‹ Les mauvais bergers; pièce en cinq actesChapitre 73 sur 106 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

JEAN

Aujourd'hui!... c'est toi qui me soutiens, Madeleine... toi qui redresses mon courage... quand il chancelle... toi qui, de mes défaillances, fais sans cesse un renouveau de force et de foi... C'est dans tes yeux... dans le ciel profond de tes yeux que je vois l'étoile future... et se lever, enfin, l'aube de la luire suprême délivrance!... Et j'avais deviné, et j'avais vu tout cela, tout cela, dans tes larmes!

MADELEINE

Souviens- toi, quand je pleurais!... [Elle appuie sa tête contre la poitrine de Jean.) Rien qu'un seul de tes regards séchait aussitôt mes yeux!... Et, à ta voix qui me parlait... c'était, mon Jean, comme des palais... des palais où les pauvres étaient vêtus d'or... où je voyais passer toutes mes détresses en longues traînes brillantes... ailées aussi, belles et légères comme des fleurs!... Oh! tu ne peux pas savoir les miracles de ta présence!... Et comment, rien que d'être là, près de nous, tu changeais en un royaume éblouissant... notre maison si misérable et si noire!...

JEAN

Madeleine!... Madeleine!... J'avais vu tout cela dans tes larmes !

MADELEINE

Et mes petits frères!... Souviens-toi, quand ils pleuraient!... Tu les prenais sur tes genoux, tu les berçais, tu leur disais des choses si douces!... Et ils te souriaient, et ils s'endormaient, apaisés, heureux, dans tes bras!... [Jean enlace Madeleine.) Eh! bien... fais pour ceux qui vont venir ici... tout à l'heure... ce que tu faisais pour mes petits frères et pour moi... Et ils

te souriront... et ils te suivront... jusqu'au sacrifice... jusqu'à la mort... en chantantl

JEAN

Oh ! Madeleine ! . . . Madeleine ! . . . J'accepte tout ce qui peut arriver 1... Quelques amertumes... quelques trahisons... quelques douleurs qui m'attendent encore... je ne me plaindrai plus... puisqu'il m'a été donné de rencontrer, un jour, sur mon chemin de misère, la joie immense et sublime de ton amour!... [Ils se serrent, s'embrassent.) Oh!... tes yeux... que j'y puise la force sainte... tes lèvres... que j'y boive le miracle!... [Ils restent enlacés quelques secondes.) Encore!... encore!... Si le jour pouvait ne plus se lever jamais sur l'ivresse d'une telle nuit!...

madeleine, tout d'un coup, elle s'est levée.

Tais-toi!... tais-toi!... Écoute!... [Elle fait quelques pas, écoutant.) J'entends des pas... j'entends des voix!... Ce sont eux!... [Jean se lève. Il se passe la main sur le front.)

JEAN

Allons!...

madeleine, revenant vers Jean.

Quoi qu'ils fassent, mon Jean... quoi qu'ils disent... sois bon... Tu me l'as promis!

jean, sans force.

Oui!...

madeleine, allant à Ventrée d'une sente, à droite, et parlant aux grévistes encore invisibles.

Par ici!... par ici!... [Un à un, groupe par groupe, les grévistes débouchent de la .sente.)

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