‹ Les mauvais garçonsChapitre 26 sur 47 · C)'2 LES MAUVAIS · texte numérisé non relu

C)'2 LES MAUVAIS

communiquer avec les ji^ens de sa troupe, restés sous les murs; et, cherchant de tous côtés à les rejoindre, l'un d'entre eux, au moyen d'une corde lancée dans l'oratoire, avait facilité sa descente. Alors le jeune chef avait profité du désordre qui régnait au château, et de l'état d'ivresse dans lequel étaient plongés les soudards du comte, pour forcer la porte d'entrée et incendier le manoir. Là, ce n'est qu'après avoir pénétré dans la chambre de madame de Laborne, en combattant corps à corps pour sauver Jacqueline, qu'il avait donné le signal de la retraite.

Mais son aspect dans une salle retentissante de cris, et parmi la foule hideuse des argotiers, avait brisé le cœur de la jeune fille ; celui qu'elle aimait le plus au monde, celui qui s'était appuyé sur son sein, et dont les lèvres avaient effleuré les siennes, Ludder, qu'elle n'avait plus espéré revoir, en reparaissant devant elle sous les traits d'un bandit, et avec la voix d'un homme de sang et d'impiété, lui avait porté le coup le plus affreux qui pût l'accabler après tant de malheurs. Elle n'avait pu y résister, et ses yeux s'étaient fermés à la lumière.

Quand elle reprit ses sens, elle était au milieu d'une campagne large et silencieuse, la nuit l'en-

veloppait de toutes parts, et, rapide comme le vent, elle fuyait, emportée sur le dos d'un petit cheval noir. La terre tournait autour d'elle avec ses montagnes, ses eaux blanches et scintillantes, ses grandes masses d'ombres, et le manteau du ciel parsemé d'étoiles; des maisons, des arbres, des plaines, des chemins semblaient courir à sa rencontre, et disparaissaient derrière elle comme dans un gouffre. Ses longs cheveux, dénoués par l'air, fouettaient son visage, et sa bouche entr'ouverte exhalait un souffle précipité. Elle bondissait sur le dos de l'animal qui Fentraînait. Elle allait, elle allait toujours, et sans rien voir; et, pendant quelque temps, cette course nocturne fut pour elle un vertige, dont sans doute elle eût été la victime , si les deux bras d'un homme vigoureux ne l'avaient tenue fortement enchaînée.

Enfin, lorsque la pente d'une montée força le cheval à ralentir son galop, Jacqueline, levant

la tête et joignant les mains, s'écria : — Jésus

Jésus ! mon Dieu! venez à mon aide ! où suisje! où vais je? — par pitié, monsieur, dites-moi qui vous êtes, et ce que voulez faire d'une pauvre fille comme moi?

Son guide, pour toute réponse, laissa tomber

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