CHARRIES
SECTION n.
Charrées ou eendres lesslirées.
Espagnol. •— Genada.
Définition' — Historiqae. — Nature et variétés.— Terrains auxquels elles conviennent. — Mode d'application. — Recouvrement. — Époque de leur emploi. — Quantité qu'il faut appliquer. — Poids de l'hectolitre. — Mode d'action. — Plantes sur lesquelles on les emploie. — Durée d'action. — Bibliographie.
Définition. — On donne le nom de charrée au résidu des cendres qui ont été appliquées au lessivage du linge.
Historique. — Ces cendres, qu'on emploie immédiatement après leur lixiviation, sont utilisées en agriculture depuis fort longtemps ; Olivier de Serres les considérait comme des substances fort actives pour la végétation.
Chaque année on en fait un très-grand usage dans la région de rOuest. Nantes en reçoit annuellement des quantités considérables de la Charité, de Gien, d'Orléans, de la Rochelle et de Rochefort. On en emploie aussi beaucoup dans l'Est.
S ins ces cendres, disent les cultivateurs vosgiens, la terre de nos montagnes serait improductive.
Nature et Tariétés. — Ces cendres contiennent fort peu de substances solubles. MM. Leloup et Guépin ont constaté, par plusieurs analyses, que les cendres lessivées pures contenaient en moyenne les substances suivantes :
Charrées
Sels solubles dans Teau
Sels solubles dans l'acide chlorhydrique . Résidu sec '.
de boia.
de tourbe.
188 ENGRAIS minéraux;
l^ Les châtrées des ménages contiennent quelques débris de charbons, des sels de chaux et de potasse unis à des matières organiques, mais elles ne renferment pas au delà de 15 à 20 pour 100 de silice. Quand elles sont sèches, elles exhalent une odeur savonneuse très-prononcée.
Voici, d'après M. Bobierre, la composition d'une charrée pure :
Matières organiques 9,80
Sels solubles dans Veau 1 ,05
Silice 13,60
Oxyde de fer, alumine , phosphate de chaux 27 ,30
Carbonate de chaux 47 ,10
Magnésie et perte 1,15
Toutes les charrées des ménages livrées à l'agriculture iie sont pas aussi pures que celles dont il vient d'être question. Dans la plupart des contrées de l'Ouest, on les sophistique en leur ajoutant des matières terreuses pulvérisées et très- fines. Ainsi, ces cendres sont souvent mêlées à de la terre, à des débris de tuff ou tuffeau, quelquefois à des plâtras. Les fraudeurs arrosent les mélanges avec une décoction de feuilles de laurier, afin que leur odeur rappelle celle de lessive.
Voici, d'après M. Bobierre, la composition d'un mélange vendu à Saumur, comme charrée de ménage :
Matières organiques et sels solubles dans l'eau. . . 2,20
Carbonate de chaux 24,80
Oxyde de fer et alumine 10,05
Silice ou sable.... 58,12
Magnésie et perte 4,83
2o La charréedes savonniers est regardée comme la meilleure de toutes, et cela parce qu'elle contient plus de parties calcaires, et qu'elle contient quelques parties de graisse ou animales incomplètement décomposées. Thaër la regarde comme
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supérieure aux cendres lessivées de ménage lorsqu'on l'applique sur des terres fertiles.
3'' Les cendres lessivées des blanchisseries et des salpétriers sont aussi considérées comme plus puissantes que celles de ménage. On sait que ces charrées contiennent une quantité assez considérable de chaux en partie carbonatée, qu'on igoute aux cendres avant de procéder à la lixiviation pour rendre la potasse caustique.
4** Les charries des fabriques de pokw^e jouissent des propriétés des charrées de ménage.
Terrains auxquels elles eoBTlennent. — Les charrées ne conviennent guère aux terrains calcaires. Elles doivent être appliquées sur les terres argileuses, argilo-siliceuses, schisteuses granitiques et les sols des landes ou de bruyères. On les emploie avec le plus grand succès sur les sols légers. On les utilise aussi avec avantage sur les terres tourbeuses défrichées, où elles neutralisent en partie l'acidité de la couche arable.
