ACTE III, SCENE VIII
MAIGRET
Qu'est-ce qui est de votre faute?...
J'ai perdu la tête... oui, c'a été comme un coup de folie... Je les ai chassés, tous!...
Voyons... voyons!...
HARGAND
Ah! je ne sais pas... je ne sais plus rien!... Pourquoi ai-je fait cela?... Maigret?... [Il lui prend la main.)
MAIGRET
Monsieur Hargand !...
HARGAND
Je suis sans.forces, maintenant... sans courage... Je suis frappé là... (77 met sa main avec celle de Maigret sur son cœur.) là!... Ilsm'ont pris mon fils, comprenezvous?... Et c'est de ma faute !... Je n'ai pas su l'émouvoir... je l'ai trop tenté!... Et puisqu'ils m'ont pris mon fils... eh bien! qu'ils prennent l'usine !... qu'ils prennent tout!... tout... tout!... Je leur abandonne tout...
MAIGRET
Ce n'est pas vous qui parlez?... vous ne pouvez pas parler ainsi!...
HARGAND
Si... si... Maigret... c'est moi, hélas I... c'est bien moi!...
MAIGRET
Allons doncl
Et puis... (Avec plus d'efforts.) je croyais avoir été un brave homme... avoir fait du bien autour de moi... avoir vécu, toujours, d'un travail acharné, utile et sans tache... Cette fortune dont j'avais l'orgueil — un sot orgueil, Maigret — parce qu'elle était un aliment à ma fièvre de production, et qu'il me semblait aussi que je la répandais, avec justice, sur les autres... oui, cette fortune, je croyais n'en avoir pas mésusé... l'avoir gagnée... méritée... qu'elle était à moi... quelque chose enfin, sorti de mon cerveau... une propriété de mon intelligence... une création de ma volonté...
MAIGRET
Alors!... ça n'est plus ça, maintenant?... hargand, avec découragement.
Il paraît!...
MAIGRET
Je rêve, ma parole!... Ces gens-là vous ont donc tourné la tête?... Ah! c'est trop fort!
HARGAND
Ils ne m'ont demandé que des choses justes, après toutl...
maigret, hochant la tête.
Des choses justes!... Jean Roule!... ça m'étonnerait!...
HARGAND
Ils veulent vivre!... ça n'est pourtant pas un crime!...
MAIGRET
Ah ! vous voilà repris de vos scrupules ! Vraiment ça n'est pas l'heure, monsieur!... Rappelez votre sang-