PHOSPHATE DE CHAUX NATIF
Quantité & répandre pnr heetare. — On a proposé de rappliquer à la dose de 500 à 1000 kilog. par hectare.
Les agriculteurs qui ont répandu 800 kilog. par hectare regardent cette quantité comme rationnelle.
■ode d^empioi. — On répand le phosphate minéral pulvérisé à la main et à la volée avant ou après la semence. On le mêle au sol à Taide d*un hersage.
On peut aussi le mêler aux fumiers d*écurie, de vacherie ou de bergerie. Alors, on le stratifié par couches successives. Ainsi employé, il augmente la proportion de phosphate de chaux contenue dans ces engrais et il accroît par conséquent leur valeur fertilisante.
Néeesslté de Talterner avee les famnres. — L*expérience
a prouvé que les effets de la poudre de phosphate minéral sont d'autant plus sensibles qu'on l'applique sur des terres qui contiennent beaucoup de matières organiques. Ainsi employée sur des terres de bruyères riches en débris végétaux, elle a suppléé très-avantageusement le noir animal, la marne et la chaux.
Quand on en fait usage sur des sols pauvres, il faut de toute nécessité l'associer au fumier ou à des détritus de végétaux ou à des débris d'animaux.
On a constaté que 10 à 15 kilog. de poudre suffisent pour phosphater 1000 kilog. de fumier.
■ode d'aetion.— Le phosphate de chaux minéral agit sur la végétation par l'acide phosphorique et la chaux qu'il contient.
Suivant M. Deherain cet engrais pulvérulent est presque insoluble dans l'acide carbonique seul, mais il se dissout facilement sous l'action de cet acide et de l'acide acétique et de sels solubles de potasse, de soude et d'ammoniaque.
Les terres de bruyères et les terres tourbeuses contiennent toujours une certaine quantité d'acide acétique.
214 ^ ENGRAIS BnNÉRAUX.
Tout porte à croire, d'après les faits constatés dans ces dernières années, que le phosphate minéral exercera une féconde influence sur là productivité des céréales, principalement sur le froment, si on l'applique dans les contrées où les terres sont riches en matières organiques acides ou non.
¥aienr comnierciaie. — Â Londres, OU vend cet engrais de 60à 90 fr. les 1000 kil., selon qu'il contient plus ou moirts de phosphate de chaux.
En France, son prix varie entre 5 et 6 fr. les 100 kilog.
BIBLIOGRAPHIE
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1858, in-8.
Boblerre. — Ëtudes chimiques sur le phosphate de chaux, 1859, ia-S. DenoloB. - Fertilisation du sol par le phosph. de chaux fossile, 1860, in-8. DeheralB. — Recherches sur l'emploi agricole des phosphates, 1860, in-8.
os. 215
SECTION IL
Os.
Anglais. — Bone. Ttalien. — Osso.
Allemand, — Beia. Espagnol. — Huessos.
Danois, — Been. Russe, — Rosi.
Historique. — Composition. — Quantité d'os fournie par les animaux. — Ëtat sous lequel on les emploie : os frais, secs, épuisés. —Réduction des os en poudre. — Conservation de la poudre. — Poids de Thectolitre. — Sols sur lesquels on les emploie. — Emploi des os broyés , des os dissous. — Quantité d'os par hectare. — Mode d'action. — Durée de leurs effets. — Cultures pour lesquelles on les emploie. — Valeur commerciale. — Bibliographie.
Historique. — L'emploi des os comme engrais est trèsancien. 'Suivant Eckberg, les Chinois brûlent les ossements qu'ils peuvent rassembler, et en utilisent les cendres avec celles des végétaux. Dans les environs de Gènes, on les emploie depuis fort longtemps à l'état naturel, dans la culture de l'olivier et de l'oranger.
