TANGUE
C'est pourquoi il est nécessaire de l'exposer à l'air pendant
un certain temps ou de la faire entrerdans des composts.
Plantes pour lesquelles on l*einplole. — Ce sable marin
a une action puissante sur les céréales et les légumineuses lorsqu'il est appliqué avec des engrais animaux ou végétaux. Ces dernières matières sont indispensables pour maintenir la fertilité du sol, qui prend une activité remarquable sous l'action des parties calcaires de la tangue ; sans elles, la richesse de la terre serait bientôt épuisée.
On emploie aussi la tangue pour exciter la végétation des plantes qui composent les prairies naturelles.
La tangue convient très-bien à la culture des légumes. Les habitants de Roscoff et de Saint-Pol-de-Léon (Finistère) emploient beaucoup de trèz sur les marais qu'ils cultivent avec une grande habileté.
¥aiew eommereiaie. — Le prix de la tangue dépend de sa qualité et de la facilité avec laquelle les voitures arrivent sur les grèves. En Normandie, Içs tanguîers la vendent sur les plages ou dans les chantiers situés près du rivage, de 0 fr. 50 à 1 fr. le mètre cube. A 30 ou 40 kilomètres des grèves, le prix s'élève de 3 à 4 fr. A Morlaix, le trèz se vend à quai de 0 fr. 75 à 1 fr.
En 1 7 1 8, la tangue récoltée près d'Isighy se vendait de 1 livre 5 sols à 2 livres 5 sols le mètre cube.
BIBLIOGRAPHIE
€ilrar4. ~ Annuaire de Tassociation normande, 1840, in-8, t. VI, p. 3. nsrelMl. — Annuaire de l'association normande, 1844, in-8, t. X^ p. 75. Bande. — Revue des Deux-Mondes, 1850, in-8. ■r Wîmrre. ~ Mém. de la Société d'agric. de Caen, 1853, in-8, t. V, p. 385.
108 ENGRAIS lONÉRAUX.
SECTION VII
■erl on Hadrépore.
Anglais. — Sea mari.
Définition. — Historique. — Looalilés où Ton trouve lemerl. —Composition.
— Poids du mètre cube. — Mode d'extraction et d'application. — Terrains auxquels il convient.— Quantité qu'il faut appliquer.— Durée dumerlage.
— Mode d'action. — Plantes pour lesquelles on remploie. — Bibliographie.
Déflnition. — Le merl est un gros sable marin vermiculaire, composé de débris de madrépores fossiles de grosseur différente. Il a la forme du corail sans la couleur.
Historique. — Cet engrais est employé depuis très-longtemps sur les côtes de l'ancienne province de Bretagne par les habitants des environs de Saint-Pol-de-Léon, de Tréguier, Paimpol, Lannion, de Plounéour-Trez, de Belle-Isleen-Mer, etc.
LorailCés oti i*oii trouve du merl. — Le merl existe SOUS
forme de bancs sur le littoral du Finistère et des Côtes-du- Nord, et surtout à Tembouchure des rivières. Ainsi, l'on en trouve des bancs dans la baie de Morlaix, à l'embouchure du Trieux (Côles-du-Nord), aux environs de l'île de Bréat, sur les côtes de Belle-lsle-en-Mer, à Tembouchure de la rivière de Quimper, dans la rade de Brest, etc.
On avait pensé que les coraux et madrépores vivaient dans les plus grandes profondeurs de TOcéan et qu'ils étaient poussés vers les rivages par des courants sous-marins ; mais MM, Quoy et Gaimard ont démontré que ces polypiers ne peuvent vivre qu'à de faibles profondeurs, et qu'au-dessous de 18 à 20 mètns il n'en existe pas de traces pour ainsi dire.
MERL.
On a déjà constaté Tépuisement de plusieurs bancs.
Compost tioii. — Le merl {fig. 1) est tantôt spliérique et mamelonné, tantôt rameux. Quant à sa couleur, elle est jaunâtre, rosée ou blanc rose, rougeâtre,verdàtre, grise ou blanc sale.
