ennemi des personnalités, il a pris pour devise : Guerre aux choseSy aux abus, aux vices, aux ridicules ; mais potcc aux hommes. Cette loi qu'il s'est imposée, il la respecte ; et s'il laisse deviner ses personnages, ce sont ceux dont il n'a que du bien à dire ou dont il croit le cœur trop haut placé pour qu'une vérité les offense. « Si vous voulex corriger un homme, dit-il, ne l'humiliez pas ; au contraire» relevez-le à ses propres yeux, car nos défauts naissent ^ moins de Tamour-propre que du sentiment opposé. Le vice est un abandon de soi-même, et toute mauvaise action est un pas vers la brute ou la décroissance morale. Un homme supérieur, un grand talent, un grand esprit peut tomber dans de grands excès et même être un grand . coupable, mais non devenir un grand coquin ou uu être habituellement vil et infâme. Si la chose arrivait, c'est qu'abruti, il aurait perdu à la fois son esprit et son ^ talent : nouveau Nabuchodonosor, il est changé en bête. :1 Alors le blâme, non plus que l'éloge, n'a de pilse sur ] lui; il ne compte plus parmi les hommes. Il est moins 4

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que ranimai qui, sensible au reproche, vous remercie d^une caresse. »

L*auteur, toujours maître de sa plume et n'immolant jamais Thomme à la phrase, ne dénonce que les bons. Quant aux autres, si, pour nous faire lire dans leur cœur, il leur ouTre la poitrine, c^est d'une façon si courtoise et avec un scalpel si doux et d'une trempe si parfaite, que le patient n'en souffre pas: auditeur bénévole, il assiste à la leçon. S'il la comprend et se l'applique, il sait qu'on veut non le blesser, mais le guérir.

Si je parle de leçon, gardez- vous de croire que, montant en chaire, l'auteur prend le ton doctoral et vous traite par les narcotiques. Non ; ses ordonnances n'ont rien de somnifère, et nous y retrouvons la gaîté et Tatticisme qui ont fait le charme et le succès de ses autres publications. S'il y a ici des pages sérieuses, si Téconomiste, le savant, le géologue s'y montrent quelquefois, il y en a bien plus où nous retrouvons le causeur et ce bon rire qu'éveillent ses impressions de voyage, ses récits, ses légendes et les boutades philosophiques du bon vigneron Cristophe.

Instruire en amusant, tel est le plan de l'écrivaiu, et nous pensons qu'il a réussi. Les tableaux s'y suivent et s'enchaînent, et le miroir est pour tous. Si chacun ne s'y reconnaît pas d'abord, c'est que l'homme, quand il s'agit de lui-même, est souvent aveugle. En vain la glace est claire et on la lui met en face, il s'y voit de proiil et ne s'y reconnaît pas. C'est ainsi qu'il sifflera sa propre figure en croyant siffler son voisin.

SIMFORD-VMVERSITY'IIBRARY

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individus que leur femme» lemc» enfante, leurs domestiques conduisent par le nez, et cpi'à leur ton grondeur et toujours menaçant on prendrait pour des ogres. J*ai tu de CCS Croquemitaines, même parmi les hommes de guerre, et je pourrais citer un général fameux, très-brave d^alileurs en face de Tennemi, qui, dans un conseil et même dans son ménage, ne savait jamais prendre un parti.

D'autres ne veulent pas passer seulement pour bourrus» . ils voudraient qu'on les crût méchants. Chétifs au ^j-. sique, débiles au moral et en tout point fort peu redoutables, leur prétention est d'être craints : c'est là leur, marotte. Selon eux, rien n'est plus dangereux que de le$ oifenser ; alors ils sont capables de tout : ils vous provoqueront, ils vous tueront, ils vous mangeront. Hélas ! ces pauvres gens ne sont atroces qu'en parole3 ; leur cœur est aussi pacifique que leur langue est taillante; ils n'ont jamais donné une chiquenaude a qui que ce soit et n'en donneront pas, tant ils craignent qu'on la leur rende.

Les faux colères ne sont pas plus rares, mais ne nous hâtons pas de les condamner. Tels sont quelquefois les chefs de corps, les directeurs d'administration, de grandes exploitations agricoles ou industrielles, les pères de famille; ils s'emportent à froid, en fronçant le sourcil, en roulant de gros yeux pour effrayer davantage et avoir moins d'occasion de punir : c'est la colère préventive.

