‹ Les matières fertilisantesChapitre 58 sur 116 · COLOMBINE · texte numérisé non relu

COLOMBINE

la suppression des colombiers un dommage considérable pour Tagriculture, puisque celle-ci a été privée d'un des engrais les plus énergiques. Aujourd'hui la Flandre et l'Artois sont, pour ainsi dire, les seules provinces françaises qui possèdent encore des colombiers nombreux et bien peuplés.

Composition. — Les déjections des pigeons ne se divisent pas en solides et en liquides comme celles des animaux proprement dits, elles se résolvent en une masse plus où moins solide. Elles sont ordinairement sèches quand on les relire des colombiers , parce que toutes les fois qu'elles sont abandonnées à elles-mêmes à l'air libre, elles perdent promptement leur fluidité par suite de la dessiccation qu'elles éprouvent.

D'après Davy, la colombine fraîche ou humide fermente rapidement; et après cette fermentation elle contient moins de matières solubles qu'avant. Ainsi 100 parties de colombine fraîche renferment 25 pour 100 de matières solubles dans Teau, tandis que la même quantité de ces déjections fermentées n'en fournit plus que 8 parties, et donne proportionnellement moins de carbonate d'ammoniaque. Ces faits indiquent au cultivateur que cet engrais ne doit pas séjourner longtemps dans les colombiers, et qu'il doit être employé avant toute fermentation.

M. Girardin a trouvé que la colombine fraîche contient:

Matières organiques 18,11

Matières salines 2 ,28

Gravier et sable siliceux 0,61

Eau 79,00

Suivant MM. Boussingault et Payen, la colombine contient à l'état normal 9,6 d'eau et 8,30 pour 100 d'azote. La matière blanche qui s'y trouve mêlée est de l'acide urique.

Béeorte die u coioMbiae. — La colombine^ qui ne peut être obtenue qu'en petite quantité, s'accumule petit à petit dans les colombiers; et, comme ces bâtiments sont toujours secs et que cette substance y existe à Tabri de l'air et du soleil, il en résulte qu*il n'est pas nécessaire de Tenlever tous les jours ou toutes les semaines. Toutefois, c'est une erreur grave de croire qu'il soit possible de la laisser s'amonceler d'un bout à l'auti e de l'année dans les colombiers. Quand elle séjourne longtemps dans ces bâtiments, il se produit au sein de la masse une très-grande quantité de vers, qui en détruisent la majeure partie, et dès lors la colombine abandonne une partie de l'ammoniaque qu'elle contient. Dans quelques endroits on l'enlève tous les six mois; dans d'autres, c'est tous les mois, et même tous les quinze jours, que les colombiers sont nettoyés. Pour l'enlever on se sert d'une râtissoire ou d'une pelle. Quand le pigeonnier a été nettoyé à fond, on porte la colombine sous un hangar, si elle est encore humide, afin qu'elle se dessèche complètement, ou dans un local bien sec. Pour lui conserver toute son action fertilisante, il faut la mettre dans des tonneaux.

Oh peut mêler la colombine, au sortir du colombier, avec de la tourbe pulvérisée ou des cendres de houille. Ce mélange, recommandé par Parmentier, à l'avantage de prolonger son action fertilisatite.

Dans le pays de Caux, la Beauce et l'Armagnac, 100 pigeons fournissent annuellement de 800 à 850 litres de déjections.

Poids de i*heeioiicre. — L'hectolitre de colombine pèse de 40 à 45 kilog.

Préparation qu*eiie exige. — Quand la colombine est enlevée des colombiers, après avoir séjourné dans ces locaux durant quelques semaines ou pendant plusieurs mois, elle se présente généralement sous forme de plaques, de morceaux

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plus OU moins grands. Avant de l'employer, on doit la réduire en poudre. A cet effet, on divise les grumeaux ou morceaux au moyen d'une machine à concasser les fruits, ou bien on les brise au moyen du fléau.

