‹ Les matières fertilisantesChapitre 40 sur 116 · Pierre. — Chimie agricole, in-12, p · texte numérisé non relu

Pierre. — Chimie agricole, in-12, p

Fouquet. — Traité des engrais, 1855, in-1^, p. 36.

SUPERPHOSPHATE DE CHAUX. S31

SECTION III

Saperphospliate de ehanz.

Historique. — Fabrication. — Composition. —Quantité à appliquer. — Mode d'emploi. — Plantes pour lesquelles on l'emploie. —Valeur commerciale.

Historiqae. — En 1842, M. de Richemond eut l'idée de réduire des os en poudre, en les soumettant à Taction de Tacide sulfurique. Cet engrais pulvérulent comparé à d'autres matières fertilisantes se montra si eflicace, qu'on jugea utile, à dater de cette époque, de le fabriquer très en grand dans le but de doter l'agriculture d'un engrais phosphaté plus puissant que la poudre d'os et le noir animal résidu de raffinerie.

Il existe aujourd'hui en Angleterre plusieurs grandes usines dans lesquelles, chaque année, des quantités considérables d'os sont convertis en un engrais pulvérulent auquel le commerce a donné les noms de superphosphate de chaux ou per^ phosphate de chaux.

Ce produit, lorsqu'il est pur, est appelé par les chimistes phosphate acide de chaux.

Fabrication. — Voici comment on prépare cet engrais pulvérulent dans l'usine qui appartient à la compagnie dirigée par M. Jonas Webb, établissement que j'ai visité dans tous ses détails, en 1860, lors de mon dernier voyage à Londres.

Lorsque les nodules et les os ont été réduits en poudre très-fine, on les introduit dans un cylindre en bois armé intérieurement de spatules destinées à remuer l'engrais pendant le temps de sa fabrication, puis on ajoute de l'acide sulfurique et de l'eau. Quand ces trois substances ont été intro-

23à ENGRAIS inNÉRAUX.

duîtes dans le cylindre, on met ce dernier en mouvement. Alors Tacide sulfurique se combine avec la chaux du carbonate de chaux qui a été décomposé et une partie de la chaux qui a été séparée de l'acide phosphorique, et forme ainsi du sulfate de chaux. Quant à Tacide phosphorique mis en liberté, il s'unit au phosphate de chaux, il forme le phosphate acide de chaux^ produit qui contient, comme le dit M. Bobierre, une dose maxima d'acide piiosphorique.

Quand ces combinaisons ont eu lieu, on ajoute souvent au mélange des matières animales destinées à produire en se décomposant des sels ammoniacaux nécessaires pour rendre facilement soluble le phosphate de chaux basique.

L'engrais, une fois fabriqué, est mis en tas. Lorsqu'il est sec ei pulvérulent, on l'ensache et on le livre à la vente.

On emploie dans cette opération par chaque 100 kilog. de poudre d'os ou de nodules, 25 kilog. d'acide sulfurique et 50 litres d'eau.

GompoftiUoB. — Le superphosphate de chaux, tel qu'on le livre en Angleterre, contient les éléments ci-après:

Analystes.

Way.

Biphosphate de chaux 16 , 77

Pho$phale basique insoluble. . 4,69

SuUate de chaux hydraté 58 ,53

Sable 3 ,82

Sels alcalins o ,72

Matières organiques 2 , 28

Eau 13,19

Les résultats de l'analyse faite par M. Voelcker indiquent un superphosphate de bonne qualité.

Cet engrais est plus soluble que la poudre d'os et les nodules pulvérisés.

Anderaon.

Voelcker.

SUPERPHOSPHATE DE CHAUX. 233

Qaantité à appliquer. — Le superphosphate de chaux est employé en Angleterre à la dose de 500 kilog. par hectare.

■ode d'emploi. — On le répand à la main avant ou après la semaine On peut Tenterrer en même temps que les semences.

On peut aussi le mêler à une certaine quantité d'eau et l'employer à l'état liquide.

J. Hannam i*a expérimenté en 1844 sous ce dernier état avec succès. L'expérience qui a été faite a eu lieu sur une terre argilo-siliceuse à sous-sol graveleux très-perméable qui avait été ensemencée en navet globe blanc. Voici les résultats qu*il a obtenus :

Produiu par hccUre.

Aucun engrais. 14 200 kil.

