‹ Les mauvais bergers; pièce en cinq actesChapitre 12 sur 106 · ACTE I, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VI

Geneviève, avec un léger mouvement de recul

Elle n'est pas trop changée, au moins?... pas trop effrayante?... Parce que, moi, je ne peux pas voir de choses trop effrayantes...

LOUIS THIEUX

Oh! elle est calme!... elle a presque l'air de dormir!... Elle sera heureuse de vous voir une dernière fois...

GENEVIÈVE

Comment, une dernière fois?... Mais je reviendrai... e reviendrai tous les jours... Vous verrez que nous la guérirons... (Apercevant les enfants.) Et ces amours de bébés qui dorment... sont-ils gentils?... Et Madeleine?...

LOUIS THIEUX

Elle est auprès de sa mère...

GENEVIÈVE

Quelle brave fille! Pourquoi ne vient-elle jamais me voir?... Vous lui direz quelle vienne souvent!...

LOUIS THIEUX

Elle est un peu sauvage.

GENEVIÈVE

Je l'apprivoiserai!... Je l'aime beaucoup... Dites-lui que je l'aime beaucoup!... Ah! cette pauvre Clémence!... (Elle examine distraitement, sur la table, les travaux de couture, laissés par Madeleine.) Vous vous souvenez, quand elle venait poser... Elle avait une tête si belle, si triste! Une vraie Mater Dolorosa... Comme c'est émouvant, tout cela, aujourd'hui !... (Allant vers Thieux.) Je vous ferai un dessin, un grand dessin de Clémence. (Robert manifeste par quelques

gestes d'impatience, la gêne où le mettent les paroles de

Geneviève.)

é LOUIS THIEUX

Oh! mademoiselle.

GENEVIÈVE

Si. ..si. ..un grand dessin!... Menez-moi près d'elle... Je veux lavoir... Quel malheur!... De si braves gens, et depuis si longtemps ici!...

LOUIS THIEUX

Depuis vingt-sept ans, mademoiselle !

GENEVIÈVE

Vingt-sepl ans!... Pensez donc!... Est-ce admirable!... (Montrant le panier.) Il y a aussi des bonbons pour les mioches et un corsage pour Madeleine!... (Allant vers la porte, accompagnée de Louis Thieux.) Quelle peine cela va me faire!... (Geneviève et Louis Ihieux entrent dans la chambre.)

(Pendant toute cette scène, Jean est resté assis, regardant Geneviève avec haine, quelquefois, et Robert avec une curiosité persistante... Une fois seul avec lui, il se lève, remet sa casquette et se dirige lentement vers la porte, affectant de ne pas regarder Robert. La porte ouverte, on aperçoit toujours les usines enveloppées de flammes, de fumées et de bruits.)

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