LA MORT OB BOSSUET. 8K
Louis XIV n'a pas jugé à propos de témoigner d'une façon plus éclatante les regrets qu'aurait dû lui inspirer la perte d'un prélat qui eut une si grande part à quelques-uns des événements les plus importants de sa vie intime, et qui parut môme un moment régner sur sa conscience. Il faut nous contenter de M. Secousse, du maître des requêtes la Briffe » du père Perrin, de M. Gaucher, de M. Favart de Navarre, des deux Languet, des compagnies, Télection, le pré* sidial , le grenier à sel , avec le corps de ville de la cité de Meaux pour rehausser la majesté du spectacle. C'est Tabbé Le Dieu qui remplit les fonctions de maître des cérémonies, et il ne nous fait grâce d'aucun détail : a Trois chanoines inférieurs en ordre, conduits a par le crieur avec les inclinations convenables au « mausolée , aux compagnies , aux prélats, à l'autel « et au pontife, et au deuil en retournant du côté de a la gauche, apportèrent le cierge garni d'armoiries « et de six demi-louis d'or, le pain et le vin. Le pain <c était un pain de six livres à l'ordinaire ; mal : il a aurait mieux valu prendre un petit pain blanc fait c( exprès. Le flacon de la sacristie servit à présenter u le vin; mal aussi : dans une si grande cérémonie, u il aurait fallu prendre un pot de vermeil que le « crieur avait apporté. La messe se continua ainsi tt jusqu'à la fin à l'ordinaire. »
Qui s'imaginerait aujourd'hui que les obsèques d'un homme tel que Bossuet dussent donner matière à des festins ?
« Au retour à l'évôché, il y avait dans la grande « salle d'eu haut deux grandes tables de quinze cou^
(( verts chacune, servies magnifiquement pour les « prélats, les abbés, les chefs du chapitre et les com- « pagnies de Meauz; et une troisième encore de « quinze couverts où étaient les docteurs de Navarre, « le père Roncelet, jésuite, et la plupart de ceux qui « avaient servi autour des évoques, et cette table fut « aussi proprement servie que les autres, et Von y buvait d'aussi bon vin.
« Il y eut encore le soir une chère magnifique pour « M. révoque de Troyes, madame de la Briffe, douai- « rière, et les abbés qui étaient demeurés. La plu- (( part s'en allèrent à Paris ce jeudi 24 du matin. « M. de Troyes, resté, m'a fait beaucoup d*amitiés, « et madame de la Briffe qui demande à voir mes <c Mémoires. A dîner, il y eut une aussi grande chère « qu'hier. Les faisandeaux et lés perdreaux élevés « dans le parc de Germiny ont fort orné les tables ces « deux jours-ci. »
Maintenant une dernière citation :
« Ce soir 31 août 1704, j'ai remis à M. Tabbé Bos- « suet, à Paris, tout le linge d'église servant è la per- « sonne de feu monseigneur l'évoque de Meaux , et « son grand habit de chœur d'hiver. Cet abbé a tout « pris, disant : Voyez s'il y a quelque chose à votre « usage. Je lui montrai les surplis des aumôniers, c( et je lui en demandai un seulement, d'une dentelle « basse, autrefois fait pour moi, qu'il m'a abandonné. « Je lui montrai aussi les aubes du commun, et il me (( dit encore : Prenez ce qui vous accommode. Et « je lui dis que j'avais gardé à Meaux Taube unie de « feu M. de Meaux pour avoir quelque chose qui eût