SUZANNE
sauvages, quand les filles et les femmes se vendeut aux navigateurs, c'est toujours pour des colliers, des bracelets, des chiffons brillants, enfin pour ce qui peut, suivant elles, contribuer à les embellir.
Ce mal ou ses conséquences, chez les femmes comme chez les hommes, se renouvelle sans cesse par le peu de soin qu'ils prennent généralement de ce qu'ils ont si souvent acquis avec tant de peine. Ce jeune homme qui s'est endetté pour avoir un habit neuf, lequel, avec quelque^ précautions, lui durerait une année, l'usera en trois mois ou le mettra en pièces dans la première partie qu'il fera. Cette jeune fille ne prendra pas plus de souci de cette robe, de ce châle, de ce chapeau, qui peut-être lui a coûté son honneur. Cette nécessité de toilette se trouve ainsi sans cesse renaissante, et perpétue, chez beaucoup, la misère et le vice.
La manie de M. G** pourrait sans doute être présentée comme correctif ; néanmoins, je ne conseille pas aux gens sages de l'imiter. Il ne faut d'excès en rien, et si un ridicule vaut mieux qu'un vice-parce qu'il ne nuit qu'à nousmême, l'exemple de M. G** prouve qu'il n'enrichit pas davantage.
SUZANNE. Pourquoi donc Suzanne B** n'cst-elle pas raariée? — C'est probablement que Suzanne ne veut pas l'être, et la raison, la voici : dans la pension oiî elle a été élevée, on lui a fait une terrible peinture des hommes. Sans les hommes, lui répétait-on, le mal n'eût jamais paru sur la terre, la pureté y régnerait sans partage: il n'y aurait que des vierges.
Suzanne est sage, je n'en doute pas, mais elle veut trop qu'on le sache, et elle ne parle que des pièges auxquels elle a échappé. On croirait que le tentateur n'est en mou-
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yement que pour elle, et qu*il n'a d^autre affaire que de mettre son innocence en péril.
De combien de formes ce tentateur n*a-t-il pas essayé pour la séduire? Suzanne ne nomme pas ceux dont il a pris les traits, mais le voile dont elle éntoare les coupables est d'une telle transparence qu'il n'en est aucun qu'oft n0 reconnaisse ; aussi sont-ils signalés à Tanimadversion de tous. Avoir voulu tenter Suzanne! Tborreur! Suzaime, Texelnple de toutes les vertus, Suzanne, la pureté nlêmè^ Jugez si ces malheureux sont l'objet de la haine des prudes de rendroit. Si elles le pouvaient, elles les tràiterai^it comme le furent jadis à Babylone les deux vieillards cy-^ niques : elles les feraient lapider par le peuple. Âh ! nous ne savons plus protéger l'innocence ! Cependant , eox aussi, ces persécuteurs de Suzanne, l'avaient bien méritée Aimer une fille si sage et si belle, une vraie sainte ! Aime^ une sainte, l'aimer de son vivant, la poursuivre par des regards, des soupirs ! Mais c'est atroce cela ! c'est plus qu'un délit, c'est un crime! Ce n'est pas seulement la lapidation que ces impies ont méritée, c'est la damnation éternelle.
Nous osous à peine citer les atrocités auxquelles la pauvre martyre a été' exposée. La mort n'est rien pour une vierge, aussi se gardaient-ils bien de la lui donner, le supplice eût été trop doux : c'est à sa pudeur qu'ils eo veulent. Eu sortant de l'église, uu de ces monstres lui présentant de l'eau bénite, lui a touché la main. Un autre, sous le prétexte que c'était la veille de sa fête, a voulu la lui baiser. Baiser la main de Suzanne! le misérable ! ah! celui-là était Satan en personne.
Ces bourreaux ne pouvaient s'arrêter là , l'infortunée n'était pas au terme de ses tortures. Un de ces démons eut l'audace de lui écrire, et que lui demandait-il? Le répéter, ah ! je Pose à peine; en y pensant j'ai la rougeur