PREMIER VOLUME
Page 2. Des brigands masqués connus dans l'histoire sous Le nom de Mauvais Garçons.] De tous les historiens qui ont parlé des IVlauYais Garçons Félibien est le seul qui ait donné quelques renseignemens sur cette baude de brigands, remarquables par leurs déprédations continuelles et l'extrême difficulté qu'on eut à les détruire. Comme toutes les hordes de bandits qui surgirent en France à la suite des guerres longues et désastreuses, celle-ci n'était qu'un ramas impur de gueux et de mendians, de manœuvres sans travaux, de coupeurs de bourse, de clercs et d'écoliers débauchés, de Bohémiens et de soldats déserteurs. Félibien rapporte qu'après avoir long -temps erré dans Paris ces misérables avaient fini par ne plus y demeurer : ils allaient et venaient ; se rassemblant, le jour, dans la ville, toutes les fois qu'ils voulaient y commettre du désordre, et, la nuit, se retirant avec leur butin à la campagne, dans un bois situé près du Bourget, qui leur servait de refuge et au milieu duquel ils avaient assis leur camp. Leurs chefs èlâient Esc lair eau, Jehan Charrot, Jehan Labbe, tailleur de pierres, Guillaume Ogier et Jehan de Metz.
Ils vivaient comme gens de guerre, toujours armés, en
j^rand nombre cl prêts à se ballrcau moindre siji^nal. Leurs armes étaient l'arquebuse, la dague et le coutelas, et leur cris de bataille et de pillage : Vive Bourgogne! à sac! ù sac !
Enfin , ils inspiraient tant de frayeur que les archers eux-mêmes, dans la crainte d'être tués par eux, les avertis saîent secrètement, toutes les fois qu'on devait les attaquer.
Aussi rien n'était plus difficile que de les surprencTre.
Cependant, Louis de Harlay, seigneur de Beaumont, eut ordre d'assembler les deux guets de Paris, et de leur donner la chasse. On en vint aux mains; du côté des archers il y eut vingt-cinq ou trente blessés, et quatre morts, et du côté des brigands, plusieurs morts, au nombre desquels se trouva Guillaume Ogler. De plus, cinq furent arrêtés : c'étaient Barblion, Jehan Charroi, clerc de Pierre Février, procureur au parlement, et Jehan Lubbe, tailleur de pierres, lesquels furent mis entre les mains du bourreau, et pendus aux échelles de Montfaucon.
Page 6. J à voici ti^ois beaux ècus au soleil.] Les monnaies qui avaient cours sous François I" étaient de trois sortes ; en monnaie d'or, il y avait les écus d'or et demiécus d'or au soleil. L'écu d'or au soleil, depuis iSig jusqu'en i559, fut fait au titre de vingt-trois karats; ce qui les affaiblissait d'un j de karat et diminuait leur poids d'un grain ~. Les uns portaient l'effigie du roi, les autres, une croix sur le revers, et s'appelaient d la croisette; les autres, deux salamandres y ou dragons enflammés, et se nommaient écus d'or à la salamandre.
La valeur de l'écu d'or de François P' était de 1 1 francs 55 cent, de notre monnaie.
Les monnaies d'argent étaient les testons à l^e/figie du roi.
Le teston d'argent de )52i valait 4 francs.
Les monnaies de billon étaient les blancs, les liards, les doubles, les deniers, les deniers tournois et coronats.
Les blancs étaient nommés par le peuple franciscus, conime ceux de Louis XII avaient été appelés ludovicus . Les blancs de François I" furent aussi appelés douzaine-, parce qu'ils valaient douze deniers.
Lesécus au porc-épic, les écus à la couronne, les écus vieils, les royaux, les francs à pied et à cheval, monnaies des règnes précédens, eurent aussi cours sous François I*'.
( Voir le Traité historique des Monnaies de France, par Leblanc.)
