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MINERAUX SULFATÉS A BASE DE CHAUX

SECTION I

Plâtre on Gypse.

Anglais, — Gypsum. Espagnol. » Teso.

ÀlletnatuL — Gips. Italien. — Gesso.

Historique. — Composition. «- Conservation du plâtre calciné. — Poids du mètre cube. — État sous lequel il est appliqué. — Sols sur lesquels on l'emploie. —Application : époque de la végétation, état de l'atmosphère, époque de l'année, plâtrages sur la deuxième et la troisième coupe.— Conditions de réussite. — Quantité qu'il faut répandre. — Renouvellement des plâtrages. — Mode d'action. •— Plantes qui peuvent être plâtrées. — Bibliographie.

Historique. — Le plâtre^ connu depuis longtemps, n'a été employé comme matière fertilisante que vers le milieu du dixhuitième siècle. Le premier qui le fit connaître comme stimulant est le pasteur Mayer, deKupferzell, ministre protestant de la principauté de Hohenlohe. Il avait appris Tusage qu'on en faisait depuis un grand nombre d'années à Hehien , en Hanovre, et principalement dans les environs de Niedek, près Gœttingen, dans une correspondance qu'il eut avec le comte de Schuhlenbourg. C'est en 1765 qu'il publia le résultat de ses expérimentations, et c'est en 1768 qu'il fit à la Société économique de Berne une communication sur ses effets.

Tschiffeli popularisa son emploi en Suisse ; Schoubart de Kleefeld montra l'usage qu'on pouvait en faire en Allemagne. Dès 1771, l'emploi de ce stimulant se répandait en Dauphiné

PLATRE. l 1 5

et fixait Tattention publique. Depuis, il se propagea rapidement en France, spécialement dans les environs de Paris; de là il passa en Angleterre et aux États-Unis.

Franklin contribua le plus à le propager en Amérique. Pour convaincre ses concitoyens, il choisit un champ de trèfle auprès de Washington, et y écrivit avec la poussière de plâtre : Ceci a été pîdlré. La végétation du trèfle plâtré fut si extraordinaire que la phrase tracée ressortit en relief et put être aperçue à une très-grande distance. Ce résultat engagea tous les cultivateurs à en faire usage, et cette expérience, répétée depuis bien des fois, contribuai propager son emploi en France et en Allemagne.

Composition. — Le plâtre est composé de 58,f* diacide sulfurique et de 24,5 de chaux. On le désigne en chimie sous le nom de sulfate de chaux^ et en minéralogie sous celui de chaux sulfatée. A l'état naturel, il contient 20,78 pour 100 d'eau.

Le sulfate de chaux est abondamment répandu dans la nature. On le rencontre dans les terrains supracrétacés, le groupe oolithique, les marnes du terrain triasique, et en général dans tous les terrains de sédiment.

En 1835, on exploitait la pierre à plâtre dans trente-huit départements.

Le plâtre offre un très-grand nombre de variétés qui diffèrent par leur texture et les substances étrangères qu'elles contiennent. La variété la plus commune, et à laquelle on a donné le nom de chava sulfatée cristallisée^ présente des cristaux grenus agglomérés, et contient de 4 à 12 pour 100 de carbonate de chaux et d'argile impure, interposés entre les cristaux. En général, la chaux sulfatée est remarquable par son peu de dureté, et son peu de solubilité dans Teau, qui n'en dissout que 1/460* de son poids.

SousTinfluence d'une température de 115 à 120", le sulfate de chaux perd 10 pour 100 de son eau de cristallisation en môme temps que sa transparence, et en se refroidissant il devient blanc et assez friable. Alors on le nomme pldtre cuit ou pldtre calciné. Ainsi modifié et exposé à l'air, il attire peu à peu la vapeur de l'atmosphère, s'hydrate de nouveau, et ne peut plus se prendre en masse par une cristallisation nouvelle. Lorsqu'il a été calciné à une température trop élevée, il devient incapable de s'hydrater, et perd conséqueroment la propriété de se solidifier aussitôt après avoir été gâché, c'est-à-dire uni à une certaine quantité d'eau.

Conservation du plAtre oaleiné. — Il faut éviter que le

plâtre, après la calciiiation, reste exposé longtemps à l'air sec ou humide. Quand cela arrive, on dit que le plâtre est éventé. Cet état lui est tout à fait préjudiciable, puisqu'il a perdu presque complètement la faculté de se reconstituer à l'état d'hydrate après avoir été déshydraté par une température bien au-dessous de la chaleur rouge.

Pour le conserver pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, sans qu'il perde cette importante propriété, il faut le placer dans des tonneaux hermétiquement fermés. Les sacs en toile, quelle que soit la finesse de celle-ci, doivent être regardés comme imparfaits.

Poids da mètre cube. — Un mètre cube de pierre à plâtre pèse de 1900 à 2300 kilog.; de plâtre cuit battu, de 1200 à 1250 kil.; de plâtre cuit tamisé, de 1240 à 1260 kilog.

sophUtieation. — On fraude quelquefois le plâtre en y mêlant de la craie réduite en poudre.

État sous lequel II est appliqué. — En agriculture, le plâtre est employé cru ou cuit ; toutefois, on ne rapplique que lorsqu'il a été batlu, c est-à-dirc réduit en poudre. Celte

pulvérisation a lieu nu moyen de moulins mus par des animaux, l'eau ou le vent, par le concours d'une meule mise en mouvement dans son sens vertical et qui circule dans une auge placée sur le sol, ou enfin au moyen d'un simple battage exécuté par des hommes.

Lorsque le plâtre, quel que soit son état, a été broyé ou divisé, on le passe au panier ou au tamis, et on soumet de nouveau à l'écrasement les parties rest^^es sur le tamis et qui n'étaient pas assez pulvérisées. En général, les effets du plâtre sont en proportion de son état de division.

