CCLXXXIX
La simplicité affectée est une imposture délicate,
li y a plus de défauts dans l'humeur que dans.^ l'esprit.
Le mérite des hommes a sa saison aussi bien que les fruits.
On peut dire de l'humeur des hommes, comme de la plupart des bâtiments, qu'elle a diverses faces : les unes agréables et les autres désagréables.
La modération ne peut avoir le mérite de combattre l'ambition et de la soumettre : elles ne se trouvent jamais ensemble. La modération est la langueur et la paresse de l'âme, comme l'ambition en est l'activité et l'ardeur *.
Nous aimons toujours ceux qui nous admirent, et nous n'aimons pas toujours ceux que nous admirons.
l.Var.: La modération, dans la plupart des hommes, n'a garde de combattre et de soumettre l'ambition, puisqu'elles ne se peuvent trouver ensemble, la modération n'étant d'ordinaire qu'une paresse, une langueur et un manque de courage , de manière qu'on peut justement dire à leur égard que la modération est une bassesse de l'âme, comme l'ambition en est l'élévation. — xvn.
Il s'en faut bien que nous ne connaissions toutes nos volontés.
Il est difficile d'aimer ceux que nous n'estimons point, mais il ne l'est pas moins d'aimer ceux que nous estimons beaucoup plus que nous.
Les humeurs du corps ont un cours ordinaire et réglé qui meut et qui tourne imperceptiblement notre volonté ; elles roulent ensemble et exercent successivement un empire secret en nous, de sorte qu'elles ont une part considérable à toutes nos actions sans que nous le puissions connaître. *
i. Var.: Nous ne nous apercevons que des emportements et des mouvements extraordinaires de nos humeurs et de notre tempérament, comme de la violence de la colère ; mais personne quasi ne s'aperçoit que ces humeurs ont un cours ordinaire et réglé, qui meut et tourne doucement et imperceptiblement notre volonté à des actions dillérentes ; elles roulent ensemble, s'il faut ainsi dire, et exercent successivement un empire secret en nousmêmes ; de sorte qu'elles ont une part considérable en toutes nos actions, sans que nous le puissions reconnaître. — xlviu.