ACTE II, SCÈNE III
retourne contre le chevalet.) Ah!... tu vois?... Non... non... je ne veux pas... Tu te moquerais de moi, encore... (A la mère Cathiard.) Eh bien?... Et le panier d'oranges?... (Lamère Cathiard fait un geste qui signifie qu'elle a oublié et va chercher le panier d'oranges dans un cabinet, au fond de la pièce.)
Ma chère Geneviève... tes amis m'irritent!... Ils me font du mal ! ... J'ai cru que je ne pourrais pas attendre la fin du déjeuner... Et si, tout à l'heure, je ne m'étais sauvé du billard où ils boivent le café, en parlant des femmes, de l'immortalité de l'âme, du socialisme du pape, de chasse et de chevaux... je crois que j'aurais éclaté !... Il se passe ici des choses terribles... et voilà de quoi ils se préoccupent!... Comment mon père peut-il vivre avec d'aussi sinistres imbéciles?...
GENEVIÈVE
Toi, d'abord, tu trouves tout le monde bête!... Mais tu sais qu'avant de s'en aller, ils reviendront ici?...
ROBERT
Ah ! ici, ils vont parler d'art... car ils ont également des idées sur l'art!... Ils ne seront plus odieux, ils ne seront que comiques!... Et leur comique me réconforte... il me donne un peu plus de fierté de moimême. {La mère Cathiard revient avec le panier d'oranges.)
GENEVIÈVE
Eh bien... prends un livre... lis... et tais-loi!... (A lamère Cathiard.) A nous deux, maintenant!... (Robert s'assied sur un divan... Geneviève s'assied en face du chevalet quelle met au point... A Robert.) Eh bien, lis-tu?
robert, moitié sérieux, moitié railleur.
C'est dans ton âme que je lis!...
GENEVIÈVE
Que tu es énervant!... (Silence... La mère Cathiard h pris la pose. Geneviève compare le modèle et la toile, avec de petits hochements de tête.) Ça n'est pus tout à l'ait cela... La tôle un peu plus à gauche, un peu plus penchée... encore... Ah! bien... très bien !... Ne bougez pas !... (Elle se lève, arrange quelques plis de la robe, et regarde l'effet... Avec des gestes de peintre.) Estelle belle !... quel accent!... quel dessin !... Quel... (Elle achève la phrase dans un geste. Puis elle se met à peindre.,. Silence.) Oh! ces tons de vieil ivoire!... Ce visage creusé... cedécharnement !... C'est exaltant !... (Silence; au bout de quelques secondes, Geneviève fronce le sourcil, pose la palette sur ses genoux, devient plus attentive et grav . Mais non, ce n'esl pas cela du tout... Je ne sais pas ce qu'il y a aujourd'hui... Je ne retrouve plus l'expression... Mère Cathiard, vous n'avez plus l'expression... Votre figure esl dure el méchantd aujourd'hui... (Jeu de physionomie de lanière Cathiard.) Mais non... mais non... ce n'est pas cela... Vous n'êtes plus du tout dans le sentiment!... Prenez une physionomie triste... très tristel... Vous n'êtes pas méchante... vous êtes très tristel... Rappelez-vous ce que je vous ai dit... Faites comme si vous aviez beaucoup de misères .. beaucoup de chagrin... faites comme vi vous pleuriezl... (La physionomie de la unir Cathiard prend une expression sinistre. Elle dirige sur Geneviève comme des regards de louve. Robert qui a suivi toute cette scène, se lève du divan.) as... vous ne me comprenez pas?... (Avec un peu uience.] Comme si vous pleuriezl... Ça n'est pourtant pas difficile!... (L'intensité du regard de la vieille et *a fixité deviennent tellement gênantes que