Leur usage n'est devenu général en Europe que depuis l'époque où on a inventé en Angleterre des moulins pour les concasser ou les réduire en poudre. C'est à l'année 1775 que remonte leur premier emploi connu, et c*est le colonel Saint-Léger qui les expérimenta pour la première fois à Wormsworth, dans le Yorkshire. En Allemagne, c'est Frédérich Kropp, ouvrier de la manufacture de SoUingen, qui tenta, le premier, en 1802, de substituer les os piles aux fumiers.
L'Angleterre emploie chaque année comme engrais des quantités considérables d'os qu'elle tire de l'Allemagne, du Danemark, de l'Amérique et de Tlnde. Il est difficile de se
faire une idée du développement que Ton a imprimé à ce commerce depuis trente ans. En 1823, la valeur déclarée de tous les os introduits dans les îles Britanniques n'était que de 59 875 !r.; en 1837, cette valeur avait atteint 6 365 000 fr. ; aujourd'hui, elle dépasse 10 millions.
En France, il n'y a guère que les cultivateurs des environs de Thiers (Puy-de-Dôme), ville où la coutellerie produit annuellement des débris d'os en quantité considérable, qui emploient ces engrais minéraux.
ConstitutioB. — Les os constituent la charpente qui sert de soutien aux parties molles des animaux vertébrés; ils se composent de deux parties principales : l'une appartient au règne organique, et on lui a donné le nom de gélatine; l'autre est connue sous le nom de phosphate de chàux^ et a été classée au nombre des corps qui fontpartie du règneminéral.
Le phosphate des os est formé de 46,16 d'acide phDsphorique et de 53,84 de chaux.
Voici trois analyses d'os; la première a été faite par Berzélius, la seconde par M. Boussingault, la troisième par M. Chevreul ;
^__^^ Os
de bœuf. de porc, de poisson.
Phosphate de chaux 57 ,40 49 ,00 48 ,00
Carbonate de chaux 3 , 80 1 ,90 .5 ,50
Phosphate de magnésie . . 2 ,00 2 ,00 2 ,20
Sels alcalins 3,50 0,50 0,60
Cartilage, etc 33,30 46,60 43,70
D'après M. Payen, les os gras contiennent :
Phosphate de chaux 40 ,00
Carbonate de chaux, phosphate de magnésie 4,00
Alumine , silice , oxyde de fer, etc. . . . , 5 ,00
Tissu fibreux, albumine 32 ,00
Graisse et tissu adipeux 9 ,00
os. 217
Suivant M. Hatchell, les cartilages d'os sont composés d'une substance a peu près analogue, dans toutes ses propriétés, avec l'albumine solide.
Les cendres d'os ont une composition presque constante. Voici deux analyses de ces cendres : l'une a été faite parBerzélius, l'autre par M. Parant.
Phosphate de chaux . . . .
Carbonate de chaux . . . .
Phosphate de magnésie .
Sels alcalins
Cendres d'us
de bœuf.
de TBche.
concassés.
en poudre.
Cent parties d'os donnent de 42 à 45 parties de cendres. M. Anderson a analysé des os sous différents états; voici les résultats qu'il a obtenus :
Os
entiers.
Phosphate de chaux 48 ,07
Matière organique 37 ,04
Eau 14,89
Ainsi, les os entiers tels qu'on les vend aux usines qui les divisent^ ou les os concassés en fragments de 25 à 30 millimètres de largeur, sont presque identiques aux os finement broyés.
MM. Payen etBoussingault ont constaté que les
Btu. Asote.
Os gras, contenaient 8,00 6,22 pour 100
Os fondus, — 30,00 5,30 —
Poudre d'os, — 7,50 7,20 —
Quantité d'os fournie par les animaux. — Diverses observations ont été faites dans le but de constater quelle était la quantité d'os qu'on pouvait obtenir d'un animal.