Le plâtre cru est beaucoup plus difficile à pulvériser que le plâtre cuit.

Sols nnr lesquels on emploie le plâtre. *« Quels SOnt

les terrains sur lesquels on doit user du plâtre? Cet engrais a-t-il la même action sur tous les sols ?

Le plâtre ne produit aucun effet sur les sols froids, humides, situés dans les bas-fonds ou exposés au nord et sur les terrains compactes qui se crevassent par la chaleur et la sécheresse. Cet engrais n'exerce aussi aucune action sur les plantes quand on l'applique sur des terres épuisées ou qui ne contiennent qu'une très-faible quantité de matières organiques ou d'humus.

Le plâtre exerce au contraire une très-grande influence sur là végétation quand il est employé sur des terres légères, sablonneuses, chaudes, sèches, un peu élevées, qui ne contiennent qu'une faible proportion de calcaire et qui ont été bien fumées. Dans une enquête que fit Peters à Philadelphie et dans laquelle il posa la question suivante : Quels sont les terrains sur lesquels cet engrais a le plus d'effet? sûr huit opinions émises par des agriculteurs qui employaient le plâtre depuis sept à treize années, il y a eu sept affirmatives en faveur des terres légères, chaudes, sablon-

neuses. En 1820, le conseil royal d'agriculture provocpia aussi en France, une enquête sur l'emploi et les effets du plâtre. Il résulta des réponses qui lui furent adressées, et que Bosc analysa, qu'il y a eu, sur trente opinions émises, vingt affirmatives pour son application sur les sols secs, légers, caillouteux.

Les faits observés par Thaër, Schwertz, etc., démontrent clairement que le plâtre ne produit des effets remarquables et ne doit être par conséquent employé que sur des terrains fertiles, quelle que soit leur nature , complètement privés d'humidité surabondante. Ces faits confirment l'opinion qu'avait émise le pasteur Mayer, à savoir que cet engrais n'agit que sur les terrains bien secs, particulièrement les prairies de montagne, bien exposées, et qu'il est sans action sur les terrains ombragés et humides.

Toutefois, c'est à tort que l'on conclurait que le plâtre ne doit pas être utilisé dans les localités où les terres sont argileuses, parce que ces sortes de terres sont toujours plus humides, plus tenaces, que les sols légers. Les terres argileuses, riches et celles à sous-sol perméable, ainsi que Royer l'a observé, peuvent être plâtrées avantageusement : c'est qu'elles ne sont pas du nombre de celles qui sont trop mouillées ou trop compactes au mois de mars ou d'avril.

Les végétaux qui croissent sur les terrains calcaires peuvent-ils être plâtrés? Les sols qui renferment du carbonate de chaux permettent-ils à cette substance d'agir sur les légumineuses ?

A. Young, Thaër, Pu vis, etc., ont soutenu que le plâtre agit très-favorablement sur les terrains qui contiennent du carbonate de chaux, et sur ceux qui renferment une notable proportion de sulfate de chaux.

Ces assertions, bien que confirmées par les expériences

de M. de Brebisson et les remarques de M. de Gasparin, qui montrent que le pIAtre produit des effets remarquables sur les sols calcaires, même sur ceux qui contiennent jusqu'à 20 p. 100 de carbonate de chaux, ont été mises en doute par quelques agriculteurs. Ainsi , il résulte des études faites par Rigaud de Tlsle et M. Boussingault, que le plâtre n'a d'action que sur les terrains qui contiennent peu de carbonate de chaux.

Le plâtre agit-il sur les plantes quand on l'applique sur des terrains schisteux et granitiques ?

Suivant quelques observateurs, le plâtre ne produirait aucun effet sur les sols granitiques et schisteux. Cette nonréussite a-t-elle pour cause la trop grande légèreté du sol ou son grand degré de dessiccation depuis le mois de mai jusqu'à la fin de septembre ? Le plâtre n'agit-il sur les terres ' schisteuses qu'à la condition de la présence de l'élément calcaire au sein de la couche arable ? Je ne puis adopter cette dernière hypothèse. Si le plâtre n'a d'action sur les terres de landes, les sols schisteux, qu'à la condition qu'ils contiennent suffisamment de carbonate de chaux, comment expliquera-t-on alors les effets que cet engrais produit sur les plantes qui croissent sur les terrains dépourvus de particules calcaires?

Je crois qu'il faut chercher ailleurs les causes qui empêchent que le plâtre puisse être employé sur ces terres, et je suis porté à croire, d'après quelques expériences que j'ai faites à Grand-Jouan, que le manque de terreau doux, d'une part, que les propriétés physiques du sol, de l'autre, peuvent bien être, avec les influences climatériques, les causes directes de cette non-réussite. Mayer paraît avoir été témoin de semblables faits. Ainsi, il a observé que le plâtre n'exerce pas d'action ou qu'il en exerce une nuisible sur les terrains

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de couleur noire dans lesquels la chaleur arrête la végétation. Ces remarques ne s'appliquent-elles pas aux terres de landes et de bruyères sur lesquelles les trèfles et les luzernes ont, dans les' circonstances générales, une faible végétation pendant le printemps et Tété ?

De ces considérations, il me semble résulter rigoureusement :

1*» Que le plûtre agit favorablement sur les sols secs, les terres sablonneuses riclies et les terrains argileux perméables et fertiles ;

2° Que cet engrais peut être appliqué sur les sols calcaires, perméai3les et abondamment pourvus d'humus;

3** Que ces effets sont presque nuls lorsqu'on l'emploie sur les-sols humides, siliceux, calcaires ou argileux.

Application. — A. ÉPOQUE DE LA VÉGÉTATION. — Que le plA-

tre soit employé à l'état cru ou répandu à l'état cuit, il faut que préalablement il ait été réduit en poudre.

