‹ Les masques rougesChapitre 37 sur 44 · C.uillolin , llr-lfr in Pulitiaae · texte numérisé non relu

C.uillolin , llr-lfr in Pulitiaae

Ima^inr un beau malin (,'ue pendre ni tuhumaia

*'P«« patrieiique. ..

ma

Aanitèt

Il lui f.ui Un mpplire

Qui , Mflt r*irdt ni patron , Snppnaoa du bouiitau L'ofSce. ». ..

En rêitnl à U tunrdinr.

Pnnr «ou« Urw d'pnkirni, J'ai fait faim «ne michinr Qui mrl ki idln A baa.

• Bravo! mon garçon! tu a s une belle voit. «

Le gamin, interrompu, te retourna. L'homme an carrick lui frappait sur l’épaule.

<t Une voix superbe! continua l’homme au carrirk tandis que le gamin le regardait étonné; et si tu prenais des leçons, tu pourrais entrer à l’Opéra n

l-e gamin, dallé du compliment, toucha son bonnet rouge eu manière de salut.

• Vous êtes donc connaisseur, citoyen? demanda-t-il.

— Je suis le directeur de l’Opéra.

— Ah ! ah !

— Et si In veux me venir voir demain, je me charge de toi... »

Pnnr donner plus d'assurance encore à ses paroles, rtiumme au

earrirk mit une pièce de trente sous dans la main de T enfant do Paris, et se perdit dans la foule.

Tout à coup la foule se mit à lmrler :

« La voilà! la voilà! *

En effet, la charrette venait <f apparaître sur la place de la Révolution.

Et , après avoir vociféré, la foule se loi tout à coup, et les regards ardents de tons se portèrent snr les condamnés.

Le petit homme, toujours enveloppé dans son carrick, s'était hissé sur la pointe des pieds afin de mieux voir.

Madame Roland, en robe blanche, le» épaules demi-nues, était debout dans la charrette, promenant sur la fonte un calme et tranquille regard.

Vn vieillard tremblant, dont la télé oscillait, s'appuyait sur elle. Celait le vieux la Marche, directeur de la fabrique d’assignats.

Plusieurs antres condamnés entouraient cette femme, qui avait ébloui l'aurore de ta liberté de son esprit et de sa haute raison.

L’homme an carrick attacha snr elle uo regard ardent, étrange, impossible à rendre.

< Celle femme est nnc Romaine, murmura-t-il. Ah! si elle avait voiiln s'entendre arec moi! »

U charrette s'était avancée jusqu’au pied de l'échafaud.

La femme en robe blanche en monta les degrés la première... Mais, an moment où le bourreau allait porter les mains sur elle, elle le repoussa d'un geste de reine, lui indiquant ses compagnons.

L'homme au carrick était trop loin pofor entendre le* paroles qu'elle prononça, mais il devina ces paroles et les traduisit à mivoix :

• Tous ces gens-là tremblent comme des femmes ; cette femme seule s le emur d'un homme et ne tremble pas ! •

Et il devinait juste.

Madame Roland venait de dire au bourrean :

■ Laissez passer ce vieillard et ces hommes que le snpplice effraye. Je n‘ai pas pour, moi, j'attendrai ! •

Eo effet, l’ homme au carrick put voir le vieux la Marche se coucher le premier sur la planche fatale.

Puis la plsnche courut...

Puis le couteau Cia.... cl remonta sanglant entre ses deux bras songes.

Quatre fois encore il redescendit...

Madame Roland était toujours debout , la tête rejetée en arrière, belle et fière comme une reine qui recevrait les hommages de ses sujet*.

Enfin , son heure suprême sonna. . .

Alors l’homme au carrick détourna la tête une seconde... Sans doute, il eut nn horrible battement de c<ror...

Et lorsqu'il ramena ses regards vers l'échafaud, la robe blanche avait disparu...

Quelque chose comme nn sanglot souleva alors la poitrine de ce! homme; mais ses yeux demeurèrent secs...

Et comme la foule s’écoulait muette, il s'enfuit, atteignit l’extrémité du pont Tournant, et se fraya un passage dans l’océan humain qui encombrait la place de la Révolution.

Le gamin avait repris sa chanson :

Ce»t a a coup qne l'on reçoit Aiut q«‘o« s'rfl doute ,

A mio« on •>« aperçoit.

Car oo n'y voit goatle. ..

Un certain reiaart earhé Tout t conp étant tlrhd.

Fait tomber, ber, ber.

Paît laulrr. 1er, Itr.

Fait tomber.

Fait ii«tcr.

Fait «olcr la tête...

Crst birn plu* hoanStef

Celle chanson, qui retentissait stridente, poursuivit Thommo ta carrick jusque* au pied de l’échafaud.

Là , comme la foule était plus compacte, il fut arrêté un moment, et un bomme en carmagnole le poussa.. .

Il fit un faux pas, et ses pieds glissèrent dans le sang...

Dans le sang rose et vermeil de madame Roland qui venait do mourir.

Et l'homme au carrick jeta comme un cri d’effroi.

Mais un autre homme , qui se trouvait derrière loi , le soutint H T empêcha de tomber.

l-e mystérieux personnage reprit alors sa courte, sans songer à remercier celui qui l’avait soutenu.

