GRÉVISTES, FEMMES, ENFANTS PIERRE ANSEAUME
Salut, Madeleine!
MADELEINE
Salut, Pierre!...
pierre anseaume, allant vers Jean.
Fais attention!... Il y en a ici qui viennent avec de mauvaises idées...
Je le sais, Pierre... mais je leur parlerai...
PIERRE ANSEAUME
On les a travaillés, depuis quelques jours!... Et si tu fouillais dans leurs poches... tu y trouverais peut-être de l'argent qui sent encore les doigts de Maigret!...
JEAN
Tu te trompes, Pierre... Il y a ici des gens sans courage, oui!... Des traîtres!... je ne peux pas le croire...
PIERRE ANSEAUME
Il y a des crapules partout!... Fais attention... Moi, je t'approuve... je suis pour toi... et je veille!...
116 LES MAUVAIS BEHGE11S
jean, serrant la main de Pierre.
Il y a aussi de braves cœurs... Merci, camarade... j'ai toujours compté sur toi...
[Les grévistes arrivent toujours : des hommes avec leurs tabliers de cuir et leurs chapeaux collés au crâne; les autres, en tenue des dimanches; d'autres déguenillés. Il y a beaucoup de femmes, avec des fichus sur la tête ou de longues manies noires, qui traînent des enfants ou les portent dans leurs bras. Figures hâves, décharnées, avec des marques de souffrance et de faim; figures farouches aussi, toutes dans une pénombre qui ajoute à V expression des visages un caractère impressionnant. Ils arrivent toujours, de droite, de gauche, de tous les côtés, débouchent de tous les chemins, de toutes les sentes. Ils se massent à droite et à gauche du Calvaire. Jean a gagné la plate- forme, et, debout, le dos appuyé au fût de la croix, pendant que la foule se masse et que Madeleine allume les lanternes, il attend, grave, le visage éclairé par leur pâle lumière. Des colloques s'établissent entre les grévistes. Un murmure de voix s'élève de la foule.)
Joseph bordes, dans un groupe de gauche. Ah! zut!... regarde-le... Il est rien pâle!...
JULES PACOT
Il a peur... tiens!... Il ne fait plus le malin!... Il traque, quoi!...
JOSEPfl BORDES
Faudra pourtant qu'il s'explique!...
JULES PACOT
Pour sûr qu'il ne voudra rien savoir!...