Ces engrais exercent peu d'effets sur les plantes, si on les applique sur des terres où les eaux sont stagnantes ou surabondantes pendant l'hiver.
Mode d*appUeatioB. — Les charrées se répandent ou à la main ou à la pelle.
Quand la quantité à appliquer s'élève à 15, 20 ou 30 hectol. par hectare^ il est indispensable de les répandre à la main, si on veut qu'elles soient réparties uniformément sur toute la surface du champ. Alors, on se sert d'un tablier- semoir et on agit comme dans les ensemencements. On a soin de placer, aux extrémités et à la partie médiane du champ syr lequel on opère, des tas de charrées de distance en distance afin que le travail du semeur soit aussi facile et expéditif que possible.
Lorsque la quantité à employer est coDsldérable, qu'elle dépasse 40 et 50 hectol. par hectare, on dispose la charrée en petits tas distants les uns des autres de 6 à 7 mètres, puis on la répand très-égalenoent au moyen d'une pelle en fer ou en bois.
On peut aussi répandre ces engrais pulvérulents à l'aide d'un semoir à cheval appelé semoir à engrais.
Recouvrement. — Les charrées doivent être enterrées peu profondément. Quelquefois on les enfouit par un léger labour, mais il vaut mieux les répandre, si les travaux de culture le permettent, sur le dernier labour, et les incorporer à la couche arable en même temps que les semences par un ou plusieurs hersages. Lorsqu'on les applique sur une prairie ou sur une plante en végétation, on ne les recouvre pas.
Époque de leur emploi. — Dans le département du Nord, on les applique ordinairement au printemps sur des récoltes déjà levées, et l'on attend pour cela que les premières chaleurs se soient fait sentir ; cette condition paraît môme tellement importante à plusieurs cultivateurs, qu'ils tiennent l'action de la charrée pour nulle si on devance cette époque.
Il est important que la charrée reçoive une pluie peu de temps après avoir été semée. S'il survient une sécheresse prononcée après son épandage, elle persiste dans Je sol et n'agit pas sur la végétation. En Bretagne, j'ai constaté que, répandue sur des prairies naturelles au printemps et par un ten^ps sec, elle n'agissait que lorsque les plantes ombrageaient parfaitement la couche arable.
Qnantiié qu'il faut employer. — La quantité de charrées qu'on applique par hectare varie suivant les localités et conséquemment leur prix de revient^
CHARRÉES. 191
Voici à quelle dose elles sont employées en France :
nz»..H<..«.«nt. P"X Quantité
Départements. de l'hectolitre, d'beotoliui».
AiQ, Haute-Saône, Saôae-et-Loire, Jura. . 1S50 à 3' ,00 20 à 30
Rhône, Nord, Pas-de-Calais 1 ,00 à 1 ,50 40 à 50
Loire-Inférieure, Vendée, Maine-et-Loire.. 3 ,00 à 3 ,50 25 à 30
En Flandre, on^ répand la charrée de savonniers dans la proportion de 40 à 60 hectol. par hectare.
En général, on a constaté que les charrées devaient être appliquées dans une proportion plus forte sur les sols argileux et humides que sur les terres légères et perméables.
Poids de l'hectolitre. — Les cendres lessivées pures pèsent de 70 à 75 kilog.
Mode d*aetioB. — Les cendres qui ont perdu par la lixiviation une partie considérable de sels solubles doivent manifester leur action sur les plantes par les sels insolubles qu'elles comportent. Thaër, en constatant que les charrées agissent presque autant que les cendres neuves, avait pensé qu'il fallait, pour qu'elles pussent encore exciter la végétation après la lixiviation, qu'il y eût dans ces cendres quelque chose de particulier et d'inconnu, qui leur donnât une action proportionnément beaucoup plus grande que celle d'une quantité égale des mêmes éléments qui les composent. De là, il concluait que probablement il reste dans la charrée quelque chose de la vie végétale qui échappe à nos sens.
