‹ Les matinées littérairesChapitre 53 sur 56 · MIRÈIO · texte numérisé non relu

MIRÈIO

et des Madragues , laboureurs des vallées alpines , portefaix, ouvriers, hommes des ports et de la ville, marins, paysans. Provençaux de toutes les contrées et de tous les. états ; réjpmss^ei^vou^ aussi, vieilles capitales, Arles rimpériale, Avignon la papale, Aix la savante, Marseille l'industrieuse, Toulon la guerrière, Saint-Remy, Draguignan, Saint-Tropez, Tarascon, un poète vous est né !

Que chanterai? Les amours, d'ijia vannier et d'une paysanne. Se peut-il que vous n'ayez pas entendu parler de Mireille? On voit bien que vous n'êtes pas de la Grau, ni des plaines de la Camargue, ni des environs de Saint-Remy et de Saint-Ghamias; iusq^a'au fond des terres baussenques, il n'est question qiie de 1^ jeune fern?ière àp. mas des Falajjreguiers^ de Mireille la brune et la jolie , éçlose. comme une rose au gai spleil de Provence. Son visage frais et içgéi^ était orné de deux fossettes , de deux foss^ettes à fleur de joue ; ses, yeux étaient doux comme de& rayoAS d'ér toile, de$ tresses noires s'échappçiient de sa cljievelure, et sa poitrine arrondie semblait une pêche doubl,e sur le point de mû^'ir. Quçl âge avait squ amoureux Vincent? Seize ans, coipn?e, elle. C'était yn beau garçon, et bien découplé, iip. peu noir de peau, mais de terre, noire bon froment ^ et de raisin noir vin q.ui réchauffe, çpm.m^ ^ii le pijoverbe. Ç allait de ferme en ferme , raccommodant et vendant des paniers, çhassai^t la verte çantharide au ten^ps où les oliviers son,t en fleur , cueilUtit le kermès rouge, ou, battajit l'eau des marais, U péchait la sangsue ÇoUée à sa jambe, et du produit de ces diverses in;:

PAR FR^mO MISTRAL. Ml

dustries il nourrissait soa tieux pè?ed( s% je^ne sœur.

Comment Tamour vint-il à Vincent et à Mireille ? C'était un beaums^tin de mai, au temps où les vers à soie filent Içm* lixiçeul d/o^, o\^ les jeunes fîUçs. cueillent la feuille des mt(ûriei?&; Xw^t ^ li^i^eille travaillaient ensemble; en mettant dans le sac la feuille tiumide de sQUée, la 9^2^ ¥lwc]^ <^t ^ i^^ia ^ne se tcywhèjf eçit , les jot^e* rwgi^^t,, les^ »eg9ffd^ ^ pen^^^^tféF^t» ^ à pariûr dec^ jo^rJè^, ^eiUe a^i^ Vincent. U l\ji\ ^init de^ <ilem^i^^euvs (^ ifii^ h^ poiut^ de la çonti^e : w bi^geF. ^'Eatressiçj^ un g^de^r d^ oavale^ rivera du R1^9e çajD;iargi^iSy. }\u ^ouyie^ de$ pâMwages du S^^iiyage» tQiUS le$,tPQ^ ricbes,.iQuufi| et beaiuc; etle les fetgsa» ne viOiu^t po^* b^Â qi99 sou vaiKuûer^ UeLs Yince^t a'a pasi I9 çpv, e| li^tF^ Bamon, le père de M^inreiUe^ compte parj^i^i lç§ ^Im §ro& feirmiecjs de la Cr^u. Itooner ^ ôll^.^ Ma va-Q.i^ ^jeds oajiQine oe. THceom^oà^nr 4^ ço^l^e^lj!^ I 1^ p^tuvce ei^nt 9. beau lui aire q^'^Ufi, en mourez s'U ne veut poin^ j çonsie^tij^, qu'elle, çn, meiare. !;

A Textré^iité çLe l'île de Camargue. s!ôlèvent leyilT lage et Téglise des Saintes-Martes. C'est là qu*§J^)0f dèr rent, sejloji i^. ^^ditix^Oj^ î^;çie-:Ma4eIeinç la pécheresse,. l^a^•ie-JS?ipobé, JffèT:^4^ si^t^a^q^es le lijUneuF-; Mai;lQ-Sak?a^, m^re ^, saint Jac(pc{s, le Ilfojei^ et de saiott J^a» VÉw^g^liste; l^t^iQ, La^ax^, ^immin,. '^vQffl^fiB^ et Saturnin, çhassi^ <J^ la JTudjée après la mocl dju, Çl^ist ot, livxé^ à la m^çi de^ ilpjl,s sur vi\ ç^viiî^ dj^sftmpajé, s.'il, çn fjifut croire l'ancien cajçitique cjftns leqwJ, Icéi iwfe parlçi^ m^i aw çl^ér

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Âllea sans roile et sans cordage.

Sans mAt» sans ancre, sans timon i Sans aliments , sans ayiron , ^ Allez faire un triste naufrage !

Betirez-Yous d'ici, laissez-nous en repos; Allez crerer parmi les flots.

Pendant que tout dort au mas, Mireille, que le sommeil fiiit, se lève et s'habille ; d'abord elle met un rouge cotillon qu'elle-même a piqué de frais carreaux de broderie; sur ce jupon un autre; puis elle serre autour de sa taille une casaque de soie noire : d'une dentelle fine ses cheireux une fois enveloppés, elle les ceint d'un large ruban bleu fixé par une épingle d'or; elle noue son tablier, croise son fichu de mousseline sur son sein et la voilà dans la campagne, n'ayant rien oublié que son chapeau à larges bords, son grand chapeau de Provençale. Oit va-t-elle ainsi à l'heure où les étoiles brillent encore au ciel? Ëllp se rend à l'église des Trois-Maries pour implorer les saintes. Malheureux pèlerinage dont Mireille ne revient pas; elle tombe sur le sable frappée d'un coup de soleil.

Telle est la donnée du poème ; on voit qu'il était difficile d'en choisir une plus simple. Cette simplicité même ajoute beaucoup au mérite de l'auteur, quia su faire tenir dans un cadre étroit non-seulement l'histoire de deux amants, mais encore celle de tout un peuple. La Provence avec ses mœurs, ses fêtes, ses légendes, revit dans les chants du poète. Brizeux, dans son poème les Bretons^ a tenté pour son pays ce que Frédéric Mistral vient de faire pour le sien. Quand il

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