Voici quels ont été les résultats :
Expérimentateon. Animanx. desîSimaux. ^d^"* »»??»«•
Parent-Duchâtelct. . . Cheval. . . . 346S260 47S250 18,6 p. 100
Payen Cheval.... 401,000 50,000 12,5 -
Parant Vache 596,000 8T ,500 6,4 —
Boussingault Porc 84,000 5,500 5,5 —
Rayer Mouton... 34,600 4,530 13,1 -
État soû lequel on emploie les os. — Les OS que Tagriculture'peut utiliser comme engrais se présentent soiis différents états :
A. Os FRAIS. — Les os que l'on nomme os frais sont ceux qui proviennent d'animaux abattus et qui n'ont subi aucune modification. Ces os, comme l'observe M. Payen, agissent d'autant plus vite et moins longtemps, qu'ils sont plus divisés, puisque la décomposition de la matière organique a lieu en raison des surfaces exposées aux inQuences extérieures.
B. Os SECS. — On appelle os secs ceux qui ont été exposés à l'influence de l'air, des pluies et du soleil ; ils ont une action ^ fertilisante bien moins prononcée que les os qui ont été extraits des animaux abattus. Ce fait s'explique aisément, ainsi que le fait remarquer M. Payen : la matière grasse, qui forme à peu près un dixième du poids total, est peu à peu absorbée dans le tissu des os, au fur et à mesure que l'eau interposée se dégage ; alors la matière organique se trouve fortement imprégnée d'une graisse qui la défend des influences hygrométriques; et Ton conçoit sans peine que de tels os agissent trop lentement pour avoir un effet bien utile dans les proportions ordinaires; que même leur action semble nulle si l'humidité et la chaleur ne concourent pas simultanément assez pour favoriser leur altération. Mis pendant quatre années dans la terre, ces os perdent à peine 0,08 dé leur poids, tan-
os. SI9
dis que, tout récemment extraits des animaux, et privés par l'eau bouillante de la presque totalité de la graisse, ils laissent facilement altérer leur réseau organique, et perdentdans le môme temps de 0,20 à 0,30 de leur poids.
Le dégraissage opéré par le commerce leur enlève de 4 à 8 pour 100 de graisse. Ces os contiennent en moyenne 5 pour 100 d'azote.
C. Os FONDUS. — Les os lavés ou fondus sont ceux qui ont été soumis par les savonniers et les fabricants de colle d'os et de graisse de voiture, après avoir été divisés, à des lavages méthodiques. Leur valeur, comme substance fertilisante, est moindre que celle des os frais, parce qu'ils ont été trèsappauvris; nonobstant, comme ils retiennent leurs cartilages, c'est avec raison qu'on les considère comme plus actifs que ceux qui ont été desséchés soit au soleil, soit dans une étuve.
D. Os ÉPUISÉS. — On nomme os épuisés ceux qui ont été épuisés de gélatine par l'action de l'eau et de la chaleur portée de 105 à 107^. Ces os n'ont pas toujours une influence favorable sur la végétation. On connaît aujourd'hui les causes de cette anomalie : M. Payen a reconnu que le résidu variable que laissent les os dont on a extrait la gélatine, contenait tantôt de 0,80 à 0,90 pour 100 de la matière organique azotée altérable des os, tandis que parfois iU n'en renfermait que 0,25 à 0,33. Mais, le plus ordinairement, ce résidu en contient seulement 1 à 2 pour 100 du poids total des os employés. Voici, d'après ce savant, quels sont les causes et les effets de ces proportions variées : la température, qui est fort élevée pendant les opérations, rend soluble la plus grande partie du réseau organique, et rend par conséquent facile la désagrégation et la rupture des os. Mais bien que soluble, peut-être encore engagée dans les interstices que présentent les os, et
existant dans la proportion de 0,8 à 0,9 pour 100 de celle qu'ils renferment, cette matière agira plus rapidement comme engrais, puisque sa dissolution et son altération seront plus rapides sous les mêmes influences; mais, au lieu de se prolonger de quatre à cinq années, son action sera épuisée en une. Il faut reconnaître, d'un autre côté, que lorsqu'on traite en grand les os dont on a tranché les parties celluleuses seulement et extrait la matière grasse, la division n'étant pas poussée assez loin, les lavages sont insuffisants, et on n'obtient que 0, 12 à 0,15 de leur poids degélatine sèche. Il devrait donc rester environ 0,15 de tissu fibreux ou des produits de son altération; mais à peine ces résidus ou marcs sont-ils mis en tas, qu'une vive fermentation s'y développe et dégage d'abondantes vapeurs ammoniacales ; la plus grande paiMie de la matière organique disparait ainsi graduellement en pure perte.
