INTRODUCTION
Les pertes causées chaque année par la présence des mauvaises herbes dans les terres cultivées, bien qu’on les reconnaisse d’une manière générale, sont bien plus considérables qu’on ne s’en rend vraiment compte. Toutefois, en adoptant des méthodes de traitement convenables, basées sur une connaissance exacte de la nature de chaque espèce de mauvaise herbe, on peut diminuer ces pertes d’une manière très appréciable.
Le moment actuel paraît être particulièrement opportun pour insister sur le besoin d'efforts méthodiques par tous ceux qui s'occupent de la culture du sol, travaillant de concert et par tous les moyens en leur pouvoir àlutter contre les nombres croissants de beaucoup de mauvaises herbes dans les cultures. La passation récente de l’Acte relatif à l'inspection et à la vente des semences et les pertes très considérables que fait subir aux cultivateurs des provinces de l’.tuest la présence d’une si forte proportion de mauvaises graines dans la magnifique récolte de 1905, ont éveillé un vif intérêt, lequel, nous l’espérons, fera étudier plus soigneusement les principes généraux qui affectent la question de l'introduction, de l’envahissement et du développement de toutes les mauvaises herbes, aussi bien que les méthodes par lesquelles on peut extirper même les plus persistantes. Ces méthodes sont toutes fondées sur la connaissance de la nature de chaque espèce de mauvaise herbe; et il n’y a aucune mauvaise herbe qu'on ne puisse maîtriser et faire disparaître des terres qui sont cultivées comme elles devraient l’être, par une rotation convenable de cultures et avec les instruments aratoires maintenant en usage parmi les cultivateurs du Canada.
Le sujet des mauvaises herbes et de leur éradication est en ce moment d’un intérêt brûlant pour tous les agriculteurs dans toutes les parties du pays. Cet intérêt se manifeste par de fréquentes demandes des noms corrects et de la nature de toutes les plantes étrangères qu'ils trouvent dans les cultures, et les demandes de conseils quant aux meilleurs moyens d’en avoir raison. Pendant les dix dernières années il a été publié plusieurs bulletins officiels sur les mauvaises herbes, lesquels ont été distribués en grands nombres. Dans toutes ces publications les différentes mauvaises herbes sont désignées par les mêmes noms. Il est donc évidemment important que ceux pour l’avantage desquels les bulletins ont été préparés, connaissent les plantes dont il est question par les noms qui y sont employés, de sorte qu’ils puissent profiter le plus possible des renseignements fournis.
Dans la lutte contre les plantes n isibles, la chose importante avant tout, c’est de connaître chacune à premiere vue et de l’appeler par son vrai nom, non pas nécessairement par son nom latin, mais par le nom généralement connu et employé dans les publications agricoles. Les noms locaux sont malheureusement très souvent incorrects. Il y a par exemple plusieurs plantes très dissemblables qui sont connues localement sous le nom de Marguerite, de Chardon, de Bouton-d’or, etc.
Tous ceux qui désirent être renseignés sur les noms et la nature des plantes qu'ils trouvent sur leurs terres peuvent en envoyer des spécimens en franchise par la poste au botaniste des Fermes expérimentales à Ottawa, qui sera aise d’envoyer gratuitement à l'expéditeur sous le plus court délai possible tous les détails désirés. Il vaut toujours mieux, avec les demandes de renseignements, envoyer des spécimens, puisqu'il y a un si grand nombre de mauvaises herbes connues localement sous des noms incorrects. Par suite, si l'on demande conseil au sujet d’une certaine plante qu’on désigne par un nom incorrect, il est très probable que le traitement conseillé n'aura pas l'effet voulu.
Les cultivaieurs s'intéressent très peu à distinguer les differentes mauvaises herbes qui croissent dans leurs cultures. Quelques-uns croient que, parce qu'ils ne connaissent guère ces plantes, ils ne pourraient jamais arriver à «apprendre tous leurs noms. Il n’en est toutefois nullement ainsi, et, comme les différentes espèces de plantes varient grandement dans leur capacité de nuire, il est certainement utile de donner davantage d’attention aux plantes nuisibles qu'on ne l'a fait dans le passé. Bien qu'il y ait plusieurs centaines d'espèces de plantes croissant à l’état sauvage dans presque toutes les localités et que beaucoup d’entre elles puissent parfois apparaître parmi les plantes cultivées, il n’y en a qu ‘un petit nombre dont un cultivateur ait à s’inquiéter—guère plus qu’il n’y a d'espèces différentes de plantes cultivées; or tout cultivateur connaît la différence entre le blé, l'orge, l’avoine, le seigle, les pois, les navets, les betteraves, etc, Lorsqu'on a compris l'importance du sujet, il n'es’ pas plus difficile d’apprendre les noms, la nature et les caractères extérieurs des plantes aux diverses périodes de développement, ainsi que des graines, du Tabouret des champs, du Vélar d'Orient, de la Cameline, du Chardon des champs, du Laiteron vivace, du Fo'n-d'odeur, du Chiendent, ete. que de reconnaître les plantes familières que l'on cultive depuis nombr: d'années.
QU'EST CE QU'UNE Mauvaise HER8E ?
11 y a bien des définitions du terme Mauvaise Herbe; mais, au point de vue du cultivateur, la meilleure est peut-être la suivante: “Toute plante nuisible, importune ou désagréakle à la vue, qui est en même temps inutile ou comparativement inutile.” D'une manière générale, on peut dire que les mauvaises herbes les plus importunes et les plus agressives dans les terres cultivées sont venues en Canada du dehors; mais en même temps il est vrai aussi que dans des circonstances spéciales quelques-unes de nos plantes sauvages indigènes peuvent se multiplier et devenir des “herbes nuisibles. ”’
PERTES QUE CAUSENT LES Mauvaises HERBES.
