PAR FRÉDÉRIC MISTRAL
a Amis, je suis la muse provençale et j-aceours i^ vos vers; la voix de Mireille m'a rappelée sur cette terre où brilla en tout temps la fleur de poésie, où ses parfums adoucirent et calmèrent la féodalité ba^: bare , où naquit la gaie science au souffle des brises d'Orient. Quand le reste de la France était plongé dans la noire mélancolie du moyen âge, Técho mér lodieux des chansons de SéviUe , de Gr^ade, de TOr iède venait de côte en côte expirer sur mes pl^g^s où je prêtais 1-oreille pour le recueillir. Les chevaliers arabes étaient les bienvenus çlaus mes cours brillantes, car pendant soixante ans la Provence ^t TEspagùe eurent les méme$ souverains; ils me chaur taient leurs ghazels et leur^ cassides, et je les redir sais ensuite à mes troubadours.
» Hardis sirventes, tensons brôlanles et tendres, je me suis troip bercée à vojs mélodies passagères. Le cœur qui bondit, l'esprit qui raille, l'imagination qui brode, trop longtemps j'ai cru que cela seulement é^it la poésiie; j'ai pris l'éclair pour le soleil, la nue qui (U)urt dans le ciel pour le ciel l^i-méme; aussi j'ai des poêles par centaiqçs et pas ua poésie. Ce sont lesi nations qui font les poèmes ; bêlas l la Pro,vencçin'a jamais été une nalipn ; Grecs, Italieii^s, Sarrasins ont tour à tour passé sur ^çi^ sol fertile eu républiques^ et, de tant de petits peuples, un gran^ peuple u 'a pas pu sortir, non pJ|ms que de ^ut d'bomtues de talent et presque ^ génie, uu seul gr^ud hom^Le. Diante > en écrivant sa Bivine amédi$
4aus la langue d^s troubadours , qu'il parla , a^m é^uis^ leur I^(|ér4.turç; ms^is^, ^p^ôs «^vçir, hési^^
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un moment, il aima mieux, pour son poômenou* veau, inventer une langue nouvelle.
» Depuis ce moment, pauvre muse provençale, je n'ai fait que souffrir. Trois fois les barons du Nord sont venus et m'ont foulée aux pieds dans leur haine sauvage ; Dominique et Montfort m'ont cruellement torturée; les fers de Tinquisition ont meurtri mes bras et mon sein. Les prêtres et les routiers ont brûlé mes poèmes; on a exterminé mes Vaudois et mes Albigeois, qui priaient Dieu en langue provençale, et la Provence n'a pas eu de Gid pour recommencer la guerre, aucun de ses héros n'avait survécu au grand carnage du Midi. Amère souvenance I un de mes fils conduisait la sanglante croisade, Folquet présidait aux exécutions, un troubadour tuait la poésie des troubadours. »
Après un soupir, la Provence reprit :
<f On me mena à la conquête de Naples, et, sous son ciel doux et perfide, je perdis ce qui me restait de vigueur. Qu'avais-je à chanter, lorsque la papauté voyageuse vint bâtir sur les bords de mon Rhône son éphémère Vatican? les crimes de la royauté napolitaine et les scandales de la cour papale. La Provence s'assoupit sous les ailes d'une papauté cupide et impuissante. Cependant un secret espoir me soutenait encore. Un jeune homme errait pensif sur les bords de mes sorgues fleuries ; à l'ombre de mes platanes, son cœur s'était ouvert à l'amour et à la poésie. Cet idéal que j'offris un jour à sa vue dans la personne de Laure, j'espérais qu'il le célébrerait dans la langue de Laure elle-même. L'ingrat aima mieux la chanter
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dans nue langue étrangère. L'Italie, qui m'aTait déjà pris les rimes de Dante , m'enleva les sonnets de Pétrarque. Ce fut le dernier coup. J'allais mourir lorsque l'insouciant et vieux René légua la Provence à son cousin le roi de France. Au souffle de ma nouvelle patrie, je me sentis renaître ; à elle je me donnai tout entière. Chez elle je trouvai d'autres sœurs; d'au* ires encore vinrent à leur tour nous rejoindre, el maintenant, la main dans la main, Normandie, 'Bretagne, Picardie, Auvergne, Gascogne, Flandre, Provence, mêlées et confondues, nous formons c6 chœur de nationalités qui s'appelle la France.
« De nos génies variés s'est formé le génie français, de notre diversité naît son unité puissante; nous avons toutes contribué à la fonder, et chacune de nous est jalouse de la maintenir. Ne sentez-vous pas que la Provence par le génie des orateurs, des poètes, des écrivains de tous les genres qu'elle n'a cessé de donner à la France revit aussi forte et aussi belle que par vos vers. Dans un siècle à peine personne ne les comprendra plus.Ghantez pourtant, ô poètes I chantez, je vous écouterai, si, gardant à la France vos meilleures inspirations, vous vous contentez de donner un souvenir au passé qui ne peut plus revivre ; alors cachée comme aujourd'hui dans le feuillage, la muse de la Provence heureuse entendra vos chansons en silence, et répandra les fleurs de sa couronne sur vos fronts. » Une pluie de cassies tomba sur les poètes; ils cherchèrent en vain la muse: elle avait disparu. L'air resta longtemps embaumé, et léchant des oiseaux parut plus doux dans la charmille.
^7$ HIRÉIO> r^m FBÉDâftlC mSTRAL.
Les sceptiques ne YOudroQl pas croire k ceU^ appa-^ rition, quoique nous yIviods dans un temps fertileea mûracles; pour moi, j y crois fermement, et )e soit; tout à iait de l'avis delà muse provençale: il gérait fàckeuz qu'un poète comme Frédéric Misical {ftt perdu pour la France. aQua vôulez-voqs? me répondil, on est poète comme on peut ; Tinspiratiofi me vient en pix>venQal, en français die me fuit. N'est-ce donc rien d'ailleurs que d'être chanté p^r tai;it de braves gensqu\ ne ccun prennent pA$ uQP^oUux plus beaux vers de la tangue française. ?> Ç'^est l^ n^ion Iqt et je m'en contente. Le priat^pç ^ déjà rép^^pdq sur nos coUines sa corbeiUe pleine de lleurs, \a fraise rougit dans nos jardiA$, 4a9squeiqfiçs jours la %ue^ fleur paraîtra sur ^^ branche, et la grappe m^^lalé-. 9epque seca formée ; n'fitlendez pas qu'^ri^iyept les cigales; avant les ardeur$ de. Ij'^té vene? visiter ce çi^érGX de la Provence ; Arles, S^it^t-Rçmjj Montmayaor, les Qam(. You§ vcurre^^ qo/W p^^ut être ^pçore poi3te e{\prQven^a).Vou^ vous plaignez queimaMiceilie çpit <n(>rte ; prenons 1^ h^to^ e\ (a guôtr^ dç çui.r,
aUoA^ m Qrau; i^ je y^m *9.d^?WV P^^is 4'hû^ autre Mireille, v
Au çevoU* (^qc, poôt^ Mî^al ^ \^i^^^ Y^A^i? \à pre-r pi^e qwnzaiine dç, i^j Qt nous; ^ç^s^ ^evci^ro^ en
f^rw^nçe.
Fllf.