La cendre de plâtre doit être répandue sur les plantes en végétation, c'est-à-dire lorsque les feuilles et leurs ramifications couvrent la surface de la terre.

Plusieurs agriculteurs soutiennent qu'il faut le répandre directement sur la terre, c'est-à-dire avant que les végétaux ombragent, parleurs feuilles, la superficie du sol; ou avant, ou pendant, ou après l'exécution des semailles. Ainsi, Rigaud de risle, qui enterrait le plâtre par un labour, se félicitait de cette opération.

Ce résultat est-il suffisant pour engager le cultivateur à renoncer à le répandre sur les plantes en végétation? Évidemment non. Si ce succès a été confirmé par les assertions de d'Harcourt et Sageret, si cette expérience démontre que le plâtre agit aussi sur les organes souterrains des plantes et qu'il est aussi absorbé par les spongioles, les remarques fai-

tes par Peters, de Lasteyrie, Socquet, de Dombasle, Thaër, Royer, etc., condamnent cette manière d'employer le plâtre, et elles prouvent que cet engrais ne produit jamais plus d'effets que lorsqu'on le répand sur une luzerne, un trèfle, etc., assezavancés dans la végétation pour que les feuilles couvrent déjà en partie le sol, sans que les tiges commencent

à se montrer.

B. État de l'atmosphère. — Doit-on répandre la poussière de plâtre par un temps sec? Les feuilles doivent-elles être couvertes de rosée ou d'humidité?

Cet engrais ne doit être appliqué que lorsque les feuilles des végétaux sont couvertes d'humidité produite par une pluie récente ou par la rosée, afin qu'il reste adhérent aux feuilles.

On peut aussi l'utiliser quant l'atmosphère est humide, lorsque le temps est couvert.

Il faut éviter de l'appliquer quand le temps est pluvieux ou sec.

En général, on la répand le soir ou de très-grand matin.

Ces règles pratiques, qui ont pour appui les observations de Thaér, de Schwerz, de Dombasle, Bosc, de Lasteyrie, Puvis, Royer, Moll, etc., ont été combattues par plusieurs cultivateurs..*!. Forestier soutient que son application doit avoir lieu par un temps sec; il affirme que le plâtre n'a produit des effets chez lui que lorsque cet engrais minéral tombait en grande partie sur le sol. Doit-on conclure de cette opinion qu'il faille renoncer à appliquer le plâtre sur les feuilles, alors que celles-ci sont humides? et est-il rationnel de recommander de ne l'employer que par un temps sec ? Non, car cette expérience ne peut détruire des faits sanctionnés par des observations de plus d'un demi-siècle. Du reste, ce résultat n'a rien d'extraordinaire :on sait qu'il n'est

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aucune substance fertilisante dont les effets sont aussi extraordinaires et variables que ceux de la cendre de plâtre.

Toutes choses égales d'ailleurs, l'application du plâtre ne doit avoir lieu que lorsque l'atmosphère est calme. Répandu par un très-grand vent, il peut être transporté hors du champ ou réparti très-inégalement sur les plantes. Le matin * ou le soir est l'époque du jour la plus convenable. A ces moments de la journée, l'atmosphère est rarement agitée et les feuilles des plantes sont ordinairement couvertes d'humidité. Or, rien ne peut contribuer autant à une égale répartition du plâtre , comme l'observe si judicieusement M. Boussingault, que le saupoudrage des feuilles humides. Le plâtre qui y adhère ne s'en détache que peu à peu, et elles le répandent dans tous les sens à mesure que le vent les agite et les dessèche.

C. Époque de l'année. — Le plâtrage doit-il avoir lieu au printemps, en été, ou en automne? Les saisons ont-elles une influence favorable ou nuisible sur les effets que doit manifester le plâtre?

Les plâtrages ne doivent être exécutés qu'au printemps, dans les mois de mars, d'avril et de mai, alors que les feuilles des légumineuses sont assez développées pour que la presque totalité de cet engrais soit retenue par elles.

Toutefois, on peut plâtrer plus tôt si le climat et le sol sur lequel on veut répandre le plâtre sont secs et brûlants. Royer a remarqué que les plâtrages sur les sols calcaires qui craignent beaucoup la sécheresse doivent avoir lieu un mois plus tôt que dans les terres sablonneuses ou argileuses humides. Cette observation s'applique-t-elle à toutes les localités? Burger est pour l'affirmative. D'après ses remarques, le plâtre produit des effets extraordinaires dans les terrains sablonneux, marneux et argileux, si les mois d'avril et de mai

sont à la fois chauds et humides, tandis qu'il a généralement peu d*eflicacité dans les terres sablonneuses, si le printemps est sec et chaud, sec et froid, ou humide et froid.

Les plâtrages pratiqués en automne réussissent très-rarement. Suivant M. Rendu, la plupart des cultivateurs du département du Nord ont reconnu que la gelée, même la plus légère, arrête subitement l'action de cet engrais, même lorsque la température redevient favorable. Cette remarque est confirmée par les observations de Schwerz et de Dombasle, qui ont constaté que le plâtre n*agit plus sur les plantes quand, après son application, il survient des gelées.

Ainsi, le moment le plus propice pour commencer les plâtrages est le printemps, lorsque les gelées ont cessé et que la végétation est un peu avancée. Toutefois, ici on pourra opérer dès le mois de mars, parce que le sol sera naturellement sec et le temps favorable ; là, au contraire, on devra attendre avril ou mai, à cause de la trop grande humidité contenue encore dans le sol et l'atmosphère.

D. Plâtrages sur la deuxièbie et la troisième coupe. — Les plâtrages ne s'exécutent pas seulement sur la première coupe , on peut les répéter sur la seconde et môme sur la troisième. Ainsi on plâtre quelquefois en juin ou juillet, aussitôt que la pousse de la seconde récolte couvre la terre. D'autres fois, lorsqu'on prévoit que le mois de septembre ne sera pas très-pluvieux, on répand de la cendre de plâtre sur les trèfles de Tannée, après, la moisson, dans le but d'obtenir une pousse plus abondante au mois d'octobre. *

Les plâtrages qui ont lieu en automne pour favoriser la première coupe du printemps suivant, sont rarement favorables.

