‹ Les matières fertilisantesChapitre 7 sur 116 · CRAIE · texte numérisé non relu

CRAIE

comté d'Essex, le blé et Torge sont d'une qualité supérieure; aussi les cultivateurs de cette contrée disent-ils : Si l'on ne veut plus vendre de blé, il n'y a qu'à ne point acheter de craie. Cette substance donne à la paille plus de roideur et de blancheur, et rend Técorce du grain plus mince et la farine plus abondante.

En Angleterre et en Allemagne, on la fait entrer dans des composts pour rappliquer sur les prairies nouvellement assainies. L expérience à prouvé qu'elle y détruit la mousse, les joncs, les carex et toutes les plantes nuisibles ou inutiles qui croissent sur les terres froides et argileuses.

On a dit que la craie détruisait le chrysanthème des moissons (cHKYSANTHEMUM SEGETUH, L.). Je n'ai pas été à même de vérifier ce fait.

ÉpaiBement du »oi par u er«i«. ~ Il est bien important que l'application de la craie soit précédée ou suivie d'une fumure en rapport avec la dose répandue et la fécondité de la terre. On ne doit pas oublier qu'elle agit à la manière des marnes, et que sous ce rapport elle doit être regardée comme une substance qui, si elle est mal employée, peut être la source directe de l'épuisement du sol.

BIBLIOGRAPHIE

tlcliwers. — Préceptes il'a^ricuUure pratique, 1839, in-8, p. 291. Pictet. — Cours d'agricullure anglaise, 1808, io-8, t. IV, p. 438.

SECTION IV

Falnn.

Anglais, — Shell mari. Espagnol. — Vetas de coDchas fosiles.

Définition. — Localités où il existe des falunières. —Composition. — Terrains sur lesquels on applique le falun. — Procédé d'extraction. — Quantité répandue par hectare. — Mode d'application. •— Durée et mode d'action. — Le falun ne dispense pas de remploi des engrais animaux ou yégé> taux. — Bibliographie.

DénnttioB. — On donne le nom de faluns à des dépôts marins tertiaires ou appartenant à l'étage moyen du groupe supracrétacé. Ces dépôts, formés évidemment sur une grève battue des eaux, renferment un très-grand nombre de coquilles fossiles, et ils varient de texture selon les lieux où ils sont situési

Ces coquilles, la plupart divisées et usées par le frottement, se brisent facilement entre les doigts, et elles se délitent promptement quand elles restent exposées à Taclion de Tair et des pluies.

On désigne quelquefois le falun sous les noms de marne coquillière, calcaires coquillierSy sables calcaires^ coquilles fossiles,

Localités où il existe des falunières. — Ces dépôts ma-*

rins existent dans la Touraine, l'Anjou, le Bordelais, la Bretagne et les environs de Paris.

Nature et eomposition. — Les faluns de la Touraine occupent plus de 2 myriamètres carrés, et ils sont dispersés dans un grand nombre de localités, à Louans, Rossée, Loroux, Sainte-Maure et Monthelon. Leur épaisseur moyenne, à Louans et Monthelon, est en général de 3 à 4 mètres. Ils se composent d'argile, de sable quartzeux et de débris de coquilles.

FALUN. 89

Ces dépôts reposent généralement sur une couche argileuse imperméable, de formation d*eau douce, de 1 mètre à 1 mètre 50 d'épaisseur, ou sur des bancs schisteux , et ils semblent se prolonger vers Blois d*un côté et vers Angers de Faulre, On trouve, en efFel, à Pont-le-Voy, à Thenay, des débris de coquilles mêlés à des polypiers roulés; et Ton remarque aux environs d'A vrillé et de Grésille, près Doué, des terrains riches en coquilles fossiles.

M. Caillât a constaté que les faluns de la Touraine avaient la composition suivante :

Carbonate de chaux 56 ,215

Phosphate de chaux 275

Sable quartzeux 42 ,100

Sable impalpable 1 ,410

Suivant M. I. Pierre, le falun de Monthelon (Indre-et- Loire) contient, sur 100 parties desséchées, 68,5 de carbonate de chaux, 25,5 de sable avec un peu d'argile, et 1,6 d'alumine et d'oxyde de fer.