11 faut conclure des faits qui précèdent, qu'il est bien nécessaire de vérifier les os avant de les appliquer. Cette vérification est très-simple et peut être faite par tous les agriculteurs : elle consiste dans l'épuisement à l'eau bouillante des os ou de résidus séchés et mis en poudre; en pesant et desséchant de nouveau la substance pulvérulente épuisée, on constate la quantité de matière organique soluble dont l'eau est chargée; le reste est presque entièrement sans propriétés fertilisantes et ne peut agir que comme engrais purement minéral.
Réduction éen o» en pondre. — Les OS ne sont pas employés à l'état naturel, c'est-à-dire non divisés. Ainsi appliqués, leur action est très-faible et très-lente. Ordinairement on les divise, on les réduit en poudre, afin de mettre à nu la substance grasse qu'ils contiennent dans leurs parties celluleuses et leurs diverses cavités, et pour que leurs parties
os. 221
constituantes soient plus facilement et plus promptement absorbées par les plantes.
En Angleterre, on les réduit en poudre au moyen : 1° de bocards; 2° de meules verticales en pierre ou en fonte, pesant de 2000 à 3000 kilog., et tournant dans deux auges circulaires en granit ; 3*» de cylindres en fonte dentés, qui tournent en sens contraire avec des vitesses différentes. Ces moulins ou machines sont mus par le vent, Teau ou la vapeur.
En France, dans les environs de Thiers et de Strasbourg, on se sert encore de moulins ou de râpes, mis en mouvement par des roues hydrauliques.
M. Payen a constaté qu'il est beaucoup plus facile de concasser les os fortement desséchés ou chauffés que lorsqu'ils sont à Félat frais. Exposés pendant une heure à la vapeur comprimée de deux à trois atmosphères, ils deviennent friables et faciles à broyer. En Angleterre, on les jette dans les chaudières à demi pleines d'eau et chauffées par la vapeur jusqu'à 100^ On peut aussi les enfermer dans un four, après la cuisson du pain, et les diviser au fur et à mesure qu'on les en retire. Les os dont M. Dujonchay fait usage à Grannaysur-Loire, sont préalablement desséchés dans un four à pain. Par cette dessiccation, ils perdent environ un cinquième de leur poids.
La cuisson en diminuant beaucoup la dureté des os, permet de les broyer au moyen de cylindres en fonte de 0",50 à 0'",60 de longueur sur 0",2û de diamètre, armés de dents en acier. Ces cylindres sont mis en mouvement au moyen d'un arbre de couche que commande la roue du moulin. On achève la pulvérisation en soumettant les os ainsi concassés à l'action de meules en pierre dure.
La poudre d'os la plus estimée est fine, blanche ou jau*natre, et elle développe une odeur dégraisse peu désagréable.
On doit rejeter celle qui est brune ou grise et sans odeur.
On doit aussi éviter d'employer celle qui provient d'os altérés par un long séjour à l'air. Celte poudre développe une odeur repoussante.
