‹ Les mauvais garçonsChapitre 31 sur 47 · II · texte numérisé non relu

II

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moitié morte, entraînant dans sa chntc la senlc lampe qui éclairât l'appartement.

Un sommeil léthargique s'appesantit sur ses paupières, et on n'entendit plus qu'un seul mot s'échapper encore de sa bouche. C'était le nom de Ludder, qu'elle prononça plusieurs fois dans l'extase d'un rêve brûlant

— Il fait jour, s'écria le prieur en s'élançant vers la fenêtre! Comtesse deLaborne, levez-vous et venez aviser le beau réveil que je vous ai préparé.

Madame de Laborne ouvrit les yeux et promena autour d'elle des regards vagues et insignifians , comme une femme qui sort d'un sommeil lourd et embarrassé. Lorsqu'ils rencontrèrent l'odieux prieur de Saint-Germain, la comtesse pâlit, puis tous les souvenirs de la veille se réveillant en son âme, son visage s'enflamma tout à coup de honte et de désespoir. Elle porta sur elle-même les premiers coups de sa fureur, arrachant ses longs cheveux qui tombaient en désordre sur ses épaules demi-nues, meurtrissant de ses ongles son beau visage et sa poitrine mal cachée sous un léger vêtement.

— O mon Dieu ! mon Dieu! s'écria-t-elle, valait-il pas mieux me tuer?

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Puis elle étendit vers le prieur son bras blajie et nu. que suivit un regard de feu.

— Oui, tu es le plus vil et le plus lâche des hommes!

Madame de Laborne saisit avec rage un couteau qui se trouvait sous sa main, et se précipita sur Enguerrand. Il esquiva le coup qui lui était destiné, et parvint à arracher le couteau des mains de la comtesse. Mais elle, alors, s'attachant avec les dents au bras du prieur, cherchait à ressaisir son arme, et se traînait sur les genoux. Enguerrand l'eut bientôt terrassée.

Des cris affreux retentirent en ce moment au dehors. C'était la bande des Mauvais Garçons qui cernait la tour, et, munie d'échelles et de câbles, se ruait dans les fossés du château, pour escalader le dernier asile où étaient renfermées les richesses du manoir de Dugny.

— Adonc nous allons mourir! s'écria la comtesse avec un sourire d'exaltation.

— Oui, mourir! répéta le prieur d'un ton lugubre et amer. Mais, je le vous ai promis, comtesse ma mie, point ne sera-ce de la main de ces drôles. ::'^-)*rrr) ■.

— Je te comprends : tu veux m 'assassiner! Viens donc, et lave ta dague en mon sang; mais

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n'espère pas que sans la défendre je te livre ma vie

— Rassurez-vous, belle comtesse, interrompit Enguerrand, je suis trop courtois chevalier pour ainsi forfaire au respect que tout gentilhomme doit aux dames.

En disant ces paroles, il ouvrait une petite armoire dans laquelle il prit une arquebuse. Après en avoir allumé la mèche aux derniers ti- .^ons qui brûlaient encore sous les cendres de la cheminée:

— Pâques-Dieu! dit-il, en examinant si son arme était bien chargée, voici de quoi saluer le premier ribaud qui s'avisera de grimper jusqu'ici. Maintenant, ma mie, il faut que je vous dise un secret. Vous avisez le pied de cette tour, qui semble une citadelle au plein milieu de ces fossés. Eh bien ! à ma volonté, elle s'écroulera dans les eaux, ne plus ne moins qu'un petit monceau de sable; et pour ce faire il suffit d'un coup de cette arquebuse. Des tonneaux de poudre, en ces caves entassés, vont nous ensevelir emmi ces ruines. Faites donc votre prière, si bon vous semble, comtesse, car voici les brigands qui montent, et je m'en vais donner le signal.

— Je suis prête, murmura la comtesse.

Aussitôt le prieur, ajustant un des Mauvais Garçons qui escaladaient en troupe les premières fenêtres de la tour, le traversa d'une balle. Le bandit tomba sanglant sur le parapet, à la vue de ses camarades, qui poussèrent des cris de fureur et de vengeance. Mais la vaste tour, s'ébranlant au même instant au milieu d'un torrent de flammes et de fumée, éclata comme un tonnerre, et le prieur et la comtesse de Laborne et les bandits disparurent dans un nuage de cendres, avec les dernières ruines du château de Dugny.

lliC) LES M Aï' VAIS

O Dieu ! ô la piété .' vertu la plus certaine .' Jcban DoBAT

Las! ouest maintenant ta jeune et bonne grâce, Et ton gentil esprit, plus beau que la beauté ? Où est ton doulx maintien, ta doulce privauté ? Tu les avais du ciel, ils y ont repris place.

Magdeleine Dis Roches.

Les brigands qui avaient trouvé la mort sous les ruines de la tour de Dugny composaient une faible partie de la bande formidable des Mauvais Garçons. C'étaient seulement quelques maraudeurs accourus du Bourget, sans l'ordre de leurs chefs, dans l'espérance de partager entre eux quelque butin.

Cependant, après l'incendie du château, Azan et Ludder avaient enfin rejoint le camp des ban-

dits, qui s'était offert à leurs yeux au milieu du désordre occasioné par l'alerte du capitaine de Harlay. Attaqués de nouveau par des forces supérieures envoyées contre eux par la Régente elle-même, les Mauvais Garçons venaient d'être taillés en pièces, et chacune de leurs têtes avait été mise à prix. Le sire de Beaumont, encore tout meurtri de ses blessures, était rentré en campagne avec toutes les troupes qu'il avait pu réunir, et, cernant la forêt du Bourget, comme un repaire de bêtes fauves, il était parvenu, à l'aide du fer et du feu , à détruire , jusqu'au dernier , cette bande de misérables. Jehan Lubbe, Guillaume Ogier, Esclaireau, Jehan de Metz, pris les armes à la main, gémissaient dans les prisons du Châtelet, en attendant qu'ils allassent décorer, de leurs squelettes, les piliers de Montfaucon,

Ludder et le jeune Bohémien, qui n'avaient pas peu contribué à l'énergique défense des bandits, avaient sans doute trouvé la mort au milieu de la mêlée ; du moins telle était la rumeur publique , car les cachots et les fers préparés pour ces deux chefs étaient restés privés de leurs victimes.

On s'entretenait avec ardeur, dans le faubourg

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