TW poudre d*os ordinaire 25 700 —

760 — très-fine 27000 —

312 os dissous 35000 —

Il résulte de ces faits:

1** Que les os dissous ont une influence fertilisante bien plus grande que les os natuiels ;

2<> Que les os employés à Tétat naturel doivent être en poudre aussi fine que possible ;

3*» Que 315 kilog. d'os traités par l'acide sulfurique et repris par l'eau produisent plus d'effet que 760 kilog. ou 15 hectolitres d'os broyés.

Ces divers résultats sont tout en faveur de l'emploi du superphosphate de chaux.

Plantes po«r lesquelles on l*emplole. — Le Superphosphate de chaux est principalement employé dans la culture des navets- et des rutabagas. On peut l'utiliser dans la culture du froment en le répandant au moment de la semaille sur des terres qui contiennent des matières organiques.

M. Hannam a reconnu que les crucifères qui croissent sur les terres qui ont été fertilisées avec du superphosphate de chaux végètent toujours rapidement dans leur jeune âge et qu'elles sont dès lors moins exposées aux ravages des altises.

J*ai constaté dans mes cultures expérimentales des faits analogues.

Valeur cominereiaie.— M. Buran livre à Paris du phosphate de chaux sensiblement pur au prix de 30 fr. les 100 kilogrammes.

Le superphosphate de chaux se vend à Londres de 15 à 20 fr. les 100 kilog.

La fabrique Webb doit établir prochainement à Paris un dépôt de son engrais.

NOIR ANIlfAL. 235

SECTION IV

Noir animal.

Historique. — Nature. — Propriétés physiques. — Composition : noirs français, noirs étrangers. — Quantité d'humidité. — Quantité d'azote. -— Révivification. — Poids de l'hectolitre. — Conservation. — Falsifications : tourbe naturelle et carbonisée, chaux, laitiers. — Terrains sur lesquels on les emploie. — Mode d'emploi. — Quantité qu'il faut appliquer. — Mode d'action. — Plantes pour lesquelles on les emploie. — Épuisement du sol. — Commerce du noir animal. — Prix de l'hectolitre. — Bibliographie.

Historiqne. — C*est en 1811 que M. Figuier, professeur à Fécole de pharmacie de Montpellier, démontra que le charbon d'os ou noir animal avait une supériorité prononcée sur le ciiarbon de bois dans la décoloration des sirops, et ce fut à peu près à la ménie époque que M. Charles Derosnes in* troduisit son emploi dans l'industrie du raffinage.

En 1820, M. Ferdinand Favre, de Nantes, et M. Payen, de Paris, appelèrent l'attention des agriculteurs sur Faction du noir animal ayant servi à la clarification. Les essais faits par ces expérimentateurs ne furent pas d'abord très-heureux; mais on ne tarda pas à reconnaître que ce résidu possédait des propriétés essentiellement fertilisantes, et qu'au bout d*un certain temps, il imprimait aux plantes une végétation remarquable. Ces résultats furent constatés à Nantes par MM. Rissel et Jolin, et à Paris par MM. Santerre et Mallet. Ils démontrèrent jusqu'à l'évidence combien cette découverte était heureuse pour l'agriculture des contrées où les moyens de fertilisation manquaient.

Les faits une fois acquis à la science et à la pratique, des négociants de Nantes firent l'acquisition de tous les résidus qui embarrassaient les grandes villes, enlevèrent ceux qui

avaient été transportés dans les décharges publiques, et achetèrent, par des marchés à livrer, ceux qui étaient produits par les établissements de Marseille, du Havre, d'Orléanis, etc., par ceux de TAUemagne, de l'Angleterre, de la Russie, de la Belgique, etc. Nantes devint dès lors Tentrepôt général de transactions commerciales immenses, et ces résidus ne tardèrent pas à être employés dans presque tous les départements de TOuest. La faveur qu'obiint le noir animal fut telle, que son prix, qui avait été d'abord fixé à 2 fr. l'hectolitre, s'élçva progressivement et atteignit celui de 10, 12 et même 15 fr., prix auxquels est encore vendu aujourd'hui ce résidu de raffinerie.

«•inre. — Le noir animal, après avoir été retiré de dessus les filtres et lavé à zéro aréométrique à l'aide d'un courant rapide de vapeur, afin qu'il abandonne la presque totalité du sucre qu'il retient en vertu de sa porosité, e^t jeté de nouveau sur un filtre ou dans des caisses sur lesquelles s'applique un grand sac en toile plucheuse, et lorsque le sirop que l'eau bouillante déplace est filtré, le dépôt de noir est soumis à la presse, et ce n'est qu'après avoir subi ces deux opérations qu'il est livré à l'agriculture. Mais quelque bien qu'ait été exécuté le lavage, le noir animal recèle encore, interposés dans ses pores, quelques centièmes de sucre.

