ACTE IV, SCÈNE I
MADELEINE
Comme elles sont brûlantes, tes mains !.. {Un silence). Tu souffres... de la faim?
jean, secouant la tête.
Je souffre de n'avoir plus confiance. Ils m'échappent de plus en plus, ma chère Madeleine... Les uns sont las de lutter... les autres se croient trahis... parce que je les ai voulus des hommes!... C'est toujours la même chose!... Si nous n'avions pas reçu de Belgique, cet argent qui leur a permis de manger un peu, depuis deux jours, ils auraient déjà tout lâché!... Ton père, lui-même !...
MADELEINE
Oh ! le père est malade ! . . . C'est trop d'émotion pour lui!... Depuis votre entrevue avec Hargand, à peine s'il sait ce qu'il dit!... Il n'a plus sa raison.
JEAN
Sa pensée est au château, avec le maître!... Il s'est repris à sa servitude... Les autres aussi, va!... Et puis, quand le soupçon est entré dans l'esprit des foules... c'est fini!...
MADELEINE
On exploite leur faiblesse et leur ignorance... C'est naturel... et tu devais t'y attendre!... Mais tu peux les reconquérir!...
jean, secouant la tête.
Ils ne savent pas ce que c'est que le sacrifice... Ils s'effarent devant la faim... et tremblent devant la mort!...
madeleine
Il faut leur apprendre à supporter l'une... à braver l'autre!...
JEAN
Et comment?... Je m'y épuise en va.n...
MADELEINE
Par la douceur... et par la bonté!...
JEAN
Ils diront que je suis lâche!...
MADELEINE
Est-ce à coups de fouet que Jésus soulevait les hommes? [Jean fait un geste de découragement.) Ce sont les mêmes hommes... Rien n'a changé!... [Elle appuie ses mains tendrement à V épaule de Jean.) Sois doux et sois bon... ne t'emporte pas... Et dis-leur des choses simples... des choses qu'ils puissent comprendre!... Sous la dure enveloppe de leur corps, ce sont de pauvres petites âmes que tout effarouche... Ne les heurte pas par la violence... Aime-les... même s'ils t'insultent ! . . . Pardonne-leur. . . même s'ils te frappent ! . . Sois avec eux, comme avec de pauvres malades ou des petits enfants!...
JEAN
Oh! Madeleine!... Quel cœur est le tienl... Et comme je me sens petit... petit, devant toi!...
MADELEINE
Ne dis pas cela!... Mais que serais-je sans toi? Te souviens-tu comme j'étais faillie et timide... et comme il faisail nuit dans mon âme?... Tu es venu!... Et tout ce qui dormait en moi... s'est réveillé... tout ce qui était onscur en moi... s'est illuminé!... Et c'est de ta lumière... de ta lumière, mon bien-aimé, que je suis faite, aujourd'hui !...