Suivant Puvis, l'effet produit par les charrées ne peut être dû aux sels solubles qui entrent dans la composition des cendres, parce que, sous l'action de l'eau bouillante, elles ont perdu presque toutes leurs parties solubles. Il ne peut être non plus attribué au carbonate de chaux seul, puisque l'action de ces cendres est, en beaucoup de points, très-différente de celle produite par le carbonate de chaux de la marne ou de la craie; d'ailleurs, le carbonate de chaux, qui compose au
plus, en moyenne, un tiers de la masse des cendres, ne se trouverait pas employé dans une proportion qui pût produire un effet bien sensible, puisque le carbonate de chaux que porte la dose moyenne de charrée sur le sol est 5 ou 10 fois moindre que celui des doses les plus faibles de marne. Puvis conclut de ce raisonnement que le carbonate de chaux n'est ici qu'en second ordre, et qu'il ne fait qu'appuyer un autre agent plus actif que lui, qui ne peut être que le phosphate de chaux, qui, avec des quantités peu considérables de silice et d'alumine, forme tout le reste de la masse des cendres lessivées.
Ainsi, tout en constatant que les charrées agissent sur la végétation par l'alcali qu'elles contiennent encore et par le carbonate terreux qu'elles renferment, il faut reconnaître ici que le phosphate de chaux doit être regardé comme le principe actif et direct des cendres lessivées.
Plantes pour lesquelles on les emploie. — C'est principalement sur les légumineuses, les trèfles, les lotiers, etc. , que les charrées ont une action très -puissante ; elles font toujours naitreletrèflerougeetletrèfleblancdans les champs, où, avant leur application, l'œil observateur en distinguait avec peine. On les emploie aussi sur les céréales en végétation, ou sur les terres qui doivent être ensemencées en seigle, et sur les prairies naturelles saines et sur celles acides et couvertes de mousses, de joncs et de carex. Appliquées sur des prairies humides, marécageuses, préalablement desséchées, elles changent promptement la nature de la production herbacée.
Dans la région de l'Ouest, où leur application alterne toujours avec celle du fumier, on les emploie très-souvent au mois de juin, pour les semailles de sarrasin qui ont lieu sur les pâtis ou jachères, ou en automne, sur les champs qui ont
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. produit cette plante alimentaire, et qui doivent être ensemencés en seigle ou froment. Lorsqu'on considère, observe avec juste raison Schwerz, tous les résultats dus à la cendre lessivée, on comprend que le cultivateur doit en être avare, et quelle faute commettent ceux qui jeltent^celle de leurs lessives sur le fumier, où, n'étant pas divisée, elle ne produit aucun effet, et qui rendent improductifs les ei^droits des champs ou la charrée est portée en cet état.
Dorée d'action. — Dans les pays pauvres, ou ceux qui comportent beaucoup de landes ou déterres vaines et vagues, l'action des charrées pures et appliquées dans la proportion de 20 à 25 hectolitres par hectare, ne se manifeste guère au delà de la deuxième année sur les terres labourables. Il faut les répandre à la dose de 60, 80 ou 120 hectolitres, comme cela a lieu dans les Vosges, pour que leurs effets soient encore sensibles la troisième année. Sur les prairies naturelles, leurs effets se font sentir pendant 3 ou 5 années.
En Angleterre et en Hollande, on a constaté que, appliquées à la dose de 140 à 150 hectolitres par hectare, les cendres de savonneries ou les charrées de ménage manifestaient leur action pendant 10 à 12 années sur des prés parfaitement assainis.
BIBLIOGRAPHIE
Thm¥r. — Principes raisonnes d'agriculture, 1831, in-S, t. II, p. 438. BerUn. — Slalistique des os, 1843, in-8, p. 190. •Rendu. — Âgricullure du Nord. 1843, in-8, p. 101. €«llla(.— Application de la chimie à l'agric, 1847, in-lV, l. IV, p. 07. ■•uvl».— Traité des amendements, etc.» 1848, in-12, p. 471. morlde et B^lilerre. —Technologie des engrais, 1848, in-8, p. 2Gj. 1. Pierre. — Chimie agricole, in-12, p. .OôO. 4ioli;ne«ax. — Traité des amendements , 1848, iii-18, p. 70. Voiiqaei. — Traité des engrais, 18ôô, in-12, p. Ibo.
