DEUXIÈME VOLUME
Page l\ô. La petite place de t* Abbaye de Sainte-Geneviève.] L'église Sainte-Geneviève, autrefois Saint-Pierre ou des Apôtres, fut bâtie par Cloviset sa femme Clotilde. Clovis y fut enterré l'an 5oi de J.-C. Sainte-Geneviève, qui lui donna son nom, y reçut aussi les honneurs de la sépulture.
Les enfans de Clodomir, Thibault et Gontran, y furent aussi enterrés, après avoir été victimes de la jalouse ambition de Clotaire et de Childebert, leurs oncles ; la reine Clotilde les y conduisit avec pompe : elle mourut, fort âgée, à Tours, et ses fils la firent inhumer dans la sacristie de Sainte-Geneviève, à côté du roi Clovis.
Clotilde, fille de Clovis, était mariée en Espagne à Amaloric, dont elle recevait les traitemens les plus durs parce qu'elle était catholique. Childebert, en ayant eu connaissance, vint au secours de sa sœur. Amaloric fut tué par un soldat; Childebert s'empara de ses trésors, et emmena Clotilde, qui mourut en chemin ; son corps fut amené à Paris, et inhumé auprès de sa famille.
L'an 867, le 28 décembre, les Normands envahirent Paris et brûlèrent l'église Sainte-Geneviève. Etienne, abbé de cette paroisse, ensuite évêque de Tournai, fit une épîtie
qu'il adressa aux étrangers, el qu'il envoya par un moine pour recommander à leur piété et à leur générosité le rétablissement de cette église. On trouve sur cette matière d'amples détails dans Grégoire de Tours. Nous en ferons grâce à nos lecteurs.
Page i52 Chanson de fargot.] Certes, il y aurait un beau et curieux livre à faire sur l'origine et l'histoire de la langue argotique. L'argot est comme une bouture sauvage qui a poussé sur le tronc de la mère-langue. C'est un idiome du hasard, qui n'a point passé par l'alambic des Vaugelas, et qui, à travers les siècles, a conservé la naïveté de son type primitif. Depuis le quatorzième siècle on retrouve des monumens de cette littérature (si c'en est une) toujours pittoresque, et plus folle et grotesque dans les expressions et les images à mesure que le sujet devient plus sombre et plus terrible; des idées de cachots et de supplices, travesties en bouffonneries, un vrai carnaval de la pensée, où la mort joue toujours un rôle de folie.
Les deux testamens de Villon, ainsi que son Jargon et ses repues franches, avaient obtenu l'admiration du bon Clément Marot; et ce juge en valait bien un autre.
Voici comme s'exprime à ce sujet le valet de chambre de François I", dans la préface qu'il mit en tête de son édition des œuvres de notre Villon, comme ilTappclIe :
0 Je nefay doubte qu'il n'eust emporté le chapeau
de laurier devant tous les poètes de son temps, s'il eust été nourry en la court des roys et des princes, là où les jugemens se amendent et leslangaiges se poUissent. Quant à l'industrie des lays qu'il faict en ses testamens, pour suffisamment lacongnoistre et entendre, il fauldroit avoir esté
de son temps à Paris ot avoir congncu les lienx, les choses et les hommes dont il parle : la mémoyre desqueli tant plus se passera, tant moins se congnoistra icelle industrie de ces lays dits. Le reste des œuvres de notre Villon , est de tel arlifice, tant plain de bonne doctrine et tellement painct de mille couleurs que le temps qui tout efface jusques icy ne l'a sçeu effacer, et moins encore l'effacera ores et d'icy en avant, que les bonnes escriptures françoyses sont et seront mieux congneues et recueillies que jamais. »
La légende de maître Pierre Falfeu est non moins curieuse, quoique le style de Charles Bourdigné, ni pour l'énergie et la netteté de l'expression, ni pour le fond de la pensée, ne soit comparable au style de Villon. Nous avons recueilli quelques chansons d'argot du seizième et du dixseptième siècles qui offrent aussi un genre d'intérêt. Depuis Villon jusqu'au célèbre Vidocq, la langue argotique a peu varié, si ce n'est que quelques locutions grecques et latines sont tombées en désuétude. Nous engageons les curieux à lire l'ouvrage de Péchon de Ruby sur les mœurs et usages des argotiers, il est intitulé : La Vie généreuse des Matois, Gueux, Bohémiens etCagoux, contenant leurs façons de vivre, subtilités et jargon, ou bien encore : Le Jargonou Langage de l'Argot réformé comme il est en usage d présent parmy les bons pauvres, tiré et recueilli des plus fameux argotiers de ce temps, composé par un pilier de boutanche, qui maquille en mo tache en la vergne de Tours. Publié d TroyeSy chez Yves Glrardon, 1660.
Voici une chanson d'argot de la fin du seizième siècle que nous ne donnons pas comme un chef-d'œuvre poéti-
que, mais commo mu; iu)nu'ii<lahirc oxarle des {li«5nitt's et (les castes du royaume argotique.
CHAMSON DE L'ARGOT.