Les cultivateurs qui avaient choisi ce moment y ont renoncé pour appliquer le plâtre au mois de mars ou d'avril.

Des lignes qui précèdent, je conclus :

1° Que le plâtre ne doit être répandu que lorsque les plantes sont assez développées pour couvrir la terre ;

2" Qu'on ne p^ut l'employer que quand les feuilles sont couvertes d'hunridité;

S*' Que les plâlrages exécutés au printemps sont ceux que l'on doit regarder comme les plus favorables;

4" Qu'ils ne doivent avoir lieu que quand les gelées ne sont plus à craindre;

5° Que les plâtrages exécutés en automne et durant l'hiver sont rarement satisfaisants ;

6** Que les sols secs doivent être plâtrés plus tôt que les terrains humides ;

7*» Que les plâtrages, dans les climats chauds et secs, devront avoir lieu plus tôt que dans les climats froids et humides;

8'' Que le plâtre ne peut être appliqué que quand l'atmosphère est calme.

CondMoiis de rénssite.— Le plâtre, calciné on non, n'agit avec succès que lorsqu'il a été bien divisé, réduit en poudre. Si son application a lieu par un temps pluvieux ou sur un sol marécageux, s'il survient, après qu'il a été répandu, des pluies violentes et continuelles, ses effets se font faiblement sentir, si toutefois ils se manifestent.

Une chaleur très-élevée comme une humidité abondante et un froid violent peuvent empêcher le plâtre de développer toute son énergie. Aussi est-il toujours prudent de ne plâtrer (fue lorsque les froids ne sont plus à craindre, et d'exécuter celte opération avant l'époque où les grandes chaleurs, les longues sécheresses commencent à se manifester. Pour éviter les grandes pluies du printemps, dans les environs de,Marseille (Oise), on préfère n'employer le plâtre qu'après la première coupe.

Le plâtre ii*a pas autant d'effet dans un climat humide que sous une température modérément sèche. Lorsqu'il survient, après son application, des pluies abondantes et prolongées, il disparaît de'dessus les feuilles, tombe sur le sol, forme une pâte qui ne tarde pas à se solidilier. Quand, au contraire, il survient de grandes chaleurs et que le sol perd l'humidité nécessaire aux plantes pour qu'elles végètent avec vigueur, cet engrais reste sans action pour ainsi dire; c'est que la vitalité des végétaux n'est pas assez puissante pour que ces derniers s'approprient les éléments qui composent le plâtre.

La non-réussite des plâtrages dans la région de l'Ouest, sur les terres acides de landes ou de bruyères, sur les sols granitiques noirs, sur les terres schisteuses, terrains naturellement froids au printemps, ^ cause de la grande humidité qu'ils retiennent, et qui sont desséchés une grande partie de l'été, trouvent évidemment leur explication dans ces causes. On sait que le climat de cette contrée est brumeux depuis septembre jusqu'en mars ou avril.

Pour que le plâtre soit utile aux plantes sur lesquelles on l'applique, il faut que l'année soit humide ou qu'il tombe de la pluie pendant les quinze à vingt jours qui suivent son épandage. Tous ceux qui utilisent journellement le plâtre sur les trèfles, luzernes et sainfoins en végétation, ont toujours constaté l'avantage de le répandre après une pluie, par un temps couvert qui présage une pluie fine et douce, et par une température modérée. Ainsi l'humidité et la chaleur sont les conditions qui développent dans toute son énergie l'action de cette substance fertilisante.

Ces causes ne sont pas les seules qui empêchent parfois le plâtre de manifester une action favorable. Il en est une autre aussi puissante, sans nul doute, c'est la fertilité de la couche

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arable. Ainsi, ses effets sont d*autant plus remarquables qu'il est appliqué sur des plantes végétant sur des fonds fertiles ou abondamment fumés. Si ce fait était contraire aux principes confirmés par les observations pratiques, il faudrait alors admettre qu'on ne doit pas, dans les plâtrages, prendre en considération la fécondité de la terre. Si le plâtre agissait sur les terres pauvres, il est hors de doute que son usage serait répandu dans un plus grand nombre de localités. Mathieu de Dombasle a soutenu une opinion contraire. D'après ce célèbre agronome, c'est surtout sur les sols pauvres que le plâtre aurait des effets miraculeux, nonseulement en produisant une bonne récolte de trèfle, mais en améliorant le sol, par le moyen de cette récolte, plusieurs années. Je ne puis admettre cette opinion ; les résultats constatés par Parkinson, Bosc, Peters, Thaër et Puvis, ont démontré que les effets du plâtre , sur les sols qui lui sont propres, sont toujours en rapport avec le degré de fertilité de la couche arable.

Je conclus de l'exposé qui précède, les principes suivants ;

1° Qu'une température élevée et prolongée, comme une humidité abondante, nuit à l'action du plâtre ;

â*' Que le plâtre ne manifeste son énergie que quand l'atmosphère est à la fois chaude et humide ;

3»» Que les effets du plâtre sont toujours en raison directe de la fertilité du sol ;

4*» Que le plâtre produit peu d'effet dans les terrains pauvres que la chaleur solaire dessèche de bonne heure au printemps.

Quantité de plâtre & employer. — Il est presque impossible de préciser la quantité de plâtre qu'il faut appliquer par hectare. Cette quantité varie selon les climats, la nature du sol et l'état d'après lequel on emploie cet engrais.

Il résulte des chiffres que Ton a donnés que la quantité moyenne de plâtre à répandre par hectare est de 350 kilog. Cette moyenne n'est ni trop faible, ni trop élevée.