SECTION III
Cendres de famler.
Dans les marais du Poitou, de la Vendée et delà Saintonge, où les terres sont très-argileuses, humides et riches, et où le bois est d'une extrême rareté, on utilise les excréments et le fumier des bêtes ovines et bovines comme combustible. Ainsi, quand ces engrais ont séjourné en tas une année, et qu'ils sont arrivés à l'état de beurre noir, les fermiers, que l'on appelle cabaniersy les pétrissent avec les pieds, en forment des gâteaux ronds, plats, mais moins épais que les mottes a tan, qu'ils font ensuite sécher à l'air et au soleil.
Lorsque ces gâteaux sont très-secs, on les conserve sous des hangars ou dans des celliers à l'abri de la pluie.
Ce singulier combustible se nomme houza ou houze^ et sa préparation donne lieu aux noces noires, fêtes fort curieuses. On l'emploie pour tous les usages domestiques; il répand, quand on le brûle, une odeur particulière et suffocante d'ammoniaque.
Les cendres que l'on obtient par la combustion de ces gâteaux sont achetées par les cultïvaleurs du Bocage de la Vendée, qui les considèrent comme très-fertilisantes et les emploient de préférence sur les terres argileuses ou argilo-' siliceuses, à la dose de 25 à 35 hectolitres par hectare.
Dans une exploitation de 100 hectares, on confectionne ordinairement 8000 gâteaux provenant de 30 mètres cubes de fumior environ. Ces gâteaux donnent, par la combustion, de 8 à 9 mètres cubes de cendres.
CENDR£S DE FUMIER. 195
Voici, d'après M. Bobierre, la composition des cendres de fumier :
Matières or^niques 9 ,00
Sels solubles dans Teau 2 ,15
Silice 59 , 80
Carbonate de chaux 17 ,55
Alumine, oxyde de fer et phosphate de chaux. ... 1 1 ,10
Magnésie et perte 0,40
Chaque hectolitre se vend de 1 fr. à 1 fr. 50 c.
Ces cendres ne sont pas toujours livrées pures. Quelquefois, pour augmenter leur quantité, on leur ajoute de la terre tamisée.
Grâce au généreux concours de la Société d'agriculture de la Rochelle, un certain nombre de cabaniers ont abandonné depuis quelques années ce déplorable procédé. Tout porte à croire que le jour n*est pas très-éloigné où les habitants des marais du Bas-Poitou auront renoncé à ce combustible, qui prive les terres qu'ils cultivent des sels ammoniacaux que contiennent les fumiers fabriqués dans leurs cabanes.
SECTION IV
Cendres de tourbe.
Historique. — Composition. — Terrains sur lesquels on les emploie. — Incinération.—Quantité de cendres fournie par la tourbe. — Poids du mètre cube de tourbe. — Conservation. —Poids de Thectolitre de cendres.— Quantité à répandre par hectare. — Application. — Mode d'action. — Plantes sur lesquelles on les emploie. — Épuisement du sol par ces cendres. —Valeur commerciale.
Historique* — Les cendres de tourbe sont employées depuis longtemps comme engrais dans la partie septentrionale de l'Europe.
On les désigne quelquefois sous le nom de cendres de Hollande, cendres de mer.
Composition. — Les cendres de tourbe ne renferment pas les mêmes éléments que ceux que Ton observe dans les cendres de bois, ou. si elles les contiennent, ils n'y existent pas dans les mêmes proportions.
Diverses cendres de tourbe, analysées par MM. Leloup et Guépin, ont donné les résultats suivants :
Tourbe
da Gâteau.
Sels de potasse 1 ,77
Sels de soude »
Sels de chaux 13 ,30
Sels de fer 28,30
Alumine et silice 51 , 68
Magnésie 0,05
Eau et perte 4,90
de BrigDOQ.
de Moiitoir.
La proportion de soude qu'on observe dans les cendres de la tourbe priseà Montoir (Loire-Inférieure), indique que cette tourbe a été couverte par la mrr à une époque indéterminée.
de Vassy.
de Chàieau-Undon