Cet engrais est souvent mêlé à des débris de coquillages plus ou moins nombreux.
Les pêcheurs bretons appellent la variété rameuse grtzy.
ML Hk
^.Roayer
Fig. 1. Mai] répore.
Voici des analyses de merl faites par M. Drouart et MM. Monde et Robierre :
Merl
blanc coquillier. rougeàire pur.
Matière soluble dans Teau ... 2 ,00 2 ,00
Carbonate de chaux 72 ,00 80 , 00
Matière animale 4,00 10,00
Silice 22 ,00 8 ,00
110 ENGRAIS MIIIÉRAUX.
Merl de Morlaix -»''''''"'^^^^^^^'"'*'^ -^-.^ blanc pur. rose.
Matières organiques 4 ,40 1 ,20
Calcaire &5,65 76,60
Sels solubles 1,35 0,20
Silice 33,00 13 ,25
Alumine et fer 3 ,60 1 ,90
Magnésie et perte 2,00 6,85
M. Besnou a analysé le merl de la rade de Brest après ravoir séparé du sable. Il a constaté les résultats suivants :
Merl
eu rognons. ranieai.
Carbonate de chaux 7 6 ,00 80 ,00
Matière organique azotée. .. . 1,50 1,05
Silice combinée 1,60 1,90
Eau 21,60 17,05
Ainsi, le merl a aussi pour base principale le carbonate de chaux.
D'après MM. Boussingault et Payen, le merl de Morlaix contient à Tétat normal 0,40 pour 100 d'azote.
Poids du mètre eabe. — Un mètre cube de merl pèse à l'état humide de 1000 à 1500 kilog., suivant la quantité de sable qu'il renferme.
■ode d*extraetioii. — L'extraction du merl est une opéra* tion pénible, et ce n'est qu'à force de bras qu'on peut l'exécuter ; elle a lieu au moyen de la drague munie d'un filet à mailles serrées depuis la mi-mai jusqu'à la mi-octobre, lorsque le temps et la marée le permettent. Ce draguage s'effectue de mi-marée descendante à mi-marée montante par 10 à 20 mètres d'eau, tes pécheurs jettent de l'arrière leur drague et lâchent la corde qui est fixée à l'anneau de l'instrument ; lorsque ce dernier est rendu au fond, ils amarrent la corde au bord de la gabare et déploient les voiles
MERL. 1 1 1
afin de traîner la drague sur le banc de merl. Quelquefois ils mouillent leur ancre, filent alors beaucoup de leur câble, jettent la drague dans la mer et tirent sur le câble pour se rapprocher de leur ancre. Quand la drague est remplie, on la lève pour la vider dans la gabare , et on recommence jusqu'à ce qu'elle ne rapporte plus de merl pur; alors on change de mouillage et on répète la même manœuvre jus- (ju'à ce que le bateau soit chargé. Chaque gabare jaugeant de 4 à 16 tonneaux est montée par 3 ou 4 hommes, et elle fait ordinairement 200 voyages par an.
La capacité du sac de la drague est de 20 litres et la contenance d'une gabare ordinaire de 8 mètres cubes.
Lorsque l'extraction a lieu dans les rades, elle est toiyours plus facile, mais aussi le merl est toujours moins pur, parce qu'on entraîne et mêle avec lui une certaine quantité de vase.
Le merl qu'on appelle mort est celui que les courants ont enlevé des bancs où naissent et se développent les mille pores. Il forme toujours des masses situées à une faible profondeur.
■ode d'appiieatioB. — On emploie le merl aussitôt qu'il a été extrait de la mer ou après qu'il a séjourné pendant plusieurs semaines, quelquefois pendant plusieurs mois, en tas sur le rivage. Beaucoup de cultivateurs préfèrent s'en servir aussitôt son extraction, parce qu'il se désagrège et perd une partie de son action fertilisante s'il reste longtemps exposé à l'action de l'air.