Terrains uuw lesquels oa l'applique. — Cet engrais convient spécialement aux terres argileuses, froides, humides; il est trop chaud, trop énergique, pour être appliqué sur les sols légers et secs. *

Époque de son emploi. — Lacdlombine ne doit être appliquée qu'au printemps et en automne. On doit choisir un temps calme et un peu humicfe pour la répandre, caries pluies modèrent son action; appliquée par une sécheresse continue, elle reste inerte ou même elle détruit les plantes délicates.

Mode d*émpioi. — On la répand ordinairement sur des terres labourées, soit avant, soit après la semence ; on peut aussi l'appliquer sur des plantes en .végétation. Quand on remploie sur des terres labourées, on la recouvre par un hersage; en Flandre, le plus ordinairement on l'abandonne à la surface du sol.

Qnaniité qu*ii faut répandre. — La colombine, étant un des engrais les plus énergiques, doit être appliquée dans une très-faible proportion. Olivier de Serres a dit avec raison : « Avec discrétion sera distribué le fiens du colombier de peur que par trop grande quantité la semence n'en fust bruslée : pourquoi on le sème par la teire à la façon du bled et presque aussi rarement.. » Dans le département du Nord, on l'applique de préférence au lin à la dose de 2000 kilog. à l'hectare. Dans le pays de Caux, on l'utilise principalement pour l'orge dans la proportioh de 1080 à 1090, quelquefois môme 2160 litres par hectare; cette fumure revient de 125 à 200 fr. Dans le département du Pas-de-Calais, on loue un pigeonnier à raison de 100 fr. par an ; chaque colombier contient de 600 à 650 pi-

geons et donne une bonne voiturée de colombine ; celle-ci suffit pour fertiliser un hectare.

Cassius recommande avec raison de l'employer à des doses modérées.

Cultures pour lesquelles on l'emploie. — En Flandre, on

emploie ordinairement la colombine sur le lin, le chanvre et le tabac. Schwerz Ta appliquée pendant longtemps avec le plus grand succès au trèfle, en la mêlant avec de la houille. On peut aussi l'utiliser dan# la culture du froment, des choux et du colza, plantés sur lesquelles elle produit parfois des effets extraordinaires. Elle a aussi une action très-favorable sur les prairies humides assainies.

En Italie, on l'applique aux jeunes oliviers et au chanvre.

Mode d'aecton. — La colombine est employée depuis fort longtemps comme substance fertilisante, et toujours elle a été regardée comme un engrais très-énergique.

Dionysius Cassius et Coluraelle la mettaient au-dessus des autres engrais. Olivier de Serres considérait aussi cet engrais comme le meilleur, à condition, toutefois, « que l'eau intervienne tost après pour corriger sa force, autrement il nuirait plustost qu'il ne profiterait, attendu que seul, sans être tempéré par l'humidité, brusle ce qu'il touche. C'est pourquoi autre saison n'y a-t-il pour son application que l'automne et l'hiver, le printemps estant suspect pour la proximité de l'été. » Cette grande action est due à l'urée, aux sels de chaux et à la très-forte proportion d'azote que ces .déjections contiennent. Cette opinion ne peut plus être révoquée en doute: on sait maintenant que quand la colombine reste longtemps dans les pigeonniers, elle n'a jamais alors l'énergie qu'elle possède toutes les fois qu'elle est employée avant d'avoir perdu, par la fermentation, une notable partie de l'ammoniaque qu'elle renferme.

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Durée de ses effets. — La colombine employée pure n'agit puissamment que dans Tannée où elle est appliquée.

Valeur eonmiereiuie. — La colombine vaut de 5 à 6 fr. rhectolitra, soit 10 à 12 fr. les 100 kilog.

Dans le Pas-de-Calais, on loue un pigeonnier à raison de 1 00 fr . par an ; chaque colombier contient de 600 à 650 pigeons et donne une bonne voiture de colombine.

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