G AUCUNS
c'est le ciel qui par vos mains me punit. Ne me plaignez pas ; car j'ai mérité mon sort : que Dieu
me pardoint, à cette heure que je m'en vais
lui rendre mon àme cette lettre est pour
vous je vous avais suiv' et voulais vous
voir mais
Il ne put achever; ses lèvres cependant s'agitèrent encore pendant quelques instans. Bientôt son corps devint raide et glacé.
Ludder ouvrit précipitamment le papier que le moine venait de lui remettre tout taché de son sang. Les yeux du jeune homme, en parcourant ce billet, brillèrent d'un feu inconnu ; sa poitrine se souleva péniblement ; une sueur froide vint inonder son front : puis une pâleur mortelle succéda sur son visage au pourpre vif qui l'avait d'abord subitement animé.
11 porta la main devant ses yeux, et demeura un moment comme anéanti. Enfin, il rompit le silence. Peu soucieux de satisfaire la curiosité de ses nouveaux compagnons, qui se pressaient autour de lui, comme pour réclamer une confidence, Ludder attira le Bohémien Azan dans un coin de la cabane, et, après que celui-ci eut jeté les yeux sur la lettre, les deux jeunes gens eurent ensemble la conversation suivante.
— Eh bien! rrionsiour le comte (airis que de ce nom je vous dois nommer à eetle heure), donc vous allez nous délaisser, nous, misérables bandits, pour les fêtes et tournois de la cour du roi de France ?
Ludder sans répondre poussa un profond soupir, et jeta un regard de désespoir sur ses grossiers compagnons, qui, sans oser l'interrompre, se tenaient silencieusement à l'autre extrémité de la cabane.
— Votre grâce ne peut manquer à vous être octroyée , poursuivit le Bohémien , d'après cette supplique d'une noble dame au très - chevaleresque roi François P', qui, diton , de ses rigueurs et dédains n'eut pas toujours à se plaindre et guermenter. Adonc , fortune , honneurs , trésors , cœurs de femmes bien belles et bien avenantes , comme était feue la comtesse votre vénérée belle- mère, de pleuvoir aussitôt comme grêle à vos pieds. Quant est de moi, le dernier de ma famille et de ma tribu ( car il n'est besoin vous remettre en souvenance , messire , que tous ces Bohèmes sont morts pour vous ) , je m'en vais traîner mon existence misérable sous un autre ciel , sans un frère pour entendre le langage de mon cœur, sans un ami
pour me clore les paupières. Adieu, M. le comte, adieu! —
Et le fils de Moughaïré tournait déjà la tête pour cacher deux grosses larmes qui brillaient sous ses noirs sourcils.
— Azan, Azan, mon frère, interrompit Ludder, avise le cas que je fais des biens et honneurs de ce monde perverti.
En disant ces mots, il suspendit la lettre audessus de la lampe de cuivre qui éclairait la cabane. La flamme monta vers l'aliment léger qui lui était présenté, et, jetant une grande clarté qui s'éteignit aussitôt, elle dévora en un instant le billet de madame de Laborne,
— Ainsi périsse en ma mémoire , murmura Ludder d'une voix sourde, tout souvenir de cette terre lâche et corrompue où le crime et la trahison habitent sous l'or et la soie, où la sombre hypocrisie est la seule vertu , où le bonheur ne peut exister 1 Tous ces hommes médians et trompeurs ne me sont à cette heure que des ennemis. Avec sa dague etsonépéeHouadisaurase faire une patrie, dût-il ne la trouver que dans le tombeau ! Ne nous séparons plus, mon frère. Suivons cet homme dans un monde nouveau . En ces lieux sauvages et agrestes , le poison des