‹ Les mauvais bergers; pièce en cinq actesChapitre 83 sur 106 · ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II

JEAN ROULE

Qui parle ainsi

Philippe hurteaux, il descend et s'avance au pied des marches du Calvaire.

Moi!... Philippe Hurteaux!...

JEAN ROULE

On te trompe, Philippe Hurteaux.,. Et pourquoi m'obliges-tu à leur dire publiquement que je n'ai rien gardé... et que je vous ai donné ma pari?...

voix

Allons donc!... Bravo!... bravo!... {Philippe discute avec animation et rentre dans la foule .) La preuve 1... la preuve !...

PIERRE ANSEAUME

Silence donc !... Silence aux canailles... silence aux vendus !... (Tumulte.)

jean roule, dominant le tumulte, et d'une voix retentissante.

Laissez-moi parler !... Vous ne m'empêcherez pas de parler... vous qui vous faites les complices de nos ennemis et les porte-voix de leurs imbéciles calomnies!...

voix

Ecoutez!... écoutez!...

JEAN roule

Ah! je lis dans vos âmes... Vous avez peur d'être des hommes... De vous sentir affranchis et désenchaînés, cela vous effare... Vos yeux habitués aux ténùbres n'osent plus regarder la lumière du grand soleil... vous êtes comme le prisonnier que l'air de la plaine, au sortir du cachot, fait chanceler et tomber

sur la terre libre !... Il vous faut encore... il vous faut toujours un maître!... Eh bien, soit!... Mais choisissez-le... et, oppression pour oppression... maître pour maître... (Mouvement de la foule... avec un gr/xndgeste.) gardez le patron!... (Explosion de colère.) Gardez le patron!... (Poings levés et bouches hurlantes, les grévistes se massent plus près du Calvaire. Jean descend deux marches et empoignant par les épaules un gréviste, il le secoue, et d'une voix retentissante. ) Le patron est u-n homme comme vous !... On l'a devant soi... on lui parle... on l'émeut... on le menace... on le tue!... Au moins il a un visage, lui... une poitrine où enfoncer le couteau!... Mais allez donc émouvoir cet être sans visage qu'on appelle un politicien!... allez donc tuer cette chose qu'on appelle la politique!... cette chose glissante et fuyante que l'on croit tenir, et toujours vous échappe... que l'on croit morte et toujours recommence !... cette chose abominable, par quoi tout a été avili, tout corrompu, tout acheté, tout vendu!... justice, amour, beauté!... qui a fait de la vénalité des consciences, une institution nationale de la France... qui a fait pis encore... puisque de sa base immonde elle a sali la face auguste du pauvre!... pis encore... puisqu'elle a détruit en vous, le dernier idéal... la foi dans la Révolution !... (L'attitude énergique de Jean, les gestes, la force avec laquelle il a prononcé ces dernières paroles, imposent momentanément le silence. La foule recule, mais reste houleuse et grondante.) Comprenez-vous ce que j'ai voulu de vous... ce que je demande encore à votre énergie, à votre dignité... à votre intelligence?... J'ai voulu... et je veux... que vous montriez, une fois,... au monde dos prébendiers politiques... cet exemple nouveau... fécond... terrible... d'une grève, faite... enfin... par vous seuls... pour vous seuls!... (Un temps.) Et si vous devez mourir encore, dans

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