On conçoit généralement que les pertes causées par la présence des mauvaises herbes dans les terres cultivées sont énormes: mais il peut ne pas être de trop d'attirer ici spécialement l'attention sur quelques-unes des manières dont ces ennemis font du tort à l’agriculteur.
1° Les mauvaises herbes font beaucoup de mal en enlevant au sol les prineipes nutritifs destinés aux plantes cultivées et aussi une partie de son humidité, augmentant par là l'effet des sécheresses, en s’accaparant l’eau du sol et en la dissipant par | évaporation.
2” Les mauvaises herbes étouffent et prennent la place de plantes plus
utiles, par le fait qu’elles sont plus rustiques et en général plus fertiles.
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3° Tes mauvaises herbes causent de grandes pertes. A partir du moment où les cultivateurs commencent à préparer leur terrain pour une culture, ces ennemis augmentent le coût de chaque opération—labourage, hersage, semis, houages, fauchage, engerbage, transport et battage, ainsi que triage, expédition et vente des produits. Il y a perte directe par la plus grande dépense nécessaire en ficelle à lier lorsqu' on récolte des grains mêlés de mauvaises herbes et par l'usure additionnelle des machines due à la résistance dea mauvaises herbes à tiges ligneuses
4 L'éradication des pires mauvaises herbes est coûteuse en maind'œuvre, en temps et en machines; et elle oblige souvent le cultivateur à abandonner ce qui serait lu rotation de cultures la plus avantageuse, ou même à cultiver des plantes qui donnent moins de profit. 5° Beaucoup de mauvaisses herbes sont très apparentes et toutes offensent la vue duns les terres des fermes. Par là, à des degrés différents suivant leur capacité variée de nuire, elles déprécient la valeur du terrain qu'elles infestent, point qui peut être d'une grande importance si le propriétaire désire vendre.
6" Certaines mauvaises herbes sont nuisibles aux animaux de ferme, soit parce qu’ elles sont vénéneuses comme la Ciguë, ou bien en ce qu’elles nuisent à leurs mduits comme les fruits barbelés dans la laine, ou l’Ail sauvage et le Tabouret des champs, qui communiquent un mauvais goût au lait. Les graines cornées ou barbelées de quelques graminées causent de l'irritation ou des plaies douloureuses en pénétrant dans les chairs et particulièrement dans les parois de la bouche, comme celles de la Stipe et de la Queue-d'écureuil dans le Nord-Ouest.
7 Les mauvaises herbes attirent les insectes nuisibles ou bien servent d'asiles aux maladies fongueuses, lesquelles peuvent de là passer aux plantes cultivées. C’est un fait bien connu que les éteules ou les jachères infestées de mauvaises herbes sont des champs de multiplication pour les vers gris et que la rouille des grains peut passer l'hiver sur plusieurs espèces de graminées.
I faut done reconnaitre que dans toutes les parties du Canada les mauraises herbes causent aux cultivateurs des pertes constantes et très considérables. C'ela est même si vrai qu'il y a lieu d'être fort alarmé à voir comment certaines espèces pullulent dans certains districts du pays; car elles ont tellement pris pied qu'il n ‘y a plus guère profit à cultiver les terres envahies. Comme exemples des ennemis les plus aggressifs, nous pouvons citer le Sénevé où Moutarde des champs, le Chiendent, et le ('hardon des champs dans presque toutes les provinces; la Marguerite blanche dans les provinces maritimes, l1 province de Québec, l'Ontario, et la vallée de la rivière Rouge au Manitoba: et le Tabouret des champs, la Neslie et le Vélar d'Orient dans toutes les provinces à ‘‘prairies.””
La multiplication des mauvaises herbes dans une étendue de pays a souvent été due au fait que les cultivateurs avaient négligé de les comtattre parce qu'ils n'en connaissaient pas la nature nuisible et la capacité d’envahissement,
‘Beaucoup de nos cultivateurs ne connaissent que peu les mauvaises herbes, et dans bien des cas ils ne savant pas reconnaître dès leur première apparition celles qui sont dangereuses. Par suite, nous avons le dicton : ‘Semer un an, sareler sept ans.” Il est plus d'une mauvaise herbe si redoutable que, si les cultivateurs se rendaient compte de le: ‘rai caractère et les reconnaissaient à leur première apparition, ils renx ut tout autre travail jusqu'à ce qu'ils les eussent extirpées. ? propre intérèt devrait suffire pour pousser les eultivateurs à détruire les «auvaises herles quand on leur montre elairement qu’ils ont à gagner à le faire." —H, Mc- KELLAR.
Un autre point très important quant aux herbes nuisibles est l'adoption autant que possible d’un seul nom français pour chacune, Nous avons choisi avec beaucoup de soin les noms employés dans ce bulletin comme étant ceux qui conviennent le mieux et qui sont le plus généralement employés. Quand nous en donnons plus d’un, le premier est préféruble. Les noms latins, dont un seul est reconnu pour chaque espèce comme ayant autorité parmi les botanistes dans tout le monde, sont donnés ici afin que l’on puisse connaître l'exacte identité de choque plante. Il y a naturellement peu de cultivateurs qui connaissent ces noms latins, même dans le cas de nos mauvaises herbes les plus communes: mais il serait bon qu ls les connussent, car il existe certainement beaucoup de confusion dans différentes localités même sur l’application des noms populaires; la même plante est fréquemment connue dans un lieu par un nom et ailleurs par un autre tout différent ; il arrive tout aussi souvent que différentes personnes dans un même lieu appliquent le même nom à plusieurs plantes distinctes.