CoBserYAtion de la poudre d*o8. — La pOUdre d'os doit
élre conservée dans un local ni trop sec ni trop humide. On se sert souvent de barils ; ce mode de conservation permet à la poudre d'os de conserver assez longtemps ses propriétés fertilisantes. Quand elle est réunie en tas dans un local, il faut avoir soin de la remuer, de la déplacer, si elle commence à fermenter; si elle devient trop sèche, on l'humecte trèslégèrement. Toutes ces précautions sont nécessaires pour qu'elle conserve l'activité dont elle jouit.
Poids de l'hectolitre. — Un hectolitre d'os naturels concassés en petits morceaux pèse de 48 à 60 kilog. ; les os calcinés sont très-légers; ils ne pèsent que 26 à 28 kilog. Le poids moyen de la poudre d'os est de 50 kilog.
Sols sur lesquels on emploie les os. — Les opinions concernant la nature des terrains sur lesquels les os doivent être appliqués ne concordent pas toutes entre elles.
Puvis, Masclet, David Low, Weckherlin, etc. , ont vivement insisté pour qu'ils soient employés par un temps sec et sur un terrain sec, c'est-à-dire sur des terres légères, douces et perméables; ils ont reconnu qu'ils produisaient de très-faibles effets sur les terrains argileux, compactes, et sur les sols déjà saturés de parties calcaires.
Ebner, Reboy, Villeroy, etc , soutiennent une opinion contraire; ils recommandent de les appliquer sur les terres consistantes, les sols argileux, limoneux, froids, et observent qu'ils sont nuisibles sur les terres légères.
En. Angleterre, l'emploi des os a lieu bien plus fréquemment sur les terres légères et sèches que sur les sols com-
os. 223
pactes et imperméables. Chaque jour lexpérience démontre dans les comtés de Lincoln, d'York, etc., provinces où l'on fait un très-grand usage de la poudre d'os, que cet engrais produit peu ou pas d'effet sur les terres argileuses et froides, tandis qu'il est toujours très-efficace sur les terrains légers et perméables.
Les os produisent-ils de bons effets sur les sols calcaires? John Sinclair recommande de les employer sur de tels terrains; m lis l'expérience a mille fois démontré qu'il fallait éviter de suivre ce conseil. Si les os conviennent aux terrains riches en carbonate de chaux, ce n'est évidemment que quand ces terres sont arrivées à un très-haut degré de fécondité.
Emploi des o» broyés. — D'après la Société agricole de Doncastre (Angleterre), il y a avantage à mêler les os concassés avec de la terre et du fumier, en ayant soin de les faire entrer en fermentation avant de les employer. Mais si l'expérience a démontré, en Angleterre, qu'il y avait avantage à allier les os concassés aux fumiers, si, pour qu'ils aient un effet plus prompt, il faut les laisser, avant de les employer, subir une fermentation ou un commencement de décomposition en les mélangeant avec de la terre humide, la pratique a aussi prouvé, en Suisse, qu'il était utile de leur ajouter du sel, 3 kilog. par 100 kilog. de poudre d'os, et de laisser fermenter le mélange avant de l'employer. En Alsace, on ajoute quelquefois du nitrate de potasse à la poudre d'os, dans la proportion d'un dixième. Ce sel, d'après M. Darcet, augmenterait l'action fertilisante de cet engrais.
Les procédés à suivre, les précautions à prendre, lors de l'application de la poudre d'os, sont semblables à ceux en usage quand on applique du noir animal, du guano, du sang dessédié, ou autres engrais pulvérulents. En Angleterre, on
lâ répand souvent en même temps que la semence au moyen d'un semoir, quand on remploie seule.
QaantUé d*o8 qu'il tmut employer. -^ bes quantités qui
sont employées présentent des différences assez considérables, anomalies qui paraissent avoir pour causes : Ie.procédé suivi lors de l'application de la poudre d'os, le volume des fragments qui la composent, la nature et la fertilité de la terre, l'état des os avant d'avoir été divisés.
Lorsque la poudre d'os valait en Angleterre, 5 à 8 fr. les 100 kilog., on employait par hectare les quantités suivantes : .