Et il arriva ainsi jnsqu'à l'angle de la rne .Saint-Honoré.

Là, il s'arrêta un moment, comme pour reprendre baleine, et ses lèvres minces laissèrent tomber ces mots :

u Je crois que si j'avais vu tomber la première tête qu'on a séparée du troue au nom de la liberté, j’eusse enrayé la révolution... Le juge qui condamne ne voit pas exécuter ses arrêts! »

Et ces paroles prononcées d’une voix fiévreuse, il reprit sa marche et s'enfonça dans la rue Saint-Honoré.

Cependant, un pas non moins pressé que le sien retentissait derrière lui. C'était le pas de l'homme qui lavait empêché de tomber dans le sang de madame Roland.

Cet homme était d’un aspect si bizarre qn’il mérite qoelqnes lignes de silhouette: petit, bossu jusqu’à rexagéraiion, son corps difTorme était supporté par deux petites jambes grêles et torse* ; il était en outre d’une laideur repoussante , et avait de grands yeux ronds bordés de rouge. Ses lèvres seules, minces et blêmes, trahissaient, avec son front dénudé, une certaine intelligence.

Mis avec trac recherche prétentieuse , tout de noir vêtu , on eût dit un homme cfEglise ou quelque procureur de province venu à Paris pour y étudier les belles manières des sans-culottes.

Depuis dix minutes, il suivait l’homme au carrick avec obstination.

Celui-ci cependant accélérait le pas, èmesnre qn’il avançait dans la rue Saint-Honoré. Mais le bossu se mit à courir, et atteignit l'homme au carrick au moment où il allait disparaître dans f allée noire de la maison qui portait le numéro 36(5.

« Salut au plus grand citoyen de la république! • dit-il.

L'homme au carrick tressaillit et se retourna avec une mauvaise bumenr évidente.

« Vous vous trompes, dit-il.

— Non pas, répliqua le bossu, je sais très-bien à qui je m'adresse. »

L'homme au carrick fronça le soarcil.

« Je viens de rendre un léger service tout à l'heure aa citoyen Maiimilipn Robespierre, contions le bossu sans s’émouvoir; je t'ai empêché de tomber... »

Robespierre, car c’était lui, eut un mouvement de surprise mélangé d’irritation.

«Que me voules-voua? demanda-t-il de nouveau.

— Citoyen, reprit le bossu, j’ai l'bonneur d'être votre collègue à la Convention.

— Ah! »

Et la manvaite humeur de Robespierre nnomenfa.

« Comment vous nommez-vous?

— Revellière-Lepaux.

— Vous élpi député d’Angers?

— Précisément.

— Eh bien, que puis-je faire pour vous?

Je désire vous entretenir d’un projet éminemment patriotique...

— Mais je n'ai pas le temps en ce moment , dit Robespierre.

— — Pardon . laissez-moi aller jusqu'au 1>o ut. .. « «lit le bossu WN

ténacité.

Robespierre se résigna et s’appuya sur la claire-voie à hauteur «Tappui qui, le jour, fermait l'allée «le sa maison.

« Citoyen, reprit le citoyen Rei'cUière-Lcpaux, députe «le Maine* ct-Loire , vous ave/ débarrassé la république de tous ses ennemis... Vous serez dictateur drnioiu, si tel est votre bon plaisir... « Robespierre pâlit d'émotion.

• Taisez-vous ! h dit-il.

Puis, ouvrant brusquement la claire-voie, il entrsfnn le bossu dans l'aller noire.

u Tenez chez moi, dit-il. Toute conversation n'est pas bonne en plein air... a

Et il entra chez la portière, y prit sa clef, et grimpa d’un pas leste h son troisième étage.

Le bossu le suit ait.

Robespierre le fit entrer dans sa chambre è coucher, qui était en même temps son cabinet de travail.

Les paroles «lu bossu avaient ému le proconsul, et son cmir, si calme et si froid d'ordinaire, battait avec une irrégularité singulière.

- Cet homme viendrait-il m’offrir, au nom de tout un parti , ce que je rêve depuis si longtemps? * pensa-t-il.

Il lui avança un siège et ilrmeura debout devant lui,

« Voyons, dit-il, je vous écoute. ■

Le bossu appuya majestueusement une inain sur son rieur.

« Citoyen, dit -il, grâce â ions, la Praucc est maintenant une nation régénérée , «pii attend ses doliuét s nouvelles avec contiance. Mais à peuple nom mit, il futil de nouvelles institutions... cl je viens tous proposer ooe religion nouvelle! *

Robespierre recula shtpéfal, mais le bossu demeura grave et

convaincu.

u Je viens, dit-il, (T inventer une religion 'qui fera le bonheur de la France et de son Mourrait maître. »

Il appuya sur ce dernier mot.

Robespierre tressaillit une fois encore.

** Ma religion, actif ta le bossu avec emphase, s’appellera la Théophilanlhrnpie ou le culte de ta liaison, n

Robespierre *e demanda s’il n ut ail pas «faire à no fou. Mais le bossu avait parlé d’«iu nouveau maître pour la France, et, vaincu par la flatterie, Je proconsul lui dit :

« Continuez donc, citoyen, et expliquez-inoi votre religion nouvelle... t

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