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Cependant tous ces indévots ou soi-disant tels» n*étaient pas des spéculateurs et des ambitieux; il en fut qui, entraînés par Texemple et pour sacrifier à la mode, levaient aussi, comme Ajax, le poing contre le ciel. Mais ces indévots de société, athées par jactance et croyants par nature, n'étaient pas plus tôt rentrés chez eux qu'ils se jetaient à genoux pour demander à Dieu pardon de leurs blasphèmes, et le lendemain ils allaient sournoisement à confesse : c'est qu'en niant Dieu, ils avaient peur du diable. Ils avaient encore plus peur des hommes, non de leur co* 1ère, mais de leurs moquenes : dans la crainte qu'on ne les crût dévots, ils prenaient le rôle dlmpiès. Esprits foibles jouant, à leur grand effroi, le rôle d'esprits forts, si l'on avait lu dans leur cœur, on n'y aurait vu que misère et vanité : tout en eux était mensonge, jusqu'à leur impiété.
Ce qui touche encore de près à la fausse philanthrophie, c'est la fausse amitié, chose si commune et si connue que je crois inutile d'en parler. Mais ce qu'on ne rencontre pas moins souvent qu'un ami trompeur, c'est l'ami qui se trompe lui-même, c'est l'ami faux sans le savoir et qui, en tout bien , tout honneur, en croyant vous servir, vous dessert et vous nuit ; ami cent fois plus dangereux que votre plus cruel ennemi. ".
Alphonse de T** croit aimer son cousin Gustave; il désire qu'il se distingue dans le monde. Il fait pour Gustave ce qu'il voudrait qu'on fît pour lui-même si, lui aussi, ouissait d'une grande fortune, et c'est par amitié qu'il le pousse à sa ruine.
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Alban patronne Charles son compatriote; il veut lui faire faire un bon mariage; il Tannonce partout comme une menreilk : c'est la beauté , c'est la science même. Charles, en effet, n'est pas sans mérite ; il a de l'esprit, de la distinction ; mais grâce aux exagérations de son ami, on ne lui accorde plus ni l'un ni l'autre^ et aux yeux de bien des gens il est laid et sot.
Ici il n'y a que maladresse, mais dans M** il y a ^o7sme« M** est millionnaire, et c'est à vous qu'il le dQit; aussi a-^ t-ii beaucoup d'amitié pour yous, à ce qu'il dit. 11 est même convaincu qu'il dit vrai, et dix fois il a juré que sa fortune, que sa vie sont à votre service. Enfin, l'occasion se présente de faire quelque chose pour vous, mais il y â quelque risque à courir. C'est alors qu'il s'aperçoit qu'il ne vous aime pas autant qu'il le croyait, et, tout bien considéré, il se brouille avec vous pour ne rien risquer du tout.
Le caractère opposé a celui-ci est le faux égoïsme : c'est un homme de la bonté duquel on a abusé. Trompé par ceux qu'il croyait ses amis et à qui il s'était franchement dévoué, blessé dans ses affections, il s'est promis de vivre pour lui seul et de n'aimer personne : il veut enfin se faire égoïste ; mais il a beau se cuirasser, s'efforcer d'endurcir son cœur, son bon naturel l'emporte toujours. Cent fois joué, il le sera encore. La vue d'un visage pâle ou l'apparence d'une larme lui fait toujours oublier sa résolution, et la main qu'il levait pour repousser l'emprunteur s'ouvre encore pour un nouveau prêt qu'on ne lui rendra pas plus que les autres. Il le ^ait, il jure que c'est le dernier, mais
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le lendemain il recommence, et toute sa vie il en sera ainsi, car on le connaît et on abuse de sa faiblesse. Il est même des gens qui ont la malice d'exciter sa colère, bien sûrs qu'ils lui tireront de Paile sa meilleure plume, car il n'est jamais plus généreux que quand il a grondé, crié et bien rabroué le solliciteur.
Il n'en va pas moins disant partout qu'il s'est endurci le cœur, qu'il ne peut souffrir les emprunteurs et qu'il les traite comme ils le méritent. A force de le dire, il le oroit, et aujourd'hui il est convaincu qu'il est véritablement devenu égoïste.