Turner (Herefort) 45 i 63 hectol.
John Sinclair (Angleterre) 52 —
Masciet (Ecosse) 37 ^
Masclet (Lincoln) 27 à 34 —
Rebay (duché de Bade). ... 27 —
F. Ebner (Wurtemberg) 22 à 27 —
Dawson (Lincoln) 17 —
Il y a trente ans, la Société d'agriculture de Doncastre (Angleterre), recommandait d'employer 21 hectolitres, si les os avaient été réduits en poudre, et 35 s'ils étaient seulement concassés.
Aujourd'hui que la poudre d'os est livrée à l'agriculture au prix de 14 à 15 fr. les 100 kilog., les quantités que l'on emploie sont beaucoup plus faibles. Ainsi on applique^ suivant :
Morton 21 hectol.
Watson (Lincoln) 14 —
Roberton 12 —
Watson (Ecosse) 11 —
G. Mackensie 9 —
Boys 7 —
Ces quantités s'identifient avec celles recueillies, il y a quelques années, par M.Werkherlin, daus les comtés d'York, ' de Lincoln et de Northumberland. Ainsi, on répand dans
os. 225
ces comtés de 13 à 20 hectolitres de poudre d'os, selon que la terré est plus ou moins riche.
En France, la quantité que Ton emploie par hectare dans le département du Puy-de-Dôme, est de 800 kilog. ou 14 hect. 50. Cette dose est semblable à celle indiquée par David Low. M. du Jonchay en applique de 500 à 600 kilog. dans le département de TAUier.
Concluons de tous ces faits qu'il n'est plus nécessaire d'employer les os à des doses aussi élevées que celles indiquées par Arthur Young et Marchall. Les faibles quantités que Ton applique aujourd'hui expliquent l'extension qu'a prise en Angleterre, depuis une vingtaine d'années, l'emploi de cet engrais dans la culture des navets, plantes sur Jes^ quelles il agit d'une manière extraordinaire.
Mode d*actioii. — Les OS agissent-ils seulement par le phosphate de chaux qu'ils contiennent? La matière organique qu'ils renferment a-t-elle une action sensible sur les végétaux? Examinons les opinions émises sur ces deux questions.
Pour Puvis, ce n'est pas aux parties animales que sont dus les effets que produisent les os, puisque ceux qui en sont privés agissent le plus ordinairement avec autant d'intensité que s'ils les avaient conservées; ce n*est pas non plus à la gélatine qu'on peut les attribuer, car les os produiraient des effets utiles sur tous les terrains; c'est le phosphate de chaux qu'il faut regarder comme étant leur principe actif. Cette théorie n'a pas été admise par tous les chimistes. Sans doute, les végétaux ont besoin de phosphates, mais est-ce à dire que leur puissance dans Tacte de la végétation, ne doit pas permettre de considérer comme favorables les parties organiques renfermées dans les os. Si les phosphates étaient les seuls principes actifs des os, les Anglais ne les emploieraient pas pour remplacer momentanément le fumier, et se- II 15
raient obligés d'alterner leur usage avec d'autres engrais organiques.