La plupart des observateurs ont avancé qu'il fallait en répandre une quantité égale en mesure à la quantité de froment employée lors des semailles. 11 suit de là, que si, dans une localité donnée, on emploie 2 hect. 30 de froment par hectare, on devra répandre sur les légumineuses 287 kilog. de plâtre; si, au contraire on ne répand que 2 hectol. de semence, la quantité de plâtre à appliquer ne sera que de 250 kilog.

La moyenne ci-indiquée des quantités proposées qui varient entre 160 et 1440 kilog., pourra guider le cultivateur qui fera usage du plâtre pour la première fois, alors qu'il ne constatera pas dans la localité qu'il habite que le plâtre appliqué à telle ou telle dose exerce sur les légumineuses une influence favorable. Toutefois, il ne devra pas regarder ce quantum, 350 kilog., comme maximum; il est des circonstances où la pratique est obligée de le dépasser, comme il en existe d'autres où il est indispensable de ne pas Tattekidre. Ainsi, Royer rapporte que des expériences, faites sur du trèfle, en terre argileuse, dans l'arrondissement de Montargis (Loiret), ont prouvé que 31 kilog. à l'hectare suffisaient pour produire une différence très-favorable à la récolte, et qu'au delà de 250 kilog., l'augmentation n'était plus proportionnelle.

Tout cultivateur qui veut faire usage du plâtre doit se pénétrer qu'il doit commencer ses plâtrages dans une petite proportion, et augmenter ensuite la dose, si celle employée produit peu d'effet. Il ne peut répandre 600, 700, 1000 kilog. de plâtre par hectare, que lorsqu'il a la certitude que l'augmentation de la récolte sera proportionnelle à ces quantités,

et que la valeur du surcroit des produits sera bien supérieure aux dépenses que la quantité de plâtre appliquée aura occasionnées.

BemouirelleiaeBl des plAlrages. — J*ai peu d'observations

à mentionner sur le renouvellement des plâtrages; je ne sache pas que la pratique ait constaté que le plâtre ne pouvait être appliqué sur un terrain deux fois de suite ; je n'ai jamais remarqué que cet engrais employé chaque année sur une prairie naturelle ou artificielle, eût produit des effets fâclieux et précipité l'existence des plantes ou Tamoindrissement de la fécondité du sol.

Puvis est le seul, je crois, qui ait avancé que les plâtrages ne doivent pas être répétés trop souvent sur le même sol, surtout s'il est médiocre. Ainsi, le plâtre pour bien réussir, ne devrait être employé que par intervalles, c'est-à-dire ne reparaître sur le même sol que tous les six ou huit ans.

Je ferai remarquer qu'on ne plâtre ordinairement les plantes annuelles et bisannuelles, telles que les vesces, les fèves, le trèfle incarnat, la lupuline, qu'une seule fois durant leur végétation. Quelques cultivateurs, il est vrai, plâtrent le trèfle f ouge pendant deux années , mais cette pratique n'est pas très-suivie. Si le plâtre peut être employé plusieurs fois sur une plante en végétation, c'est évidemment sur le sainfoin, et surtout sur la luzerne ; on sait que ces plantes occupent la terre pendant six à huit années.

Mais est- il plus avantageux de plâtrer les luzernes, etmême lessainfoins, une seule fois en appliquant la dose qui doit être employée, que de répandre la même quantité de plâtre à deux fois, après un intervalle d'une ou deux années?

Quand la dose à employer est faible et qu'elle ne dépasse pas 300 kilog. à l'hectare, il faut l'appliquer en une seule fois; si cette dose était divisée, il y a certitude qu'elle ne pro-

duirait pas les effets qu'elle occasionnerait si elle était employée en une seule fois. Quand, au contraire, les circonstances permettent de répandre 700 à 800 kilogrammes, et que cette quantité doit suffire pendant toute la durée delà plante, il y a avantage à l'appliquer à diverses reprises , soit en deux fois durant deux années. En agissant ainsi, on court moins de chances de non-réussite, et on est presque certain d'un résultat favorable. Lorsque la dose appliquée est très-forte, elle peut être enlevée des feuilles et tomber sur la surface de la terre ; s'il survient alors une pluie un peu abondante ou prolongée, le plâtre absorbe beaucoup d'eau, se prend en une masse solide, et n'a qu'une influence très-légère sur les* plantes.

Quand l'expérience a prouvé qu'il est avantageux de répandre du plâtre en même temps'que les semences de trèfle, de luzerne ou de sainfoin, on peut appliquer, aussitôt après les semailles, la moitié de la dose nécessaire, et employer l'autre quantité au printemps suivant, lorsque les plantes commencent à couvrir la surface du sol. Ces plâtrages, quoique très-rapprochés l'un de l'autre, ne comportent aucun inconvénient.

Mode d'action.— Quelle est l'explicatiou des effets du plâtre que la pratique doit accepter ? L'action de cet engrais est-elle si occulte qu'on ne puisse admettre comme vraie une des nombreuses hypothèses émises dans ces dernières années? Les théories présentées ne varient-elles pas suivant les lieux, les circonstances, où les observations ont été recueillies? Les sciences chimiques et physiologiques pâlissent-elles encore devant le voile qui couvre le mystère des effets du plâtre ?

D'après Humphry Davy, le plâtre, malgré son peu de solubilité dans l'eau , serait absorbé par les plantes légumineuses. Chaptal, Puvis et Payen partagent la même opinion, et n 9

ils considèrent celte substance comme nécessaire à leur existence ou à la solidité de leur tissu. Ces explications laissent à désirer. S'il est vrai que le plâtre agit comme substance assimilatrice, si son action est due particulièrement à son introduction dans les plantes, l'analyse devrait constater qu'il existe toujours dans une très-forte proportion dans les cendres des végétaux qui ont été plâtrés; d'un autre côté, il fautirait admettre : 1° que ses effets sont d'autant plus remarquables qu'il est appliqué sur des sols qui n'en contiennent pas naturellement ; 2° qu'il ne doit avoir aucune influence sur les terrains dans lesquels l'analyse a démontré la présence de 1/500 du poids delà terre en sulfate de chaux, puisque 300 kilog. appliqués par hectare ne donnent que 1/1666 du poids du sol arable.