Si le faux égoisme est un caractère assez rare, la fausse franchise l'est beaucoup moins ; mais avant de parler de la fausse, disons un mot de la vraie. C'est une belle chose que la franchise, tout le monde en convient ; mais dans notre civilisation, c'est une vertu des moins praticables, et, lorsqu'elle l'est, Tune des plus incommodes pour nous et pour les autres. Pour nous, elle n'a que le petit inconvénient, si nous voulons en essayer un jour, de nous faire tuer en duel le lendemain, car je déKe à l'homme même lé plus pacifique de causer deux heures dans un salon avec une franchise absolue sans s'y faire une querelle. Jugez-en : ce mari qui vous a présenté à sa famille vous dit :— Comment trouvez-vous ma femme?— Mais fort laide. — Et moi? — Mais très-sot. Vous avez répondu en conscience et comme vous le pensez, et cent peftonnes l'auraient pensé comme vous, enfin vous n'avez dit que l'exacte féi;ité. Comment en serez-vous récompensé? Si le mari ne vous
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fait pas jeter à la porte, ce sera la femme, et vous vous serez fait de tous deux des enuemis mortels.
Si, au contraire, vous avez répondu à la première question: charmante y et à la seconde: trèa-spirituel ^ vous aurez commis deux gros mensonges, mais Dieu vous les pardonnera.
La langue du monde n'est donc pas toujours celle de la conscience, et ce que le monde nomme la franchise n'est pas la vérité absolue : c'est la vérité adoucie, c'est la pilule dorée. C'est bien encore le mensonge si vous voulez, mais le mensonge qui a moins pour but de tromper autrui que d'éviter de le fâcher et de l'empêcher de vous haïr. Je mens, c'est vrai, mais c'est par esprit de conciliation, par amour de la paix, par charité peut-être, ou tout au moins par prudence. Si c'est une faute, où est donc celui qui ne l'a pas commise ?
D'après ceci, un homme franc chez nous et qu'on estime comme tel, est moins celui qui dit ce qu'il pense que celui qui agit comme il pense. On peut donc être dissimulé en paroles et très-franc en actions ; mais le pas est glissant.
L'homme franc en paroles est ordinairement traité d'indiscret, d'étourdi, de bavard, de mauvaise langue. Aux yeux de beaucoup, c'est un être dangereux et malfaisant ; on le craint, on le fuit, et peut-être n'a-t-on pas tort.
L'homme franc en affaires est au contraire fort recherché : des uns, parce qu'ils sont sûrs de n'en être pas trompés; des autres, parce qu'ils espèrent en avoir bon marché et le tromper lui-même. Aussi à malin, malin et demi, et les faux
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francs sont beaucoup plus communs que les vrais. li y a des gens qui sont parvenus à se faire une réputation de franchise et qui ne sont pourtant que des spéculateurs adroits ; ils sont francs justement autant qu*il le .faut pour ne rien perdre à Tétre. Par cette fausse franchise, ils exploitent celle des personnes qui en ont une véritable. D'aillenrsi rien de plus ordinaire que de trouver en présence deux faux francs qui se titent et finissent par se duper Fun Tautre.
La fausse franchise est le grand moyen des marchandSi des diplomates, de certains avocats» de quelques amants, de beaucoup de maris i Fégard de leurs femmes et réciproquement. On se dit tout, excepté ce qu'il n'est pas prudent de se dire.
La fausse franchise naît de bonne heure chex Thommo. Les enfants savent bientôt en tirer parti ; c'est le premier pas qu'ils fout vers le mensonge; souvent elle n'en est que le raffinement. La fausse franchise conduit ainsi à la dissimulation, puis à l'hypocrisie.
Le faux franc maladroit met toujours sa franchise en avant : -* Je suis trop franc, s'écrie-t-il à tout propos ; je suis la dupe de mon amour pour la vérité!— Et il vous inonde de paroles banales qui ressemblent à des hardiesses, de ces épigrammes usées contre la corruption des hommes et leur fausseté, etc.