Darcet pense que la graisse des os se liquéfie par la chaleur du soleil et qu'elle est en partie absorbée par la terre; que les os, ainsi dégraissés mécaniquement, deviennent plus facilement attaquables par l'action de l'air et de l'eau; qu'une partie de la gélatine se convertit en ammoniaque; que cet ammoniaque saponifie la graisse, la rend soluble dans l'eau de pluie, qui, entraînant cette espèce de savon, le répand sur le terraiil où il agit comme engrais ; que les mêmes causes ramènent les mêmes effets, tant qu'il reste de la graisse et de la gélatine dans les os. Cette ingénieuse explication des effets des os comme engrais, concorde avec les observations de M. Payen. Ce savant chimiste, en recherchant les causes des anomalies signalées, a reconnu que les os neufs, dont la substance organique est difficilement attaquable , agissent plus longtemps, mais moins vile que les résidus de la fabrication de la gélatine , qui sont plus actifs parce qu'ils cèdent aisément la matière organique azotée altérable, qui reste en grande partie interposée dans l'épaisseur du tissu. Les os qui ont été épuisés et qui ne recèlent plus, après avoir fermenté pendant quelques jours, que 0,02 environ de leur poids de gélatine, substance que Korte regardait comme la seule qui puisse faire considérer les os comme propres à la fertilisa* tion des terres , ont moins d'ulilité comme engrais. Ainsi, l'action des os sur la végétation est donc d'autant plus prompte, plus puissante, que les os sont légers, minces et neufs. Ceci explique pourquoi les os compactes, épais, vieux, faiblement divisés, ont une action très-lente sur les plantes. Aussi, la pratique a-t-elle reconnu depuis longtemps qu'il fallait les réduire en poudre fine avant de les employer, atin qu'ils abandonnent plus aisément les matières grasses et gé-
os. 8S7
latineuses qu'ils renferment, si on voulait qu'ils agissent ra* pidement. Il est donc vrai de répéter, avec M. Payen, que la décomposition de la matière organique des os a lieu en raison des surfaces exposées aux influences extérieures.
Liebig soutient une autre théorie. D'après ses observations, l'azote de la gélatine se transformerait en carbonate d'ammoniaque et en d'autres sels ammoniacaux qui seraient en grande partie retenus par les os si ceux-ci avaient été calcinés, et 100 litres d'os bien calcinés et blancs absorberaient 750 litres de gaz ammoniaque pur.
Si Ton admet cette nouvelle hypothèse, si l'on conclut que les effets des os sont principalement dus à la gélatme, à la matière grasse et au cartilage qui se dissout aisément dans les sols secs, comment expliquera-t-on les effets des os calcinés au blanc de manière à détruire complètement toute la matière organique qu'ils contiennent? Sprengel, qui a obtenu avec de tels os des résultats aussi satisfaisants que ceux réalisés avec les os frais, admet que les matières animales ont peu ou point de valeur, et que les éléments inorganiques sont les seules substances qui exercent une action sur les plantes. Johnston a donné aux faits obtenus par le concours d'os privés de matière grasse et azotée, une explication toute différente D'après son hypothèse, l'action complète de ces engrais ne saurait être attribuée exclusivement ou aux substances inorganiques ou aux matières organiques; mais ces dernières joueraient le rôle le plus marqué et le plus immédiatement utile ; il appuie son opinion sur ce fait , que lorsqu'on retire de la terre des gros os qui y ont été enfouis pendant plusieurs années, on constate qu'ils n'ont subi presque aucune altération dans leur forme ou leur dimension , que le plus grand changement qu'ils ont éprouvé, est une perte considérable de matière organique.
Cette explication ne peut suffire tant elle est incomplète, et c'est à J. Hannam qu'était réservé le soin de détruire ou d'infirmer la théorie de Sprengel. Cet agriculteur pense que l'action des os calcinés s'explique en reconnaissant que les sels calcaires des os agissent toujours plus promptement et plus efficacement quand ils sont séparés de la matière animale, que lorsque celle-ci est unie aux phosphates. Des observations rigoureuses lui ont démontré que dans les cas ordinaires, la partie animale disparaît avant que la matière terreuse puisse agir, et que, dans le cas où cette substance organique est enlevée, comme dans les os calcinés, les effets de la partie terreuse deviennent également immédiats et puissants. Ainsi, d'après cette explication, les sels calcaires ne sont que secondaires dans l'action immédiate des os quand on s'oppose à ce qu'ils soient accessibles aux jeunes plantes.