Page 7.... et procureur-général de madame la comtesse de Laborne.] «En ce temps-là les procureurs des particu- «liers se qualifloient procureurs-généraux parce qu'ils «étoient fondés de procuration générale de leurs parties, ))et qu'ils occupoient généralement pour ceux qui vou- «loient les employer ; et, au contraire, celui qui se quali- »fie aujourd'hui procureur -général ne se qualifioit pour «lors que procureur du roi.*)
(La vraie et parfaite Science des Armoiries, ou indice ar^ morial par Paillot.)
Page 7. Selon l'usage du collège de Montaigu.] Ce collège fut fondé en i3i4 par Gilles Aiscelin, archevêque de Rouen, issu de la famille des seigneurs de Montaigu, en Auvergne. On y envoyait les jeunes gens les plus turbulens, à cause delà sévérité de la régie. On y recevaitaussi les écoliers sans fortune, appelés vulgairement capeltes,
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parce qu'ils liaient vôUis tliine espèce de inaiitcai) taillé en forme de cape. «Illeur étoit enjoint d'avoir des manteaux sans plis, dit Jacques du Breul, dans son Théntre des Antiquités de Paris, et des cliapperons en tête, à la fiu'-on d'un camail, sinon qu'ils sont cousus devant et derrière, et n'y a ouverture, sinon pour passer la tôle, ainsi que les portent les frères convers de Saint-Germain-des-Prés.»
Pages i!2. Sa robe d'écarlate bleue témoignait qu'elle était d'illustre maison.'] Le mot écarlate, comme celui de cramoisi , désigne moins une couleur que la perfection de la teinture des Gobelins, il y avait de l'écarlate verte, bleue et noire.
On disait même, au figuré, d'un gentilhomme de haute maison qu'il était de l'écarlate des gentilshommes de France, car, Louis XI ayant anobli un grand nombre de roturiers, les anciennes maisons prirent cette singulière épithètC;, témoin ce passage d'une chronique du seizième siècle.
« En sorte que tout ainsi que l'escarlate passe en. couleur toutes aultres tainctures de draps, sans blasmer la noblesse d'aultres régions, les Daulphinois sont appelez par tous ceulx qui en ont cognoissance l'escarlate des gentilshommes de Frauce.»
[La très-joyeulse, plaisante et récréative Histoire du gentil seigneur de Bayard.)
Page 18 amenèrent bon et solide jugement de monsieur l' officiai.] L'official était ur ecclésiastique qui exerçait la juridiction contentieuse d'un évêque, abbé, archiprêtre ou chapitre. Il connaissait non-seulement de toutes matières purement spirituelles entre ecclésiastiques ou
laïques, comme de la foi, de la doctrine et des sacremens ; maitj encore des demandes en nullité de mariage quoad fœdus et vinculum, delà simonie, du pétitoire, des dîmes, du crime d'hérésie et des mauvaises mœurs.
L'official dont il est'parlé dans l'ouvrage était celui de Paris, dont l'audience se tenait à l'entrée de la chapelle épiscopale de Notre-Dame.
Cependant ce ne fuf pas toujours dans une chapelle du palais épiscopal que les juridictions ecclésiastiques s'exercèrent, puisque l'on voit encore à la principale porte de l'église archipresbytériale de l'église Sainl-Severin de Paris des vestiges de la juridiction qu'exerçait l'archiprêtre de Ui ville. Ce sont deux lions en relief, aux deux: côtés du perron. Ces lions étaient la marque ordinaire des juridictions ecclésiastiques, et, comme elles s'exerçaient en dehors aux portes des églises, les sentences étaient ainsi datées ù la fin, datum inler duos leones.
( Histoire du diocèse de Paris , par l'abbé Lebœuf , tom. I.)
