‹ Les matières fertilisantesChapitre 9 sur 116 · I. Pierre. — Chimie agricole, in-12, p · texte numérisé non relu

I. Pierre. — Chimie agricole, in-12, p

SECTION VI

Tansn^ on Trèi.

Définition. — Historiqiîe. —Origine et formation. —Nature el composition.

— Récolte et extraction. — Transport. — Exposition de la tangue à l'air.

— Lavage. — Terrains sur lesquels on emploie la langue. — Mode d'application.—Poids du mètre cube. — Quantité qu'il laut appliquer.— Mode d'action. — Plantes pour lesquelles on l'emploie. — Valeur commerciale. — Bibliographie.

DéanitioB. — 11 existe, sur les côtes de la Manche et de rOcéan, dans les départements de la Manche, du Calvados, d'IUe-et- Vilaine, des Côtes-du-Nord et du Finistère, des grèves qui offrent à l'agriculture des alluvions ayant une très-grande puissance de fertilisation. Ces sables calcaires et siliceux, d'une ténuité extrême et auxquels sont alliés de très-petits débris de coquilles, sont très-abondants dans la baie du mont Saint-Michel, dans les anses des côtes de l'arrondissement de Morlaix, dans la baie d'Audierne, etc.. On les appelle : cendres de mer, tangitej sablon marin ^ tanque, taugu, trèz {îreaz, suivant le dialecte de Saint-Pol-de-Léon).

Historique. — L'emploi de la tangue est très-ancien. Beaucoup de cartulaires normands du moyen âge en font mention. Cet engrais est également cité sur les grands rôles de l'Échiquier de Rouen pour Tannée 1198. A cette époque les tanguières appartenaient aux seigneurs, et les chemins qui conduisaient à la mer étaient désignés sous les noms de chemins tangours^ chemins sablonours. En 1534, les seigneurs de Gralgnes obtinrent de prélever , comme redevance, un droit de congé sur les individus qui s'occupaient et de l'extraction et du transport de la tangue. Ce droit devint si onéreux pour les cultivateurs, que la ville de Saint-Lô adressa en 1718 une requête au roi pour qu'il n'autorisât pas la

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création d'un nouvel impôt que quelques propriétaires voulaient établir sur cet engrais. Aujourd'hui la tangue est exempte de tous droits.

M. Pierre évalue à 2 000 000 de mètres cubes la quantité que l'on récolte annuellement sur les grèves de la Normandie.

Origine et formation. — La présence de ce sable si fin, d'une ténuité si grande, et jeté par la mer au fond d'un grand nombre d'anses ou sur diverses plages des côtes de la Normandie et de la Bretagne, a fixé d*une manière particulière l'attention de plusieurs observateurs qui ont émis diverses conjectures sur son origine. La théorie la plus judicieuse est évidemment celle exposée par M. Eulgence Girard. Voici comment ce savant explique l'origine de cet engrais :

La cause principale, sinon unique de la tangue, est due aux matières que tient en suspension l'eau des rivières. Qu'on la prenne dans le lit des rivières ou à leur embouchure même, elle se compose d'une poussière si ténue que l'on ne peut y reconnaître que la partie la plus persistante d'une vase lessivée et desséchée. Ce n'est qu'à l'entrée de la grève que l'on y rencontre la présence du sable marin; mais alors, si on avance, si on quitte le cours de la rivière pour suivre les développements des côtes, et plus on s'éloigne de son lit, plus on voit le dépôt fluvial décroître devant la prédominance progressive du détritus maritime, qui finit, par gradations, à s'offrir à l'examen dans sa pureté complète.

Les rivières, en s'embouchant dans la mer, y portent plus ou moins loin, selon la force de leur cx)urs, les eaux qu'elles finissent par mélanger avec les vagues. Dans cette confusion, et par l'agitation qui en est la suite, s'opèrent successivement un nombre infini de combinaisons chimiques, au moyen desquelles la mer s'assimile la plus grande partie des substances

que lui charrient ces eaux courantes ; les flots ne rejettent donc que la partie la plus difficilement soluble des matières que leur versent les rivières les plus fortes.

Il n'en est pas de même des ruisseaux, à qui la faiblesse de leur cours ne permet pas de porter leurs eaux bien avant dans la mer, sans qu'ils se confondent avec elle. Le refoulement et le dépôt des matières qu'ils transportent se faisant presque immédiatement et sans qu'elles aient été longtemps ballottées par les lames, Falluvion se trouve beaucoup moins dépouillée. Aussi trouve-ton une vase composée d'éléments beaucoup plus nombreux sur les points de la plage où se dégagent les légers cours d'eau, tandis que l'embouchure des rivières offre un dépôt beaucoup plus dense et plus compacte.

La tangue, véritable dépôt fluvial dépouillé par les flots de ses parties les plus aisément solubles, puis refoulé par eux sur le rivage, mais aussi plus ou moins imprégné de sels et mélangé de sable marin, selon le point de la côle où l'on en rencontre, a des propriétés fécondes qui varient avec les parties littorales d'où on l'enlève. Ainsi, dans le lit et sur le bord des rivières, où la tangue est presque exclusivement composée de parties argileuses légèrement mélangées de sel marin, et des parties les plus persistantes de matières animales et végétales, elle est plus fertilisante et moins friable. Les proportions dans lesquelles l'alumine entre dans sa composition rendent cette tangue très-avantageuse pour la fécondation des terrains légers. Enfin, la tangue bêchée, au contraire, sur les grévages plus ou moins éloignés de l'embouchure des rivières, et par conséquent plus ou moins chargée de sable et de débris de coquilles, eu raison môme de la distance où elle se trouve des cours d'eau, est exclusivement propre à la culture des terrains froids et

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