Les habiles s'en tirent mieux ; ils sont effectivement trèsfrancs dans les petites choses, celles où ils n'ont rien à gagner ni à perdre. Ils préparent ainsi les voies; pais, quand leur réputation est faite, ils en tirent largement
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parti : te sont les virtuoses du genre. Ceux-là ne parlent jamais de leur franchise, ils semblent croire que c'est chose toute simple et la vertu de tout le monde.
Ici encore est une nouvelle preuve de ce que nous avançons tout à rheure en disant que la franchise de la naturç ou de rétre primitif ne ressemble en rien à la franchise de la société; que la première B*est pas praticable dans nos moeurs et que la seconde peut être modifiée de mille ma^ nières, selon les lieux, les temps, les circonstances, sans qu'on puisse la considérer comme fausseté.
Le faux enthousiaste est un homme qui s'extasie de tout. Lui lisez-vous des vers et croit-il qu'ils sont de vous, il va crier : Bravai avant même que vous n'ayiez achevé la lecture du titre. Lui faites-vous voir votre maison, il va la comparer ou Louvre ou aux Tuileries. Lui présentez-vous vos eufants, il s'extasie sur leur beauté et leur douceur, bien qu'ils soient laids et insupportables.
Dans les arts, comme dans la littérature, rien ne paralyse la verve d'un auteur comme ce faux enthousiasme dont le vide ne lui échappe guère. L'artiste, ainsi que Técrivain, a, jusqu'à certain point, la conscience de son œuvre; il en connaît le fort et le faible, et ces louanges données a ce qui en mérite le moins le découragent presqu'autant qu'une critique injuste. Mais l'un n'empêche pas l'autre, et le faux enthousiaste est le premier à attaquer ce qu'il a tant loué. Déliez-vous donc de ces admirateurs exagérés, fussent-ils même de bonne foi, ils ne pourraient qu'égarer votre jugement et fausser votre talent.
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Le faux modeste est un des caractères les plus répandus dans la société : c'est Thomme qui veut pratiquer au profit de son amour-propre une des belles maximes de rEvangilo et qui s'abaisse pour qu'on Télève. Tels sont les demipoètes , les demi-artistes et toute la grande famille des amateurs qui, en général, font d'autant plus de cas de leur talent qu'ils en ont moins. Si te faux modeste n'obtient pas le compliment qu'il quête, ou si on lui joue le mauvais tour d'être de son avis quand il affecte de ravaler son mérite , alors on le voit , comme ces poupées à ressort comprimées dans une boîte, se relever de toute sa hauteur et mettre au-dessus de toutes les merveilles de l'art, cette œuvre qu'il soumettait à votre critique et qu'il disait n'être qu'un premier jet, qu'une ébauche, un simple essai. J'ai vu de faux modestes, donnant dans le piège,* offrir ainsi aux auditeurs un spectacle des plus divertissants.
La fausse pudeur est fréquemment employée par les femmes qui n'en ont guère ; mais comme la vraie a un cachet à peu près inimitable, les imitations ne sont pas toujours heureuses. Cependant il y en a des exemples, et les hommes s'y laissent prendre quelquefois. Les femmes, jamais.
Le faux timide ressemble assez au faux modeste : il fait reffrayé. C'est ainsi qu'agira le séducteur près de la beauté craintive ou de la vertu chancelante : il fait un pas de moins pour qu'elle en fasse un de plus.
La fausse timidité est aussi une flatterie, une sorte d'eucens qu'on répand devant les grands pour leur faire croire
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à la majesté de leur personne et an respect qu'elle inspire. (Test un très-ban moyen de plaire à un nouveau ministre, surtout sMl est petit et laid.
Les femmes jouent ce rôle à ravir ; mais la fausse timide, comme la fausse prude, doit être jeune et jolie, sinon elle devient ridicule.
Parmi les jeunes femmes et surtout les jeunes filles, on trouve aussi la fausse peureuse. Ce ne sont plus les personnes qui leur font peur, ce sont les choses. A la moindre apparence de danger, elles poussent des cris dWroi, elles frémissent de terreur, elles sont prêtes à s'évanouir ; elles le disent du moins. Mais voyez leur figure, elle est calme et sereine : c'est que cela est joué, c'est tout uniment de la coquetterie. Elles veulent ainsi exciter l'intérêt, le dévouement et jusqu'à la pitié ; elles veulent qu'on les plaigne, qu'on tremble pour elles. La fausse peur est presqu'aussi fréquente chez les femmes que la fausse bravoure chez les hommes.