Page io3. C'était aux Tournelles qu'il cachait ses belles amont es f et (es dérobait à la poursuite et à la colère de leurs maris et de leurs pères.'] «Aux Tournelles, au Louvre et aux autres palais royaux il faisoit préparer des appartemens ù celles que la naissance, la beauté et les charges rendoient considérables, afin de les voir à toute heure et sans scandale : il avoit les clefs de leurs chambres, et y entroit, la nuit, à telle heure qu'il vouloit, sans heurter ni faire de bruit. Que si les maris, avertis de ceci, pensoient maltraiter leurs femmes ou les quereller seulement, aussitôt défense à eux de continuer sous peine de vie
» Enfin, s'il n'ycutsorle de tourment que ne souffrissent quantité de grandes dames aban(lonn«;es à la merci de leurs maris inexorables, c'est qu'elles n'avoient pas demandé de pasï^eport à François 1'% (jui, en ces rencontres, n'en refusoit point; il les écoutoit même volontiers, quand elles venoicnt pour lui découvrir certains crimes secrets de leurs maris; témoin madame de Lal)orne, femme de grande maison, qui, lui faisant savoir que son mari la vouloit faire mourir pour ses adultères, et en même temps l'accusant de quelques crimes dont il ne pouvoit être convaincu que par elle, cela fut cause qu'il eût le col coupé.» , ( Sauvai , Histoire et Antiquités de la ville de Paris ^ tom. 2, supplément. )
Page 147. Suivant l'ordonnance royale ; c'est malgré l'ordonnance qu'il faut lire.] On trouve, à ce sujet, dans le Traité de la Police de Delamare, une ordonnance du prévôt de Paris, i56o.
Portant « défenses à toutes filles et femmes de maulvaise vie et faisant péchez de leurs corps d'avoir la hardiesse de porter sur leurs robes et chapperons aulcuns jets et broderies, boutonnières d'argent blanches ou dorées, ni perles, ni manteaulx fourrez de gris, soubs peine de confiscation; ordonne que, dans huitz jourz après la publication de l'ordonnance^ elles seront tenuez de quitter ces ornementz, aprez lequel tempz passé, permet à tous sergentz de les amener au Châtelet, pour en ce lieu leur être ces habitz et ornementz otez et arrachez, qu'à celte fin ils pourront les arrêter en tous endroitz, excepté dans les lieux consacrés au service de Dieu ; adjuge aux sergentz cinq sous parisis, pour chaculne de ces filles ou
femmes trouvées en contravention, et qu'ils auront dépouilléez.rt
( Delamare, Traité de la Police, tom. i, tit. 5, chap. 4-)
Page 166. N'as-tu pas d'aubert en ta fouillousse.] Mots d'argot, qui signifient, n'as-ta pas d'argent dans ta poche,
( \oir plus loin la Note sur l'argot.)
Page 166. Je n'ai pris, comme vous^ mes degrés en argot à la Cour des Miracles.^ oPourles cours des miracles dans lesquelles se retirent les gueux ou les mauvais pauvres, elles sont peut-être aussi anciennes à Paris que les gueux et la gueuserie. Ceux qui savent que truands et truanderie signifient gueux et gueuserie se doutent que la rue de la Truanderie a pris son nom de gueux qui y ont demeuré...
))De tant de cours des miracles il n'y en a pas de plus célèbre que celle qui conserve encore, comme par excellence, le nom de la Cour des Miracles.
«Elle consiste en une place d'une grandeur très-considérable et en un très-grand cul-de-sac, puant, boueux, irrégulier, et qui n'est point pavé. Autrefois il confinoit aux dernières extrémités de Paris, à présent il est situé dans l'un des quartiers des plus mal bâtis, des plus sales et des plus reculés de la ville, entre la rue Montorgueil, le couvent des Filles-Dieu, et la rue Neuve-Saint-Sauveur, comme dans un autre monde
«Comme en la rue des Francs-Bourgeois, on ne savoit en ce^ lieu ce que c'étoit que de payer boues, lanternes, loyers, et autres taxes et impositions civiles. On s'y nourrissoit de brigandages, on s'y engraissoit dans l'oisiveté et
dans toutes sortes de vices et de crimes Chacun y vi-
voit dans une grande licence, personne n'y avoit ni foi, ni
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loi, on n'y connuissoit jii haplêmc, ni mariage, ni sacre-
mcns Des filles el des Icnimes , les inoins laides, se
piostituoient ponrdeux liards, les antres pour un double, la plupart pour rien. Le jour, il ne se trouvoit en ce lien que ceux qui étoient tellement malades qii'il ne se pouvoient remuer. Le reste, plein de santé , en sortoit de bon matin , teigneux en apparence , la mort sur les lèvres, et par de faux ^émisscmens imposoient aux yeux des simples, auxquels ils tâchoient de couper la bourse et d'attraper quelque 'charité. Cette dernière circonstance sembla si ridicule à la cour en iG53 qu'elle servit de passe-temps au roi, et d'entrée au ballet royal de la nuit, divisé en quatre parties, et dansé sur le théâtre du petit Bourbon.»