Il en est même qui ne feignent rien et qui sont réellement emportés sans en être plus mauvais au fond. M. Roc, riche manufacturier, ne parle pas, il grogne, il jure. S'il

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arUcuic un mot , c'est odc grossièreté ou une menace^ Traitant ses ouvriers comme des chiens, il veut à tout propos les jeter à la porte;^ les battre, les assommer ; mais U n'en a jamais assommé un seul, et fort rarement il en «envoie. Dans aucun autre établissement ils ne sont mieux soignés, mieux payés et, en résumé, moins maltraités; «ussi ne lui en veulent-ils jamais, et quand il cesse de crier, de tempêter, ils s'inquiètent, ils croient qu'il est malade ou qu'il les boude. Cet homme est un yrai philanthrope, et pourtant c'est un brutal ; mais on est accoutumé à le voir ainsi ; ij l'est dans ses manières et ne l'est pas de cœur ; on le sait, et il ne devient fatigant et ridicule que lorsqu'il veut être gracieux et poli. Heureusement que la chose est rare.

Par contre, nous trouvons le faux philanthrope ou le charlatan d'humanité : c'est lui qui remplace le Tartufe. Paul, qui ne parle que d'associations de bienfaisance, qui même en préside une, qui est administrateur des hospices, trésorier des pauvres, directeur d'une caisse d'épargne, est bien l'homme le moins charitable que je connaisse. Encore, s'il s'occupait des fonctions qu'il a briguées. Mais non ; il veut, sans prendre de peine, sans dépenser un sou, se donner le vernis de la charité, et il y réussit.

Ainsi font le faux généreux et le faux prodigue.

Le faux généreux tire fastueusement une petite monnaie de sa bourse et profite du moment où la foule le regarde pour la glisser dans la main d'un mendiant.

C'est encore lui qui, lors d'une souscription qui doit

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paraître dans un journal, calculera que les cent francs pour lesquels il s'inscrit, pourront, en popularité, en confiance, en crédit public, lui rapporter dix pour un. Grâce à certains prôneurs largement rémunérés, on ne parlera que de sa piété envers ses parents, de son humanité pour ses voisins, des sommes qu'il leur distribue en primes, en encouragements, en secours à domicile. Rien de vrai dans tout cela, car, sous Tapparence d'aumône, il place et ne donne jamais.

La fausse générosité consiste aussi à affecter un cœur large et miséricordieux, à pardonner ostensiblement à ceux qui nous ont offensé et à leur nuire en dessous main.

Les faux prodigues sont d'habiles calculateurs qui sauront dépenser vingt mille francs dans une fête, ou donner un riche pot-de-vin à un commis pour obtenir une fourniture ou une grasse concession. II en est de plus adroits encore qui, sur leur réputation de prodigalité, obtiennent tout sans autre déboursé.

A côté des faux prodigues, vous trouverez de faux avares qui, voulant faire croire à une économie qu'ils n'ont pas, en exagèrent les principes ou l'apparence, sans avoir plus d'ordre ni dépenser un sou de moins.

C'est par une conséquence de ces deux caractères que vous rencontrez de faux riches et de faux pauvres. '

Les premiers sont ceux qui, n'ayant que le nécessaire, veulent absolument paraître dans l'aisance, ou bien qui, jouissant de cette aisance, désirent qu'on les croie millionnaires. Honnêtes d'ailleurs, ils n'entendent causer pré-

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jadice à personne. En se parant du bien qu^ils n'ont pas et qu'ils n'essaient pas même d'avoir, ils ne veulent que satisfaire leur amour-propre : ce sont des vaniteux sans ambition.

Les faux pauvres le sont souvent de très-bonne foi : avec une grande fortune, ils se croient toujours au moment de mourir de faim. Cependant, ils n'ont pas de dettes, peut-être même ont-ils des économies. Cela ne les rassure pas : sans cesse ils se plaignent de la dureté des temps, de la cherté des vivres, de la rareté de l'argent, de la stagnation des affaires, de la difficulté des rentrées, etc. On doublerait leur fortune, on la triplerait, qu'ils ne s'en croiraient pas plus à l'aise. C'est ainsi qu'au sein de l'abondance ils sont eu proie à tous les soucis de la pauvreté, non moins malheureux que les vrais pauvres, et plus à plaindre cent fois que celui qui, vivant au jour le jour, jouit du présent sans soucis du lendemain. Oui, cette richesse, en face du spectre de la misère, est pire mille fois que la pauvreté qu'accompagne Tcspérance, pire surtout que la médiocrité satisfaite, et le plus pauvre est moins celui qui Test que celui qui croit l'être.

Nous avons dit que le faux philanthrope avait remplacé le vrai Tartufe. Le faux dévot est en effet plus rare aujour(}'hui qu'autrefois. La cause en est que la dévotion ne mène plus guère aux honneurs et à la fortune. C'est peutêtre par la môme raison qu'il y a moins de faux indévots, car l'indévotion ou le phiiosophismc a aussi, à certaines époques, conduit à la richesse et aux grands emplois.

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