Thaër admet une théorie complètement différente. 11 pense que le plâtre entre avec l'humus dans une action réciproque très-lente, et il en conclut, contrairement aux faits observés par Davy et Théodore de Saussure, que son action est d'autant plus remarquable, qu'il rencontre dans le sol une plus grande quantité de substances organiques.

L'explication donnée par Thaër n'est pas admissible. 11 est vrai que les expériences ont démontré que ses effets sont plus manifestes sur les sols riches que sur les terrains pauvres, mais on peut facilement citer bon nombre de sols riches en matières organiques sur lesquels les plâtrages n'ont jamais réussi.

L'explication donnée par Soquet ne s'harmonise pas avec les théories précitées. Cet observateur prétend que le plâtre, par la calcination, est transformé en partie en sulfure de chaux, sel haloïde qui suppléerait, en partie, le pouvoir désoxygénant de la lumière sur le parenchyme vert des feuilles des plantes herbacées. Ainsi le plâtre, changé en sulfure, fa-

voiiserait Texpiration de Toxygène dans les plantes, et seconderait conséquenament activement l'absorption, dans ces mêmes végétaux, de l'acide carbonique tiré de l'atmosphère.

Il est difficile d'admettre cette théorie, parce qu'on n'a pas encore démontré que par la calcination ordinaire, le sulfate de chaux est converti en sulfure.

Liebig a proposé une théorie qui n'a aucun rapport avec celles qui l'ont précédée. Ce savant chimiste admet que l'influence si favorable du plâtre sur la végétation des prairies, provient en partie de ce que cet engrais minéral jouit de la faculté de fixer l'ammoniaque de l'atmosphère, et d'empê' cher l'évaporation de celle qui s'est condensée avec la vapeur de l'eau. Ainsi, lorsque le carbonate d'ammoniaque dissous dans les eaux pluviales se trouverait en contact avec le sulfate de chaux, il y aurait une double décomposition, et il se produirait du sulfate d'ammoniaque soluble et du carbonate de chaux. Dès lors le plâtre fixerait dans le sol les vapeurs ammonicales de l'atmosphère.

L'eau, d'après Liebig, serait la condition la plus indispensable pour l'assimilation du sulfate d'ammoniaque qui se produit, et, en général, pour la décomposition du plâtre, si peu soluble; ce qui démontrerait : !• que, dans les prairies elles champs secs, l'influence du plâtre n'est pas sensible, tandis que le fumier animal, au contraire, s'y montrerait efficace, en raison de l'assimilation du carbonate d'ammoniaque gazeux qui s'en dégage; S»» que la décomposition du plâtre par le carbonate d'ammoniaque ne s'opère pas tout d'un coup, mais lentement, parce que la quantité de carbone contenue dans Teau de pluie est restreinte dans des limites étroites.

Cette théorie très-ingénieuse est hypothétique. Ainsi, si elle était vraie, il faudrait renoncer à l'emploi du plâtre dans

les contrées sèches, et l'employer de préférence sous des climats brumeux et sur des sols humides, et par des temps pluvieux. Et d'ailleurs, est-il bien démontré que le carbonate est plus utile aux végétaux que le sulfate d'ammoniaque ? A-t-on démontré que le plâtre agit favorablement sur les sols arides, secs, dépourvus, pour ainsi dire, de matières organiques? Ces objections ne sont pas les seules qui renversent la théorie de Liebig. Il en est une autre non moins importante : puisque le plâtre fixe l'ammoniaque , pourquoi n*agit-il pas aussi efficacement sur les prairies naturelles, les graminées , les céréales , que sur les légumineuses ? Cependant ces végétaux ont aussi besoin, pour croître avec vigueur, de pouvoir s'assimiler l'azote ou l'ammoniaque contenu dans l'atmosphère ?

De toutes les théories exposées, c'est celle de Davy, qui parut à M. Boussingault la plus plausible. Un moyen se présentait de la vérifier, il l'a employé. Ce moyen consistait à examiner si réellement les cendres de trèfles qui se sont développés sous l'influence du plâtre contiennent, comme l'a affirmé Davy, une forte proportion de sulfate de chaux. M. Boussingault s'est préoccupé de la proportion de cendre fournie par un poids donné du fourrage récolté sur une surface déterminée de terrain avant et après le plâtrage. Voici les résultats qu'il a obtenus :

Trèfle

. . . Cendres. .

Moyennes.

Cbaux. A( 32S2 32 ,2

non plâtré. plâtré.

113 kil. 270 kil.

Moyennes. .

105 kil. 275 kil.

Trèfle non plâtré.

îidesulf. Acide phos. Potasse. Chlore. 1\4 IISO 26S7 4^0 3 ,0 7 ,0 28 ,6 3 ,0

PLATRE. 133 Trène plàiré.

Cbaux. Acide nuit. Acide pbos. Potaue. Chlore.

Moyennes.. 91^,1 9S1 23S5 96^4 9^,3

Il faut conclure de ces résultats que les trèfles pl&trés contiennent beaucoup plus de chaux et de potasse, d'acide suirurique et d'acide phosphorique que ceux qui n'ont pas reçu de plâtre.