( Sauvai, Histoire et Antiquités de la ville de Paris ^ vol. I, page, 5 10.)
Page 287. La plupart de ces détails de sorcellerie sont tirés d'un livre curieux de J. Bodin, la Démonomanie des Sorciers. C'est le factum d'un maniaque qui voit de la magie partout. Il dénonce et poursuit devant justice tout individu qui lui paraît suspect de se livrer à des actes ou pratiques occultes. La naïveté de ses imputations et l'acfiarnement qu'il met à faire condamner les prétendus magiciens, donnent à son ouvrage une ph3'^sionomie singulière. Entre autres faits cités dans la Démonomanie, le suivant nous a paru mériter une mention particulière.
«Il y eut un pauvre homme Sabin, demeurant près de Rome, qui fut persuadé par sa femme de se graisser comme elle de quelques unguens, pour être transporté avec les autres sorcières (pensant que ce fût la vertu de
\OTES. Ô-JC)
la graisse et quelques paroles qu'on dit et non pas le diable). Se voyant transporté au comté de Bénévent, qui est le plus beau domaine du pape, et soubs un grand noyer, 01^ il y avoit infinis sorciers qui buvoient, et mangeoient, comme il seml)loit, il fit comme les autres; et, comme il eust demandé plusieurs fois du sel, que les diables ont en horreur, enfin, on luy apporta du sel, comme il luy sembloit; alors il dit en son italien : Laudato sla Dio pur èvenuto questo sale : loué soit Dieu puisque ce sel est venu. Sitôt que le nom de Dieu fut proféré, toute la compagnie des diables, et toutes leurs viandes s'esvanouirent, et demeura le pauvre homme tout nud, qui s'en retourna au pays, à cent lieiies de là, mendiant son pain. Et de retour qu'il fut accusa sa femme, que fut brûlée toute vive, après avoir confessé la vérité et en accusa plusieurs autres, lesquelles furent aussi convaincues et brûlées.
(J. Bodin , la Démonomanle des Sorciers.)
Page 352. Ce n'étaient^ en partie, que des gueux.... On dis^ tinguait dans leurs rangs des marcandiers, etc., etc.
(Voir, à ce sujet, les Notes sur l'argot.)
Page 565 . Les cris et les gémissemens cessèrent tdut ci coup, et la masse du pilori, chancelant sur sa base, s'éteignit comme un tonnerre au milieu d'un nuage de cendre.] Cette mort du bourreau dans le pilori n'est pas une fiction, ce fait s'est renouvelé plusieurs fois : Sauvai en cite deux exemples. «En i5i6. Fleurant, exécuteur de la justice,, coupant là (au pilori des halles) le cola un gentilhomme, et l'ayant manqué, se voyant attaqué de tous côtés à grands coups de pierre, aussitôt il s'alla cacher dans une cave qu'il y avoit dessous; ce qui ne lui servit de rien, car, le
pciiph; y ayant mis le l'eu, il mouriil ctoun'c ilc la liiuice.» Un autre bourreau de la prévôté de Paris, du nom do
Jehan Dulac, éprouva le même sort.
[Histoire et Antiquités de la ville de Paris, lom. ii,
liv. 10.)