Après avoir été pressé, le noir animal pur est noir bleuâtre et sa texture est un peu compacte; au bocrt de quelques jours, il développe une chaleur très-forte; cette fermentation est utile, elle accroît son action fertilisante.

Les résultats défavorables qu'obtinrent ceux qui expérimentèrent le résidu pur de raffinerie lorsqu'il fut question d'employer cette substance comme matière fertilisante, conduisirent M. Payen à reconnaître que celle influence fâcheuse était due k la présence de 5 à 10 centièmes de sucre altéré

qui donne lieu à une abondante production d'alcool et d'acide carbonique, puis d'acides acétique et hydrosulfurique. C'est donc pendant la production de l'alcool et de Tacide acétique, produits d'autant plus nuisibles à la végétation que la proportion d'acide est plus forte, que le résidu nuit au développement des plantes. Quand ces produits ne se dégagent plus, d'autres produits leur succèdent, tels que le carbonate et l'acétate d'ammoniaque, et tous les résultats de la décomposition des substances azotées. C'est à dater de ce moment que le résidu donne à la végétation une impulsion véritablement favorable. Il convenait donc, ainsi que cela a lieu aujourd'hui dans toutes les raffineries, que le sucre fût éliminé du résidu recueilli sur les filtres après l'opération de décoloration, soit par un lavage convenablement exécuté, soit par une légère fermentation, pour que le résidu pût être livré à Tagricullure comme substance fertilisante.

Ainsi les noirs, après avoir servi à la décoloration et à l'épuration des sirops, ne sont autre qu'un mélange d'un agent antiseptique, le charbon animal, et d'une matière organique azotée, le sang coagulé ; le sang de bœuf, par son albumine, clarifie les sirops; le charbon obtenu d'os calcinés en vase clos sous l'action d'une température régulière, portée jusqu'au rouge pendant six ou huit heures, les décolore.

Propriétés physiques. — MM. Moride et Bobierre ont classé les noirs résidus de raffinerie en trois catégories bien distinctes:

l"* Noir gros grain, — Ces résidus se présentent en fragments irréguliers, d'un volume quelquefois égal à celui d'une très-petite noisette ; leur couleur est terne, sauf les fragments calcinés qui ont une coloration grisâtre. Ces noirs contiennent très-peu de matières organiques, et ils sont assez

rares en France; ils proviennent des raffineries de la Russie et de rAmérique.

2° Noir grain. — Les noirs grains ne sont pas livrés à Tagricullure en grande quantité, parce qu'on les revivifie presque indéfiniment, principalement dans nos départements du Nord. Les poussières qui résultent de cette ré vivification sont, le plus souvent, mélangées à des noirs fins, ou vendues sous la dénomination mensongère de noirs de Russie, en raison de leur analogie avec ces derniers sous le rapport de sa richesse en phosphate de chaux. Le noir grain livré à l'agriculture est toujours très-noir, assez sec et rugueux comme du sable. Ces noirs sont riches en phosphate de chaux et pauvres en matière organique; lejir prix est peu élevé.

3° Noir fin. —Ces noirs proviennent directement de la clarification; ils sont chargés de sang coagulé et d'une trèsfaible quantité de sucre; leur texture est plus ou moins ténue et leurs particules sont assez divisées; ils sont trèsriches en matière organique.

Composition.— -Les noirs que le commerce livre à l'agriculture n'ont pas les mêmes propriétés chimiques, et ces propriétés sont plus ou moins favorables à la végétation.

Pour bien faire comprendre en quoi ils diffèrent les uns des autres, je les diviserai en deux classes principales. La première comprendra les noirs qu'on fabrique en France : Nantes, Bordeaux, Marseille, etc. ; la seconde renfermera les noirs de provenances étrangères : Hambourg, Russie, Italie, etc.

A. Noirs français. — 1*» Noirs de Nantes et de Bordeaux. — Ces noirs sont ordinairement fins, homogènes et peu humides; ils ont une odeur alcoolique ou acétique prononcée, une belle couleur bleuâtre, et laissent apercevoir des b} ssus blanchâtres ; ils sont pauvres en parties saccharines.

L'analyse a démontré à M. Bobierre qu'ils contenaient en moyenne:

NAOtes. Bordeaux.