M. Boussingault fait remarquer, en signalant ces faits, que la chaux qui a été assimilée depuis le pl&trage ne correspond pas à l'acide sulfurique qui a été fixé pendant le même laps de temps. L'excès d'acide et de chaux contenus dans les cendres de trèfle plâtré sur celles du trèfle qui ne Ta pas été est de :

Acide suif uriqwe 5,4 Chaux 58,9

Si l'on suppose dès lors que l'acide assimilé depuis le plâtrage soit intervenu à l'état de sulfate, on trouve que la récolte plâtrée aurait absorbé en moyenne 9 kilogr. 2 de sulfate de chaux.

M. Boussingault conclut de ces résultats que les quantités de sulfate de chaux absorbées sont si minimes, qu'elles sont de nature à faire supposer que l'utilité du plâtrage consiste à fournir à la plante la forte proportion de chaux qu'elle paraît exiger. Ce chimiste corrobore cette supposition par la théorie suivante. Il admet que dans les cendres de tourbe, qu'il emploie avec un succès incontestable, l'acide sulfurique est probablement engagé à l'état de sulfate alcalin; que la cendre de bois peut contenir en moyenne 1 pour 100 d'acide sulfurique; qu'indépendamment des phosphates qui sont unis à toutes les plantes, les cendres lessivées renfer-

ment souvent plus de ao pour 100 de carbonate de chaux; et que, dès lors, les engrais minéraux qui surexcitent la végétation du trèfle possèdent constamment l'élément calcaire, soit à l'état de sulfate, soit à l'état de carbonate, et que c'est ce même élément qui se montre abondant dans les récoltes, uni à des acides organiques et dépouillé, par conséquent, de la presque totalité de l'acide inorganique avec lequel il était engagé au moment où il a été incorporé dans le sol.

M. Boussingault ajoute que le sulfate de chaux se décompose, et que le résultat de cette décomposition est du carbonate de chaux dans un grand état de division, et par cette raison même facilement assimilable. C'est ainsi qu'il comprend l'élimination de l'acide sulfurique du plâtre; car si la chaux pénétrait réellement dans le végétal à l'état de sulfate, les cendres devraient être intiniment plus riches en acide sulfurique que ne l'indique l'analyse.

Cette explication, soutenue par M. de Gasparin, explique pourquoi le plâtre ne produit aucune influence, pour ainsi dire, sur les sols humides, lui qui exige quatre fois son volume d'eau pour se dissoudre.

M. le Corbeillier admet une autre théorie. Il croit que le sulfate de chaux agit en fournissant aux plantes du carbonate de chaux assimilable, et au sol du sulfate d'ammoniaque. Le plâtre, au contact du carbonate d'an:^noniaque de l'atmosphère, éprouverait une double décomposition qui donnerait naissance au carbonate de chaux et au sulfate d'ammoniaque ; mais ce sulfate entraîné sur la surface d'une terre saine et poreuse, sous l'influence de la chaleur atmosphérique, serait, par- le l'ait de ïévaporatian^ décomposé de nouveau; l'ammoniaque serait mis en liberté, tandis que l'acide sulfurique libre attaquerait les substances minérales

du sol. Alors ks plantes se trouveraient en présence du carbonate de chaux, assimilable, au milieu d*une atmosphère ammoniacale qui favoriserait leur prompt accroissement, surtout si ces plantes appartenaient à la classe des végétaux à cendres terreuses.

Cette théorie, suivant M. le Corbeillier, expliquerait l'action du plâtre appliqué seulement sur les terrains argileux assainis, sur les sols siliceux, sur les prairies hautes et sèches.

Cette conjecture lui permettrait aussi de soutenir que le plâtre agit sur les graminées ; mais que ses effets ne peuvent pas être aussi complets sur ces plantes que sur les légumineuses, parce qu'elles sont des végétaux à cendres silicatées.

Ainsi fournir le carbonate de chaux à Tétat naissant, concentrer la nuit, par sa porosité, les sels ammoniacaux de l'atmosphère, les dégager, le jour, sous forme d'ammoniaque sous l'influence de l'évaporaiion, tel serait,. suivant M. le Corbeillier, le rôle multiple du plâtre appliqué sur les plantes.

Toutes choses égales d'ailleurs, il appartient au cultivateur de constater, par des expériences directes, faites à diverses époques et suivant diverses proportions, sur le sol qu'il exploite, si le sulfate de chaux peut avoir une aclion favorable sur les légumineuses, sans se préoccuper de l'explication théorique de ses effets. Cette constatation faite, il saura, dès lors, déterminer s'il doit ou non plâtrer les légumineuses qu'il cultive.

Plantes qnl peavemi être plAlr^es. — Jusqu'à Ce jOUr, le

plâtre a été principalement appliqué sur les légumineuses, parce qu'il exerce très-peu d'effet sur les graminées. Je ne rappellerai pas toutes les expériences, toutes les ob-

136 ENGRAIS MIHfÉRAUX.

servations qui ont permis de constater que le plâtre n*avait aucun effet sur les céréales. Il me suffira de dire que, lors deTenquéte faite en 1821 par le conseil royal d'agriculture sur remploi du plâtre, sur trente-deux opinions émises, il y en a eu trente négatives. C'est dire évidemment que le plâtre agit très-faiblement sur les céréales. Depuis, on a constaté, en France comme en Allemagne et en Angleterre, cette nullité d'action. '

De toutes les légumineuses, le trèfle est la plante sur laquelle le plâtre agit avec plus d'intensité. Cela est si vrai qu'il existe des localités en France où il suffit d'en répandre une certaine quantité sur un trèfle, pour être certain de voir ses racines augmenter en grosseur, ses tiges atteindre une plus grande hauteur, ses feuilles acquérir un très-grand développement etune couleur vert noir, et ses fleurs avoir une teinte rouge foncé. Le trèfle blanc, la luzerne et le sainfoin, ainsi que les vesces et les pois, végètent aussi avec vigueur sous l'action de cet engrais minéral.

Le plâtre agit aussi sensiblement sur les choux, le lin, le chanvre, la navette, le tabac et les autres plantes dont la graine produit de l'huile, ou qui ont une riche foHation.