Les faluns de la Gironde renferment du sable tantôt argilosiliceux, tantôt calcaire, des débris de coquilles fossiles et quelquefois des coquilles encore entières ; ils régnent sur une ligne parallèle à la Garonne, depuis Bazas jusqu'à Saint- Médar-en-Jalle , et paraissent se diriger vers Dax et Bastennes, où il existe des dépôts bien caractérisés. Le dépôt le plus considérable existe à Saucats.

Voici deux analyses de falun faites par M. le Gorbeiller :

Fiil'jn«

de Sauçais, de Grignon.

Carbonate de chaux 70,50 66,00

Sable etargile 13,50 20,30

Matière organique ^ 2,00 1,70

Eau 14,00 12.00

D'après MM. Moride et Bobîère, le falun de Cléons (Loire- Inférieure) contient, sur 100 parties, 71 de carbonate de chaux et 15 de silice, d'alumine et d'oxyde de fer.

Le falun de Saint-Juvat (Gôtes-du-Nord) renferme, sur 100 parties, 64 de carbonate de chaux et 31 d'alumine, de sable et d'oxyde de fer.

A Grignon (Seine-et-Oise), le falun repose sur une couche crayeuse perméable.

Terrains où ils dolveni être appliqués. — Les faluns,

qui contiennent beaucoup de carbonate de chaux, ne peuvent être employés 'que sur les terres non calcaires, les sols argileux, les terrains schisteux. On les a appliqués sur des sols légers, des terrains de bruyères, mais leurs résultats n'ont pas été favorables. On a reconnu que leurs effets étaient d'autant plus sensibles et heureux qu'ils sont employés sur des terres compactes, des sols froids.

Mode d*ex traction. — Les dépôts faluniers étant audessous de la couche arable, leur extraction est assez facile. Lorsqu'on a reconnu, par des sondages, un gisement de falun, on enlève la terre arable, et quelquefois le sous-sol, dans toute son épaisseur, sur une superficie de 10 à 20 mètres carrés. Ce premier travail terminé, on procède à l'extraction du falun.

Lorsque cet engrais est à fleur de terre, son enlèvement s'effectue facilement. Si l'on est obligé de fouiller un peu profondément, le travail est parfois pénible et exige le concours d'un plus grand nombre d'ouvriers. Alors, pour accélérer les travaux et restreindre les dépenses, on creuse les falunières en forme de gradins depuis la partie supérieure jusqu'au fond de l'excavation, afin d'étager les opérateurs. Toutefois, comme la masse coquillière est très-perméable, que les eaux arrivent quelquefois en abondance dans la fa-

FALUN. dl

lunière, il faut diviser les ouvriers eu deux bandes : ceux de la première sont chargés d*étancher les eaux avec des seaux, et ceux de Tautre procèdent à Venlèvement du falun en se servant de paniers. Ces objets, une fois pleins, pas* sent de main en main jusqu'au bord de l'excavation.

Les eaux doivent être jetées d'un côté de la falunière et les coquilles fossiles d'un autre.

Une falunière une fois abandonnée, on n*y revient plus; -l'expérience démontre journellement qu'il est toujours plus pénible et moins avantageux d'en épuiser les eaux que d'en ouvrir une nouvelle.

En Touraine, c*est ordinairement pendant le mois de septembre, époque où les terres contiennent peu d'eau, que l'on extrait le falun. Dans cette contrée, chaque village a sa falunière où chacun va puiser à volonté.

Les faluns de la Touraine reposent sur des couches imperméables et humides; ceux de la Gironde sont situés sur un soi sec et perméable.

■•de d*appiieatioB. — Après son extraction, le falun reste un certain temps près de l'ouverture de la falunière. Quand il est égoutté, desséché , on l'enlève et ou le conduit sur le champ où il doit être appliqué. On pratique son épandage et son incorporation à la couche arable, comme s'il était question d'appliquer de la chaux éteinte ou de la marne réduite en poussière ou délitée.

En Touraine, où le falun est ordinairement noyé , l'extraction revient de l fr. à 1 fr. 50 c. le mètre cube; ailleurs, on ne paye, pour extraire le même volume, que 0 fr. 40 c. à 0 fr. 60 c.

QnaBtité appliquée par heetare. — La quantité de faluu

à appliquer par hectare n'a pas encore été bien déterminée. Dans la Touraine, on l'emploie à la dose de 30 à 40 mètres

cubes, suivant la texture du sol et réloignement des terres à faluner des lieux d'extraction.

