SCÈNE V
HARGAND, ROBERT, JEAN ROULE, LOUIS THIEUX, trois autres délégués.
fis entrent lentement, la casquette à la main, Jean Roule, le premier, sombre mais très calme, suivi de Louis
Thieux, courbé, un peu blanchi, embarrassé et gauche. Ils se rangent devant le bureau d'Hargand, intimidés par la richesse sévère de la pièce. Louis Thieux a les yeux fixés sur le tapis, les autres tournent leurs casquettes dans leurs mains, à l'exception de Jean Roule, qui, très droit, le poing gauche sur la hanche, reste libre et hautain, sans provocation. Hargand ria pas bougé. Le corps, légèrement incliné en arrière, le coude appuyé au bras du fauteuil, et le menton dans sa main, on voit qu'il se compose un visage, saiis expression, d'une immobilité glacée. Robert, qui, au moment de l'entrée des délégués, a échangé un regard rapide avec Jean Roule, s'efface maintenant, dans un coin de la pièce. Silence gênant.
hargand, d'une voix brève.
Eh bien... je vous écoute!
jean roule, un peu solennel.
Nous venons ici, pour la paix de notre conscience... [Un temps.) Si vous repoussez les propositions, qu'au nom de cinq mille ouvriers, je suis, pour la dernière fois, chargé de vous transmettre... je n'ai pas besoin de vous déclarer que nous sommes prêts à toutes les résistances. Ce ne sont point les régiments que vous appelez à votre secours, ni la famine que vous déchaînez contre nous, qui nous font peur !... Ces propositions sont raisonnables et justes... A vous de voir si vous préférez la guerre... {Un temps.) Je vous prie de remarquer en outre que, si nous avons éliminé de notre programme, certaines revendications, nous ne les abandonnons pas... nouslcsajournons... {Avec une grande hauteur.) C'est notre plaisir!... {Un temps. Hargand est de marbre, pas un pli de son visage ne bouge. Jean prend dans la poche de sa cotte, un papier qu'il consulte de temps en temps.) Premièrement...