On l'applique sur le sol de deux manières : tantôt on le répand avec la main; tantôt on le dépose en petits tas régulièrement espacés que l'on éparpille ensuite avec la pelle aussi uniformément que possible. La terre est ensuite fumée.
On incorpore le uierl et le fumier au sol en exécutant un labour.
Terrains auxquels 11 eonirlent. — Le merl peut être appliqué sur toutes les terres qui manquent de calcaire ; mais il convient mieux aux terres fortes, aux sols argileux, qu'aux terrains légers. Lorsqu'on doit l'employer sur des sols siliceux, friables, il faut l'appliquer à une faible dose si l'on veut qu'il ne soit nuisible au sol.
Le merl le plus fin doit être réservé pour les terres douces, légères et sablonneuses, et le merl le plus granulé pour les terres fortes, argileuses et humides.
Quantité à appliquer. — La quantité que l'on emploie varie selon les localités et les circonstances. Dans les environs de Morlaix, on en met par hectare 14 000 kilog. sur les sols légers et secs, et 28000 kilog. sur les terres compactes et humides; dans les environs de Pontrieux, on l'applique à raison de 20 à 25 mètres cubes.
M. Even a constaté que , lorsque les transports sont trop coûteux, on n'en applique que 8 à 15 mètres cubes, et qu'à cette dose il produit encore d'excellents effets.
Durée du meriage. — Le temps pendant lequel le merl fait sentir ses effets dépend de la quajntité employée et de la nature du sol sur lequel il a été appliqué. En général , le merl agit pendant 8 à 10 années.
Si la quantité est faibîe, on renouvelle le merîage tous les 3 ans; si, au contraire, le merl a été employé h la dose de 20 à 25 mètres cubes, on ne renouvelle l'opération que tous les 6 ou 9 ans.
Lorsqu'on fait de nouveau usage du merl sur un terrain, on on répand toujours une quantité plus faible que celle qu'il faut appliquer quand on merle une terre pour la première fois.
Mode d*accion. — Le merl se décompose proinptemenl. Il agit sur les plantes par le carbonate de chaux qu'il contient
MEHL. 113
et aussi par le chlorure de sodium, lorsqu'on remploie quand il est encore humide. Mais la matière azotée qu'on y observe agit-elle avec autant d'eflicacité que le carbonate de chaux? Je ne le crois pas ; car si cela était, les cultivateurs de Morlaix, comme ceux de Pontrieux, ne seraient pas obligés, chaque fois qu'ils emploient le merl , de Taccompagnef de fumier afin de tempérer, pour ainsi dire, l'action trop énergique du carbonate de chaux et du sel marin ; en outre, cet engrais pourrait être employé à une dose plus forte que celle appliquée généralement, sans nuire au sol ou le biiUery suivant l'expression des habitants du littoral de la Basse-Bretagne.
Plantes pour lesquelles on l'emploie. ^ Cet engrais marin a une remarquable action sur le trèfle et la luzerne, et il active puissamment la végétation du fromentet des panais. On s'en sert aussi avec succès sur les terrains qui présentent des efflorescences de pyrite de fer et que Ton veut défricher, soit qu'ils se trouvent sous landes ou sous prairies naturelles, soit qu'ils doivent produire des céréales ou des plantes fourragères.
Valeur eommereiaie. — A Morlaix, le merl rendu à quai se vend de l fr. 10 à 1 fr. 40 les 1000 kilog. A Pontrieux, le mètre cube coûte 1 fr. 75 à 2 fr.
BIBLIOGRAPHIE
ne mois. — Mémoire sur les sablons calcaires, 1823, in-4. Troehn. — Création de la ferme de Brute, 1847, in-8, p. 149. morlde et Beiiierre. — Technologie des engrais, 1848, in-8, Kiottct. — Statisliquc agricole de Morlaix, 1849, iii-4, p. 93. 1. Pierre. — Chimie agricole, in-12, p. 481.