Puvis a observé que lorsqu'on l'emploie sur les prairies naturelles sèches, il augmente la quantité du produit, il y fait prédominer les légumineuses ; mais qu'il faut alterner son emploi avec les engrais végétaux, car autrement la fécondité qu'il produit ne se soutient pas.

Toutefois, si les légumineuses en général acquièrent des développements remarquables lorsqu'elles ont été plâtrées, il faut reconnaître que les semences des haricots, pois, lentilles, fèves, etc., sur lesquelles on a répandu du plâtre pour hâter leur développement, cuisent difficilement. Ce fait a été constaté par plusieurs agriculteurs. D'un autre côté, Macaire

a reconnu que lorsqu'on fait cuire des légumes dans des eaux séléniteuses, les sels solubles sont remplacés dans les tissus du végétal par des sels insolubles.

Prix de vente. — Le plâtre cuit se vend de 1 fr. 50 c. à 3 fr. l'hectolitre.

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SECTION II

PlAtras.

/Ingf/aw.-- Rubich. Espagnol.^ Y eson.

Allemand. — Schuit. ItcUien.—

Définition. — Terrains auxquels ils conviennent. —Mode d'emploi. —Quantité qu'il faut employer. — Cultures auxquelles ils conviennent.— Mode d'action. —Épuisement du sol par les pl&tras. — Bibliographie.

Déflniiion. — On donne le nom déplâtras aux débris résultant de la démolition d'un mur, d'une cloison construits en plâtre. Ces décombres renferment presque toujours des nitrates de potasse, de soude et de chaux, et des chlorures à base de même nature. Ceux qui proviennent de lieux humides ou de rez-de-chaussée, en contiennent plus que ceux des étages supérieurs.

Les plâtras peuvent être employés avec avantage comme en<;niis; leurs effets sont durables, et indépendamment de leur action chimique ils peuvent agir mécaniquement, à la manière de la marne et des amendements.

Terrains auxquels Ils convlenneirt. — " LeS effets deS

plâtras sont d'autant plus sensibles qu'ils sont employés sur un sol sain, et à la superficie, pour ainsi dire, du sol. Les sols argileux sont ceux sur lesquels on doit les employer de préférence.

Mode d*empioi. — Lorsqu'on les applique sur les prairies naturelles ou artificielles, il faut les répandre avant l'hiver, et éviter que l'eau durant cette saison ne séjourne sur le gazon. Au printemps suivant, on donne un hersage énergique, et un ou plusieurs roulages pour les diviser, les réduire en poussière. Les plâtras qui résistent à ces façons doivent être

concassés à bras ou extraits de la surface de la prairie, pour qu'ils ne nuisent pas à la marche de la faux lors de la récolte de la production herbacée. Quelquefois on les pulvérise rhiver sous des hangars, au moyen de masses, et on les répand sur le gazon des prairies vers la fin du mois de janvier ou dans le courant de février. Il y a avantage à les appliquer de très-bonne heure au printemps.

Lorsqu'on veut les employer sur les terres arables, il faut les conduire par un beau temps sur un champ préalablement labouré, les épandre, les laisser à Faction du soleil pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines, et les incorporer à la couche arable par une belle journée et un labour peu profond. .

Ces décombres peuvent être aussi mêlés à des fumiers, après avoir été réduits en poudre ; ils augmentent beaucoup l'énergie de ces matières organiques.

Qnanlllés qa'll faol employer. — La dose à appliquer

est fort variable ; elle résulte de la facilité avec laquelle le cultivateur peut se procurer des plâtras et de leur prix de revient. M. Puvis dit que cette quantité doit s'élever à 200 hectol. par hectare, et qu'alors elle équivaut à 50 hectol. de chaux. Employés à cette dose, les plâtras couvrent le sol, et la durée de leur action se manifeste quelquefois pendant vingt années.

A Bourg (Ain), le tombereau d'un demi-mètre cube de plâtras se vend 1 fr.

Callnres aoxquelles Ils eoBvIeniieiit. — En Italie,

comme en France, on fait beaucoup de cas des décombres provenant de constructions en plâtre. Burger dit qu'aux environs de Lodi il a vu amener des décombres de 8 kilomètres de distance. Filippo Ré rapporte qu'aux environs de Rimini on les réserve pour les oliviers, et que dans le Comasque

on les applique aux mûriers et aux vignes. EnGn Puvis a remarqué qu'on les emploie avec avantage sur les céréales d'hivçr comme sur celles du printemps, qu'ils font produire plus de grains à proportion que de paille, et que le grain est d'excellente qualité.

Mode d*aeiion. — Les plâtras, quoique comportant beaucoup de sels déliquescents, par le concours desquels ils agissent, n'ont aucune action nuisible. Si les arbres plantés, observe Bosc, dans les jardins composés en plus grande parlie de plâtras, meurent souvent pendant les grandes sécheresses de Tété, c'est qu'ils manquent d'humidité, et non parce que leurs racines sont encroûtées. Gilbert est' le seul, je pense, qui ait constaté que dans les environs de Meaux, où on fait un grand usage des plâtras, les sols sur lesquels on les applique ne peuvent supporter une prairie artificielle que lorsque ces débris de démolitions ont disparu.

Épalseineiit du sol par les plAlras. — Les plâtras ne

peuvent suppléer à l'emploi des fumiers, et il faut faire suivre ou précéder leur application, quand on les répand à une dose élevée, par une fumure abondante. Ce moyen est le seul à employer, si l'on ne veut pas abuser de la fertilité du sol.

BIBUOGRAPHIE.

p. Ré. — Essai sur les engrais, 1813, in-8, p. U3. PoTls. — Traité des amendements , 1848, in-12, p. 460. Vovquet. — Engrais et amendements, 1855, in-12, p. 153.

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