LA MORT OK BOSSU ET
« servi à Tautel à sa personne, et que j'avais aussi a gardé une robe à dentelles avec sa suite et un pe- « tit ornement pour la messe complet, le tout venant tt de la chapelle de madame la Dauphine, et qui était « aussi l'ornement dont je me servais à Germiny pour « la messe. »
Ces deux prêtres, se partageant froidement la garderobe de Bossuet, complètent le tableau que nous avons essayé de retracer au moyen de citations empruntées au journal de Tabbé Le Dieu. Cette mosaïque nous semble présenter un ensemble saisissant et instructif. Déjà le journal de Fléchier nous a permis de juger combien ce dix-septième siècle, qu'on nous présente comme si grand en toutes choses, et qui parfois nous parait tel de loin, devient petit quand on le regarde de près. Le journal de Tabbé Le Dieu rend la démonstration encore plus évidente. A. ceux qui nous parleront de la reconnaissance de Louis XIV pour les grands hommes qui honorèrent son règne , nous montrerons Bossuet malade, chassé de la cour par les mots cruels de madame de Maintenon, et sa vieillesse contristée par le refus obstiné d'une faveur dont le roi ne s'était jamais montré avare qu'envers lui, '
« M. de Meaux a eu la volonté de faire son neveu « évoque à sa place ; si c'est une action digne d'un « si grand homme, d'autres l'examineront et le déci- « deront, ajoute Le Dieu, mais il dut être fort mor- <( tiûé d'un tel refus. Il est aussi certain qu'il a lui- « même présenté au roi son mémoire écrit de sa u main soutenant les raisons pour lesquelles il de-
(( mandait de mettre son neveu à sa place , et que le « roi ne lui répondit autre chose sinon qu'il le verrait, » et que cela demandait réflexion. » On vante souvent aussi le respect que chacun témoignait à cette époque pour les devoirs de la faucille. « Mercredi à « l'ordinaire. Notre abbé est déjà allé souper en ville « avec M. et madame Bossuet, disant bien à M* de (( Meaux que cela né lui arriverait plus ou bien rare- « ment : c'était chez M. Leconil, le maître des requé- « tes, qui ne méritait pas assurément de le détour- « ner de la compagnie de M. de Meaux. » Nous trouverions dans le journal de Le Dieu dix autres citations du môme genre qui nous feraient voir les neveux et nièces de fiossuet préférant , au devoir de se réunir autour de son lit de souffrance et d'adoucir par les affections de la famille ses dernières et douloureuses veilles, le plaisir de souper chez un maître des requêtes.
Rien n'est triste comme ce tableau de la mort de Bossuet ; on n'y voit pas couler une larme. Partout éclate la sécheresse de cœur de cette société pétrifiée. Ces dettes criardes qu'on ne veut pas payer, ces scellés mis à la hâte pour frustrer les créanciers, cette joie de l'abbé Bossuet quand il tient son abbaye; le grand Bossuet lui-môme oubliant dans son testament de laisser un souvenir à ses amis, une aumône à ses pauvres, tout cela étonneet afflige. Cet ornement blanc que l'abbé Bossuet se décide à donner aux chanoines pour faire excuser les lacunes du testament de son oncle, les plaintes de Le Dieu ne voyant dans les funérailles de l'illustre évoque que la faute d'avoir em*