SCENE VIII
RICHARDIN, Mad. DE GRASSEVILLE.
Mad. DE GRASSEVILLE.
Le neveu est à son régimenl : je respire !
RICHARDIN
Tl vous donnoit de l'inquiétude?
Mad. DE GRASSEVILLE.
Beaucoup ! Non p;is pour moi.
ï6 LES MAUVAISES TÊTES j
RICHARDIN
Je le crois. Vous êies hors des atteintes de ramoiir.
Mad. DE GRASSE VILLE.
An reste, cet étourdi est prévenu de mes intentions. Je lui ai fait tenir par une main sûre une lettre d^ms laquelle je lui signifie de ne jamais se présenter chez ma nièce.
RICHARDIN
Très-bien vu , ma sœur. Je ne veux pas plus que vous d'un hussard dans notre famille ; il la mettroit en déroute.
Mad. DE GRASSEVILLE.
Oh ! Cela feroit deux bonnes têtes ensemble
RICHARDIN
Comment ? Est-ce qu'elle seroil un peu légère , notre nièce ?
Mad. DE GRASSEVILLE.
Oh! je vous en réponds. Ouoiqu'éloignée de la capitale, j'y ai conservé des personnes avec lesquelles je suis en correspondance , et en vérité. . .
AIR : Vaud. du Petit Courrier.
Je n'ose citer les propos Que l'on a tenus sur ma nièce :
Kuse , coquetterie , adresse , Mon frère , elle a , tous les défauts.
RICHARDIN
Peut-être votre esprit se fie A des rapports.... au moins douteux ?
Mad. DE GRASSEVILLE.
Non , car c'est sa meilleure amie Qui m'en a dit un mal aftVcux.
RICHARDIN
C^est charitable.
Mad. DE GRASSEVILLE.
-Depuis son veuvage , n'a-t-elle pas rencontré son cousin Dermont? Ils se sont pris d'inclination. Vous devez concevoir le joli mariage que cela feroit! Le cousin dissipateur j la nièce prodigue comme une financière î
RICHARDIN
Je le soupçonnois assez d'après la dépense qu'elle a fait faire dans son hôtel de Paris , vendant son voyage en Suisse.
IMad. DE GRASSEVILLE.
C'est un scandale ! . . . Des Lrouzes ! Des tableaux î
RlCHARDIÎf.
Uu salon (igyplieu !
Blad, DE GRASSEVILLE.
AIR : Armé du carquois de l^amour.
Elle a, multipliant les frais,
Satisfait mille fantaisies ,
Et remplacé tous nos portraits
Par (le folles allégories ;
A votre place on voit , je croi ,
Uu jeime homme élégant, aijuable >
Une Vénus au lieu de moi
Enfin rien n'est reconnoissable.
RICHARDIN
Oh ! Tont cela changera.
Mad. DE GRASSEVILLE.
C'est arrans;é déjà avec le futur. Je lui ai fait son plan de conduite. Avoir l'air, pendant les accords , de se prêtera toutes les idées folles, au goût de dépenses de ma nièce; mais, aussitôt le oui prononcé, la mener dans sa terre de Crussac enPérigord. Une fols confinée dans son gothique château, elle y restera; laissez - moi faire. C'est k vous, comme le doyen de la famille , de nous soutenir.
RICHARDIN
Ohî vous pouvez compter sur moi; sorez tranquille , je ne serai pas un oncle de comédie.