En Angleterre, où Ton renouvelle le falunage tous les 10 ou 12 ans, on le répand à la dose de 80 à 120 hectolitres, ou 10 à 12 mètres cubes.

Les faluns peuvent, avec avantage, entrer dans les composts et être appliqués en couverture sur les céréales d'hiver et de printemps et les prairies naturelles et artificielles.

Durée d*actioB. — Les effets de faluns ne sont pas aussi* prompts que ceux de la chaux, mais ils se prolongent plus que ceux de la marne. La première année, cette action est très-peu sensible ; ce n'est qu'à partir de la deuxième, quelquefois de la troisième, qu'on peut la constater d'une manière bien évidente.

Le falunage se renouvelle tous les 10, 15 ou 20 ans. En Touraine, le falun manifeste des effets pendant 25 et même 30 années.

Mode d'aetioB. — Le falun a deux actions, l'une mécanique et l'autre chimique. Il est donc rationnel de le comparer aux marnes quant aux effets généraux qu'il peut et doit même produire.

Les effets chimiques qu'il exerce sur la ^égétation sont presque entièrement dus au carbonate de chaux que renferment les coquilles.

Bosc et Puvis ont pensé qu'il courrait bien être vrai que ces coquillages pussent contenir quelques parties animales qui ajouteraient à l'effet de la chaux. Je ne puis nier que les faluns ne contiennent de l'azote, mais je crois pouvoir avancer que ce caput morluum de la matière animale doit être regardé comme s'il n'existait pas.

Épulsemenl du sol par le ffalan. — L'emploi des faluns

ne dispense pas de l'application des engrais animaux ou vé-

FALUN. 93

gétaux; c'est même une nécessité d'avoir recours à ces substances si l'on veut conserver à la terre son degré de fertilité.

Puvis fait remarquer que dans aucun lieu le falun n*est accusé d'avoir appauvri le sol. Cette observation ne concorde pas avec les opinions de John Sinclair, David Low, Arthur Young. Lorsque le falun n'est pas suivi ou précédé d'une fumure^ ou qu'il est appliqué en trop grande quantité, le sol devient alors plus aride qu'il ne l'était avant qu'on ne l'eût employé.

i^aiear coamereUie. — En Touraine, le falun se vend, après son extraction, de 2 à 2 fr. 50 c. le mètre cube.

BIBLIOGRAPHIE

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■lin. — Examen des coquilles de la Touraine, 1776, in-12.

Aer. — Cours d'agriculture, 1783, in-4;t. HI, p. 4S0. me la Bergerie. — Cours d'agriculture pratique, 1820, in-8, t. IV, p. 408. MsMirlee. — Traité des engrais, 1806, in-8, p. 175. Mnrla. -~ Traité des amendements, 1846 , inl2, p. 464. ■. iPlenr«. — Chimie agricole, in-12, p. 617.

94 ENGRAIS BCINÉHAUX.

SECTION V

Coqnlllai^s on sables BiariAs.

^ Anglais, — Sea mari ou fish shells. Italien. — Conchiglia. AUemand. — Muschelerde. Espagnol, — Coacha.

Historique. — Nature. — Composition. — Hécoite. — Terrains sur lesquels on les emploie. ~ Mode d'emploi. — Quantité qu'il faut appliquer. — Poids du mètre cube. — Durée et mode d'action. — Plautes pour lesquelles on les emploie. — Épuisement du sol par les coquillages. — Valeur comnierciale. — Bibliographie.

Historique.— Les coquillageB que la mer jette sur les cAtes sont employés comme engrais depuis une époque très-ancienne. Hefiri II, roi d'Angleterre, accorda, en 1261, aux habitants du comté de Cornwall, le privilège d'extraire de la mer des sables coquilliers et de les transporter à l'intérieur pour y servir à la fertilisation des terres. Il y a un siècle, Tarchevéque Dublin faisait connaître qu'on utilisait depuis longtemps avec avantage à l'intérieur des terres les bancs de coquilles qui se découvrent au moment des basses mers dans la baie de Londonderry (Irlande). Ces coquillages servent aussi d'engrais en France et en Italie.

