INTRODUCTION
Une foule de substances ont été utilisées dans la confection des pièces de prothèse. Avec des notions rudimentaires d’anatomie et de physiologie et disposant de moyens très limités, le « prothésiste » de l’antiquité utilisa les dents humaines ou animales ou encore des dents taillées dans du bois et, tant bien que mal, il les fixa aux dents restantes au moyen de bandeaux d’or. Là se bornait son activité et tels sont les appareils qui furent trouvés dans les tombeaux phéniciens et étrusques.
Durant des siècles, la conception de la prothèse ne s’est pas modifiée. Jusqu'au XVITIIme siècle, des artisans habiles et patients seulptent l’ivoire d’hippopotame. Ils exécutent dans le même bloc des appareils comprenant plusieurs dents, une plaque base, et la gencive artificielle. Ces pièces ne sont plus invariablement fixées aux dents restantes comme autrefois. Grâce à leur plaque base, elles prennent appui sur le palais et les bords alvéolaires, ou sont maintenues par des ressorts. La stabilité de tels appareils est certainement très précaire ; il ne semble pas que leurs porteurs aient mastiqué avec aise.
Il faut arriver au XVIIImE siècle pour voir l’art dentaire tirer parti des découvertes scientifiques industrielles et médicales. Un grand perfectionnement est apporté avec la prise
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d’empreinte au moyen de cire, gutta-percha, plâtre ou substances plastiques ; on obtient ainsi des modèles précis qui s2rvent de base pour la confection des appareils. A la fin du XVITIme siècle, les progrès de l’industrie céramique permirent la fabrication des dents minérales. C’est Duchâteau qui, habitant près d’une fabrique de céramique, eut l’idée de faire faire ses dentiers en porcelaine. Mais la rétraction fut telle qu'après bien des essais il abandonna sa tentative. Dubois de Chémant, dentiste, qui avait travaillé avec Duchâteau, reprit les recherches pour son compte et, après des années d'essais, se dia à la Maison Ash, qui fit les premières dents séparées en porcelaine. C’est à cette époque qu'apparaissent les premiers dentiers en métaux précieux et à dents de porcelaine. Les ivoires naturels sont peu à peu abandonnés. D’autres découvertes appliquées à l’art dentaire viennent ensuite révolutionner la technique de la prothèse : ce sont celles de la gutta-percha (1852), de la vulcanite (1854), du celluloïd (1868), qui, tour à tour, eurent leurs partisans fervents et d’acharnés détracteurs.
Ce n’est guère que vers la dernière partie du XIXme siècle que l’on en vient à une conception plus rationnelle de la prothèse. Les chercheurs entreprennent l’étude des problèmes buccodentaires, mécanisme des mouvements de mastication, chimisme buccal, etc. D'autre part, toutes les substances utilisées pour la confection des appareils prothétiques sont éprouvées au point de vue de leur résistance tant chimique que physique.
Mais il n’est en somme pas de substance qui ait pu jusqu’à présent réunir les qualités d’un produit pour base et pour gencive artificielle à la fois. Des recherches sont actuellement dirigées dans ce but; des produits nouveaux ont été brevetés sous des noms de fantaisie, entre autres le Dentolith et l'Hékolith.
Ces substances appartiennent à la famille des matières plastiques artificielles, que nous nous proposons d'étudier au cours de ce travail ; nous les passerons successivement en revue afin de situer le Dentolith. Cette étude nous permettra de signaler certains produits susceptibles d'être utilisés en prothèse dans un avenir prochain (résines synthétiques).
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L'emploi de ces substances en art dentaire fait penser aux expériences faites autrefois avec le celluloïd (1868). Quoique apparentés à ce dernier par leur nature chimique, ces produits sont le fruit des progrès considérables réalisés récemment par la chimie dans ce domaine. La plupart d’entre eux trouvent hors de notre spécialité des applications nombreuses (objets divers, tels que : boutons, manches de couteaux, de cannes ; revêtements de protection, etc.). Ils sont aussi notamment utilisés sur une vaste échelle dans l’industrie électrique comme substances diélectriques, et il est intéressant de remarquer que l’on exige d’eux, dans cet emploi, des qualités souvent identiques à celles qui sont indispensables dans notre domaine : forte résistance mécanique, poids spécifique faible, impénétrabilité et inaltérabilité à l’eau et aux agents chimiques qui peuvent s’y trouver en solution. Is doivent de plus pouvoir se mouler sur des objets de formes variées à des températures relativement basses. Ils possèdent d'ailleurs une facilité de coloration qui les rend propices à l’usage buccal.
” Nous avons expérimenté l’une de ces substances, le Dentolith. :) |
Nous décrirons brièvement le mode d’emploi de cette substance et ferons part des épreuves physiques et chimiques qui lui ont été imposées, ainsi que de nos applications cliniques.
Il est évident, toutefois, que la valeur clinique réelle ne pourra être établie de façon définitive qu’à la suite d'observations nombreuses et après quelques années d'usage.
1) L'étude de l'Hekolith a fait l'objet de la thèse de notre confrère, M. le Dr R. BRUNSCHWIG : « Contribution à l'étude des matières destinées à la confection des gencives artificielles et spécialement de
l'Hekolith.» Genève, 1928. :
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C’est en voulant imiter celles de ces matières qui existent dans la nature, telles que : ongle, corne, écaille, ivoire, soie, etc. que les chimistes ont été amenés à la découverte des matières plastiques artificielles. Leur but était de donner au produit artificiel l'aspect de celui de la nature, en lui assurant des propriétés physiques et chimiques de même valeur.
Toutes les matières plastiques naturelles ou artificielles sont de nature colloïdale ; ainsi s'explique l'identité de leurs principales propriétés. C’est cette mature colloïdale qui différencie nettement les matières plastiques des matières cristalloïdes, en donnant aux premières ce pouvoir plastique que ne possèdent pas les matières cristalloïdes. En effet, ces dernières sont relativement fragiles et se cassent brusquement sous un choc violent ; leur allongement avant rupture est faible : l’acier et le verre en sont des exemples.
Les propriétés d’élasticité des substances plastiques sont au contraire très grandes ; leur allongement avant rupture est souvent considérable et beaucoup d’entre elles ne sont pourtant pas molles à la température normale. La meilleure preuve en est donnée par notre substance osseuse : c’est le colloïde osséine qui donne au squelette animal la résistance et l’élasticité dont il fait preuve. [Il en est de même pour de nombreux organes de défense dans toute la série animale : ongles, griffes, cornes, qui, Sans un soutien colloïdal, seraient d’une extrême fragilité.
CLEMENT et RIVIERE définissent ainsi la matière plastique : solide à la température mormale, mais susceptible de s’allonger à la traction ; en somme rigide et é astique à dla fois ; à des températures plus élevées, variables pour chacune d'elles, ces matières plastiques acquièrent un état physique nouveau les rendant aptes au moulage.
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