Qui veult ouy rouscailler (parler) D'ung appelé, grand Coësre, Dasbuche des argotiers {roi), Et des tiucheurs le grand-maître , Et aussy de tous ses vassaux?
Vivent les enfans de la truche !
Vivent les enfans de l'argot !
Premièrement les cagous
Sont aimés comme les princes ,
Et sont honorés de tous Les trucheurs de leurs provinces, Comme aussi les archi-suppôts.
Vivent les enfans de la truche , etc.
Les drilles ou les narquois ,
En revenant de la grive ,
En trimardant quelquefois ( voyageant ) ,
Basourdissent nos ornies {tuent nos poules ).
Vivent les enfans de la truche , etc.
Suivent après les malingreux ,
Et les rifodés qui truchent
Les marcandiers avec eux.
Ayant chacun une lueque { un faux certificat ) ; •
Ce qui leur est d'un grand rapport.
Vivent les enfans de la truche, etc.
Leshubins, les coquillards El saboulcux triment ensemble {tnarciicnt) ;
Mais CCS coquins de millards Ne veulent suyvrc la bande , Aynjcnt miculi hasourdir les gens [tuer).
Vivent les enl'ans de la truchc, etc.
Reste encore les capons
Et les francs-mitous qui tremblent , Les piètres et les polissons ,
Et les courtauds de boutanche , Les convertis et lescallots,
Vivent les enfans de la truche, etc.
Leurs plus cruels ennemis , Qui les mettenf en grand' peine, Leur font happer le taillis ( les mettent en déroute), Ambier à perte d'haleine {fuir) ; Ce sont les sacres et les ravaults {les scrgens et archers).
Vivent les enfans de la truche, etc.
Le Grand-Haure il faut prier (Dieu) Qu'il conserve tous ces pauvres.
Qui les vouldra offenser ,
Que le gliner les entrolle ! {que le diable les emporte! ) Ceulx qui troubleront leur repos.
Vivent les enfans de la truche!
Vivent les enfans de l'argot !
Page 555. Devant les murs de l'Abbaye de Montmartre en 1096 il y avait sur le haut de la montagne une église érigée en paroisse, et de plus une seigneurie qui relevait du fief de Montmorency et appartenait en partie à Gualterius Paganus et à sa femme. Tous deux en firent don aux religieux de Saint-Martin-des-Champs, qui en
NOTKS. .>c),)
prirent pos^rssioii cl y demeurt-rent juscju'cmi i i53, tjuc Louis-le-Gros cl la reine Adélaïde y élaWlirent des Bénédictines, et ponr cela donnèrent aux religienx, en échange^ le prieuré de Saint-Denis-la-Chaslre. îî! f t >
Jehan Simon fut le premier évêqne qni réforma l'Abbaye. Sa sœur en était abbesse ; et comme elle s'acquittait mal de son devoir, il la priva pour quelque temps de sa dignité, et mit à sa place celle des religieuses qu'il jiugoa le plus convenable. ,i'i»*i i
Etienne Porcher fit la seconde réforme. Jehan du Bellay, en i547, ^" ^^ faire la troisième par le prieur de Saint- Lazare, celui de Saint-Victor, et un de ses religieux.
Marie de Bauvilliers, en 1600, entreprit la dernière réforme.
Durant la ligue les religieuses de Montmartre furent contraintes de se retirer à Paris. Le peu qui resta devint la proie des troupes de Henri IV, campé sur la montagne ; le couvent ne fut guère mieux conservé que les religieuses, et le roi se trouva, dit -on, si bien avec Tabbcsse qu'autant de fois qu'il parlait de ce couvent il l'appelait son monastère, et disait qu'il en avait été religieux. Cependant, Marie de Bauvilliers ne put tirer de lui que mille
francs pour réparer les dégâts qu'il y avait faits
En 1698, lorsqu'elle en fut pourvue, le jardin était en friche, les murs parterre, le réfectoire converti en bûcher : le cloître, le dortoir et le chœur en promenade. A l'égard des religieuses, peu chantaient l'oflice. Les moins déréglées travaillaient pour vivre et mouraient presque de faim ; les jeunes taisaient les coquettes, les vieilles allaient garder les vaches, et servaient de confidentes aux jeunes, n. '25
3S6 nom:."».
Api es cela on ne doit pus s'étonner .si rlltîs empoisomiùrenl leur rél'onnu triée, qui s'en g^uranlit par un conlrc^ poiiion, et qui conserva une grande dilïicullé de respirer et (le parler. Néanmoins il lui lallut dix uns pbur veirjrà bout de sa réforiue. ..,,/:{•>; ; • iiji< , .1 v
liies religieuses étaient de IWdrc de Saints-Benoît. Kn i6i52,eiles portaient l'habit de Saint-Augustin.mais, àleur prièrcy Henri de Gôndi, 'alors évêque de Paris, consentit qu'elles quittassent l'habit blanc, et reprissent' le noii^. 1»}|. uî; ':> »i u\ io.V . o'I >i»ni>iiJ
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