Ces faits, savoir : que les os qui ont été enterrés ont perdu leur matière animale; que les os calcinés ou bouillis commencent à exercer leur action plus immédiatement que les os frais; que la graisse s'oppose à ce que l'eau et les acides organiques que renferme le terrain agissent sur la portion terreuse de l'os; que les os finement pulvérisés sont plus immédiats dans leur influence que les os imparfaitement pulvérisés, sont des preuves incontestables, ainsi que le fait observer J. Hannam , que c'est à leur union avec la graisse ar\imale que les phosphates et les autres matériaux terreux de l'os doivent d'être considérés comme n'exerçant qu'une influence consécutive sur la récolte. Toutefois, c'est à tort qu'on méconnaîtrait que la partie animale n'atteint toute sa prépondérance que lorsque l'autre ne peut encore agir; que les sels calcaires sont en réalité et intrinsèquement l'agent principal de la fertilité. Donc, on commet une faute en calcinant les os dans le but d'accélérer leur action, puis-
os. 229
qu'on perd la portion organique qui tend à prolonger leurs effets.
Dorée daetion de« os. — Les OS employés comme engrais n*ont-ils que des effets annuels? Leur action s'étend-elle à plusieurs années?
Arthur Young avait avancé que les effets des os pilés se faisaient sentir pendant une trentaine d'années; mais il est constant aujourd'hui que la durée d'action de cet engrais est beaucoup moins prolongée. Cette opinion s'explique cependant si on se rappelle qu'il y a un demi- siècle, on se bornait à concasser très-grossièrement les os, et qu'à cette époque cet engrais était employé à des doses très-fortes sur des terres argileuses. D'après P. Ebner et Reboy, cet engrais agirait, en Allemagne, pendant trois ou quatre années. Dud* geon, cultivateur écossais, affirme, au contraire , que les os se décomposent assez rapidement dans le sol, et qu'au bout d'un an à peine en rencontre-t-on quelques vestiges. Voilà donc des opinions qui conduisent à des conclusions tout à fait opposées 1 Heureusement que l'anomalie est plus apparente que réelle. La poudre d'os très-fine agit presque instantanément, et elle n'a ordinairement que des effets annuels ; les mêmes faits se remarquent lorsqu'on emploie des os dissous dans un acide; les os d'un demi-pouce manifestent leur action très- faiblement pendant la première année; mais leur influence augmente durant la seconde, et se fait encore sentir pendant la troisième, la quatrième et môme la cinquième année. Ceux d'un pouce agissent pendant sept et huit années. 11 est donc vrai de dire que la durée des effets des os dépend de la préparation qu'ils ont subie avant leur emploi, et que plus leurs fragments sont gros, plus leur action est lente et prolongée.
Cultures pour lesquelles on les emploie. — Cet engrais
230 ENGRAIS BilNÉRAUX.
n'est guère employé , en Angleterre, que pour assurer la réussite des turneps ou navets. Il est peu d'engrais qui aient une action plus immédiate, plus sensible, plus heureuse, sur ces crucifères, que les os convenablement appliqués. Sous leur action, les navets ont toujours une végétation vigoureuse et rapide, et ils échappent presque complètement aux ravages de la puce de terre. On a proposé d'employer la poudre d'os dans la culture des céréales, du colza, de la navette, du tabac, des pommes de terre, des betteraves, etc.; on a aussi conseillé de la répandre sur les prairies naturelles et celles artiûcielles, mais on ne doit pas oublier que si, dans plusieurs circonstances , elle a été favorable à la végétation de ces plantes, dans d'autres elle a eu une très-faible action, et que même dans certains cas elle a été nuisible. Tous les faits recueillis semblent engager le cultivateur à n'user de cet engrais seul que dans la culture des plantes crucifères. Employé coi^ointement avec le fumier ou d*autres engrais organiques, il convient à presque toutes les plantes.
Valeur eonmereiato. — Les OS naturels se vendent de 40 à 60 fr. les 1000 kilog.
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