Phosphate de chaux 63 ,60 66/20

Carbooate de chaux 9,50 7 ,20

Silice ;.• 3,00 2,20

Alumine et oxyde de fer 0,70 0,80

Magnésie 1 ,50 1,20

Sels solubles dans Teau 1 , 60 f , 50

Charbon et matière organique. ... 20 , 1 0 20 , 90

On voit^ d*après ces résultats, que les noirs de Nantes et de Bordeaux ne renferment en moyenne que 65 pour 100 de phosphate de chaux. C'est donc à tort qu'on soutient encore que les résidus purs de raffineries doivent contenir au delà de 80 pour 100 de phosphate. Des analyses ont fait connaître que le noir animal vierge n'en contient que 73 à 81 pour 100.

Ces noirs, rarement fraudés, sont très-recherchés; ils se vendent de 14 à 16 fr. Thectolitre.

T Noirs de Marseille. — Les noirs de Marseille ont un gair gros, et leur couleur est noir mate ; ils sont peu odorants, doux au toucher, denses et faciles à diviser à la mam. Ils contiennent:

Phosphate de chaux 61 ,94

Carbonate de chaux 12,14

Silice 4,97

Alumine et oxyde de fer 1 ,33

Magnésie 0,66

Sels solubles dans Teau 1 ,86

Charbon et matière organique 17 ,10

Ainsi, ces noirs sont plus riches en carbonate de chaux que les précédents, et ils renferment moins de matières organiques. Ces engrais sont souvent fraudés avec des lignites, des cendres de scories ou des schistes pulvérisés.

3° Noirs d'Orléans et de Paris. — Ces résidus sont moins fins, moins homogènes que les noirs de Nantes et de Bordeaux. On les expédie dans des barriques à sucre, et ils sont souvent altérés avec de la houille et du charbon de bois.

Pariii. Orléans.

Phpsphate de chaux 67 ,60 63,00

Carbonate de chaux 10 , 10 8 ,20

Silice 4,00 11,70

Alumine et oxyde de fer 1 ,00 1 ,50

Magnésie 0,80 0,70

Sels solubles dans Teau 2,00 3,30

Charbon et matière organique ... 14 , 50 1 1 , 70

Les noirs des rafiineries d*Orléans sont utilisés sur les terres de la Sologne et du Berry où on les fait entrer dans la composition des engrais commerciaux qu'on fabrique dans rOrléanais. Ils sont inférieurs aux noirs de Paris.

4° Noirs de la Flandre. — Ces noirs sont fins, secs, et leur couleur est terne ; ils fermentent peu.

Ils ont donné à l'analyse les résultats suivants:

Valenciennes. Lille. Dunkerquc.

Phosphate de chaux 66,00 54,70 59,00

Carbonate de chaux

Silice

Alumine et oxyde de fer

Magnésie

Sels solubles dans l'eau

Charbon et matière organique. .

Ainsi, ces noirs contiennent généralement beaucoup de silice et très-peu de charbon et de matières organiques. Ceux de Lille renferment peu de phosphate et une forte proportion de carbonate de chaux.

B. Noms ÉTRANGERS. — 1" Notrs de Hambourg et d'Amsterdam. — Ces noirs sont pauvres en sels calcaires et riches en

matière organique et en sable. Us sont souvent couverts de moisissures. A l'analyse ils ont donné :

Humbourg. Anuterdsm.

Phosphate de chaux - 55,80 35,00

Carbonate de chaux 4,70 2,20

Silice 15,30 17,00

Alumine et oxyde de fer 1 ,30 0 ,30

Magnésie 0,70 0 ,50

Sels solubles dans l'eau 1 1 ,70 2 ,00

Charbon et matière organique. . «20,50 43,00

Ces résidus sont presque toujours falsifiés avec des résidus de distillerie, de la tourbe, des tourteaux, des résidus de fromagerie, etc. Les noirs d'Amsterdam ont une odeur vineuse très-forte.

Les résidus qui viennent de Cologne, Berlin, Rotterdam, Stettin, Londres, etc., ont .beaucoup de rapport avec les précédents.

2o Noirs de Hussie. — Ces noirs viennent de Saint-Pétersbourg et de Riga; les premiers sont homogènes et riches en sels calcaires ; les seconds sont lins, secs et purs. Les uns et les autres ont une teinte mate ou grisâtre. Leur analyse a donné :

St-Péiersboarg Riga.

Phosphate de chaux 65, It) 76,20

Carbonate de chaux 11,60 6,10

Silice 3,90 6,20

Alumine et oxyde de fer 0 .70 0 ,70

Magnésie 0 ,90 0 ,70

Sels solubles dans Teau 1 ,70 0 ,50

Charbon et matière organique. . . 16,10 9,60

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