Katare. — Les coquillages que Ton trouve sur le littoral de rOcéan et de la Manche, dans un grand nombre d'anses, de baies, de havres, sont des huîtres^ moules ^ buccins y pétoncles ^ tritons^ natices, solènes^ troques, patelles, iittorines, etc. ; leurs fragments sont plus ou moins petits selon la force des courants et la violence des vagues. Ces coquillages forment, à Paimpol, Pontrieux, Treguier, Lannion, etc., dés dépôts inépuisables.

Les coquilles qui constituent ces dépôts sont dures si elles sont rcccn^w; quand elles sont anciennes leur décomposition

C0QU1LLA(^E8. 95

est si avancée qu'elles se pulvérisent aisément entre les doigts.

Leur couleur est très-variable; ici, elles sont vertes ou bleuâtres ; là, roses ou rougeâtres ; ailleurs, blanchâtres ou grises.

Il existe quelquefois à Tintérieur des terres, près du rivage de la mer, des dépôts de coquillages qui témoignent du séjour des eaux maritimes à une certaine distance de la cAte actuelle. Ainsi, à 600 mètres du bord de la mer, dans la commune de Saint-Michel-en-1 Herm (Vendée), la mer a déposé trois bancs de coquilles d*huttres presque contigus, qui ont ensemble 700 mètres de longueur sur 300 mètres de largeur à U base, et depuis 10 jusqu'à 15 mètres de hauteur. Cette masse est plus considérable qu'elle ne le paraît. Cavoleau a reconnu qu'elle s'enfonce profondément.

Composition. — Cet engrais n'est pas toujours composé exclusivement de débris de coquillages ; il comporte quelquefois une certaine quantité de sable.

Voici deux analyses de sable coquille recueilli sur les côtes du Finistère, faites par M. Besnou :

Sable coquUlé

deChin^n. de Douarnenez.

Carbonate de chaux 70 ,00 51 ,75

Sable 29,00 46,33

Magnésie 0 , 90 0 , 00

Matières organiques 0 ,00 1,17

Eau 0.05 0J5

Les coquilles d'huitres renferment : carbonate de chaux, 98,30, phosphate de chaux, 1,20 pour 100.

MM. Moride et Bobierre ont analysé des coquilles de toutes sortes roulées par les eaux, qui contenaient sur 100 parties 93 de carbonate de chaux, 2,9 pour 100 de sels solubles divers.

96 ENGBAIS MINERAUX.

Récolte. — C'est sur les grèves, à marée basse, que Ton recueille ces matières fertilisantes. En Angleterre, on les laisse sur la côte jusqu'à ce qu'elles soient sèches avant de les utiliser. En France,* on les emploie aussitôt qu'elles ont été ramassées; on dit que, laissées en monceaux pendant longtemps, les pluies les privent de la presque totalité des particules salines dont elles sont couvertes.

Terrain» »ar lesquels on les emploie. — On applique Ces

coquilles sur les terres argileuses, les sols compactes, les terres marécageuses. On peut aussi les utiliser dans les terres légères, les sols granitiques et les terrains schisteux, mais à une plus faible dose.

Mode d*enipioi. — On répand ces engrais avec la main ou au moyen d'une pelle, selon la quantité que Ton applique par hectare et le volume des fragments.

Lorsque les coquilles sont peu brisées, en gros fragments ou entières, il faut, avant de les employer, les broyer ou les étendre sur les chemins a(in que les voilures les réduisent en poudre grossière. Cette division augmente beaucoup leurs effets. On peut aussi les placer sur l'aire des étables ou bergeries; Turine des animaux favorise leur désagrégation. A Tarente (Italie), on les mêle aux fumiers.

Quantité qu*ii faut appliquer. — La quantité que l'on répand sur les sols tenaces, froids ou humides, ou sur les terrains fertiles, varie entre 30 et 40 mètres cubes par hectare; celle que l'on applique sur les terres légères et peu fertiles ne dépasse guère 12 à 15 mètres.

Poids du mètre eube. — Les coquiUages pèsent de lâOO à 1500 kilog. le mètre cube.

Durée d*aetion. — L'emploi de ces engrais ne se renouvelle sur le môme champ que tous les 8 à 10 ans, à moins qu*ils n'aient été appliqués en petite quantité ou qu'ils soient

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