SCENE IX
Les MEMES , SIDONIE, entrant par la porte du fond. Elle est parée avec la plus grande e'/égancc , et conduite par FRICOURG.
FRIBOURG
C'est par Ici , Montame ; la , la ! {Il sort.)
Mad. DE GRASSEVILLE, à Richordin, C'est ma nièce ! . • • De la mesure ! SIDONIE, court à Mad. de Grassevillc , et se jette dans ses
bras.
Hé, honjour, ma chère tante! Enfin, nous voilà donc réunies ! Quand on m'a dit ; en reuiraut, que vous étiez chez
i8 LES MAUVAISES TÊTES,
mon oncle Dermonl , j'ai vite donné ordre à mon cocher de m'amcner ici. Je suis vraiment honteuse de ne m'être pas trouve'e chez moi pour vous recevoir.... Mais aussi, vous auriez dû me prévenir de votre arrivée.
Mad. DE GRASSEVILLE.
Quand on vient surprendre ....
SIDONIE
Aussi agréablement que vous, c'est double plaisir. Bonjour donc, mou cher oncle! Il y a plus de deux ans que nous ne nous sommes vus.
Il n'y a que quinze mois , ma belle nièce.
SIDONIE
Loin de vous , le temps m'a donc paru bien long !
RICHARDIN, à part.
Qnoiqu'en dise ma sœur, elle paroît fort aimable.
Mad. DE GRASSEVILLE , à part.
Et bien ridiculement mise! C'est la mode.
SIDONIE
Nous allons désormais vivre ensemble. Me voilà rendue à la capitale ; j'espère bien vous y garder.
Mad. DE GRASSEVILLE.
Oh ! Je ne promets rien.
SIDONIE, avec cajolerie.
Plus de province , ma chère tante! Je viens d'en'parconrir quelques-unes, et j^e n'ai pas envie d'y retourner.
AIR : Cest l^intrigue qui varie.
La province n'est pas faite Pour vous tenter aujourd'hui j C'cst-là que , clans une fête ^ Un beau jour naquit l'ennui.
Quoique bien jeune encor, j'ai Déjà beaucoup voyagé ; Plus j'y pense et plus je dis :
« On ne vit bien qu'à Paris. »
Lorsqu'en province on s'exile , On a le plus grand tort , car Pour raoi la petite ville N'est bonne que chez Picard.
Dans cet aimable séjour, On se lève avec le joui , Et si tôt que vient Ja nuit , Vite on court se mettre au lit.
Quand l'assemblée est brillante, On lui fait, pour l'égayer, La lecture intéressante Des journaux du mois dernier.
On annonce aux spectateui s Un grand concert d'amateurs ; Mais quelle musique ils font !
Un racleur est leur Lafont.
La province fortunée Possède aussi des talents :
Des poètes d'athéuée Et des acteurs ambulants.
Quoi qu'on fasse, on n'y peut pas Eviter, à chaque pas.
Les piquets Et les banquets , Les caquets Et les paquets.
I Vous voyez qu'elle est peu faite
Pour vous tenter aujourd'hui ; C'est-là , que dans une fête , Un beau jour naquit l'ennui (i).
(1) Les théâtres des de'partements ou Pon ne voudrait pas chanter ce couplet, y substitueront les deux suivants :
SIDONIS.
AIR : JDu Carnaval de Bleissonnier<.
Oui , pour long-temps m'en voilà revenue , Et vous suivrez mon exemple bientôt :
Contre Paris vous êtes prévenue ; Vous avez tort... permettez-moi ce mot.
C'est, je vous jure, un pays de miracles ; Tous les plaisirs s'y trouvent à la fois : Bals ou concerts , fêtes , jeux ou spectacles , On n'a jamais que l'embarras du choix.
Mad. DE GRASSEVILLE.
Je n'aime pas les plaisirs, ma nièce.
SIDONIE
Si du fi-acas vous êtes ennemie ,
Vous demeurez dans un quartier lointain ;
Vous choisissez, au gré de votre envie,
Ou Y Estrapade ou le Pays latin.
Pour conserver les mœurs du premier âge ,
Le Marais même est encore cité ;
Vous pouvez , là , vivre , comme au village ^
Dans l'innocence et la simplicité.
:20 LES MAUVAISES TETliS,
Mad. DE GRASSEVILLE.
Vous avez beau dire, ma nièce; ne comptez pas me refeu'. à Paris. J'arrive pour l'assemble'e de famille , et je repars poui Caslcluaudary.
SIDONIE , la cajolant.
Oh! Non, ma bonne tante, vous ne me fi'aiterez pas avec tant de rigueur. Vous resterez chez moi, vous y commandei'ez; je vous résigne tous mes pouvoirs. Je veux avoir un bon guide , une amie siire , et je ne pourrois pas mieux choisir.