Le faux brave a souvent été dépeint ; le faux résolu l'a été moins. C'est un homme qui, dans un cas difficile, a toujours un expédient prêt. —Il faut agir, s'écrie-t-il, agir à l'instant; et c'est lui qui va donner l'exemple. Mais au premier pas, il s'arrête, il argumente, et trouvant un faux fuyant, il s'y glisse et s'esquive. Nos diernières révolutions nous ont fourni quelques exemples fameux de cet héroïsme en paroles. Le miracle est que plus d'un héros qui, prudemment, s'était réfugié à la queue, s'est, le danger passé, retrouvé à la tête.
C'est encore lui qui, dans les plus petites circonstances,
hésite et tâtoaue, et qui a'en veot pas moins paraître hardi eu affaires. Oa lui en propose une» Il n'y trouve pas d*ehjection et en adopte le plan avec chaleur. S'agit-U de Tcxécuter, il n'y voit plus que difOcuIté.
Le faux irrésolu est cet ami qui est bien décidé à vous rendre le service que vous lui demandez, mais qui veut, par des obstacles qu'il suppose, en eicagérer le mérite.
Cest ce spéculateur qui espère escompter votre reconnaissance, ou ce vendeur trop heureux de vendre et qui pourtant, au moment de conclure, semble hésiter pour vous arracher quelque chose de plus ou tout au moins le paiement des frais.
Nous avons parlé ailleurs du finassier ; mais il y a aussi le faux finassier qui, avec un caractère naturellement droit, s'est, par vanité, fait difQcultueux et tracassier. Sa manie est de mettre de l'habileté là même où l'habileté n'est pas nécessaire. 11 craint qu'on ne le prenne pour simple et bonasse ; il aime mieux qu'on le traite de chicaneur, et il simule un vice pour cacher une vertu : la franchise.
La fausse simplicité ou les faux niais se rencontrent souvent dans la domesticité. On trouve là beaucoup d'individus qui sont justement assez malins pour faire la bête et pour la bien faire. Ce rôle est surtout affectionné des valets campagnards, et il n'est pas toujours dédaigné par le fermier lui-même. Ces bons villageois, en laissant croire qu'on peut facilement les duper, arrivent presque toujours à duper les autres. Le paysan normand, entr'autrcs, est passé maître en ce genre.
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Joaer de la discrétion, c*est lie propre de tous les barards et de tous les indiscrets. Mais quelques habiles font le contraire : ib feignent Findtscrétion. 11 y a donc de faux indiscrets. Ils affectent de tout dire pour ne rien tous dire; ils tous révèlent dix secrets ou ce qu'ils vous donnent comoie tels pour en cacher un» ou bien ils répètent ce que tout le monde sait pour apprendre ce qu'ils veulent savoir seuls. J'ai connu un diplomate qui exploitait avec bonheur cette fausse franchise, et qui a mystifié plus d'un confrère boutonné qui croyait avoir bon marché de lui. C'est un talent diplomatique analogue qui a fait les Talleyrand, les Castelragh, les Metternicb, les Pozzo di Borgo, talent qu'aujourd'hui encore les gouvernauts paient si cher. Il est aussi coté fort haut sur le tarif de la police.
Le faux protecteur est encore un diplomate, peut-être un intrigant. Le plus souvent, c'est un vantard qui ne veut que se montrer sous un beau jour et paraître un personnage. Les femmes, sur le retour, aiment assez à jouer ce rôle : le protégé remplace l'amant.
La vanité seule dirige le faux conciliateur. Sans amour pour la paix, sans bienveillance pour ceux qu'il conseille, il veut faire l'important, l'homme nécessaire. Peut-être la curiosité le pousse ; il entend se donner un spectacle, pénétrer les secrets de la maison : c'est un désœuvré qui trouve ainsi le moyen de passer le temps et de charmer son ennui ; mais comme il ne veut pas que la pièce linissc trop tôt, en ayant l'air de concilier des intérêts, il les embrouille et rend les querelles interminables. Il est diflicile