CD L VII
Nous gagnerions plus de nous laisser voir tels que nous sommes que d'essayer de paraître ce que nous ne sommes pas.
CDLVIII
Nos ennemis approchent plus de la vérité dans les jugements qu'ils font de nous que nous n'en approchons nous-mêmes.
CDLIX
Il y a plusieurs remèdes qui guérissent de l'amour, mais il n'y en a point d'infaillibles.
CDLX
Il s'en faut bien que nous connaissions tout ce que nos passions nous font faire.
CDLXI
La vieillesse est un tyran qui défend, sur peine de la vie, tous les plaisirs de la jeunesse.
CDLXII
; Le même orgueil qui nous fait blâmer les défauts dont nous nous croyons exempts nous porte à mépriser les bonnes qualités que nous n'avons pas.
CDLXIII
Il y a souvent plus d'orgueil que de bonté à plaindre les malheurs de nos ennemis : c'est pour leur faire sentir que nous sommes au-dessus d'eux que nous leur donnons des marques de compassion.
CDLXIV
Il y a un excès de biens et de maux qui passe notre sensibilité.
CDLXV
Il s'en faut bien que l'innocence ne trouve autant de protection que le crime.
CDLXVI
De toutes les passions violentes, celle qui sied le moins mal aux femmes, c'est l'amour.
CDLXVII
La vanité nous fait faire plus de choses contre notre goût que la raison.
CDLXVIII
11 y a des méchantes qualités qui font de grands talents.
CDLXIX
On ne souhaite jamais ardemment ce qu'on ne souhaite que par raison.
CDLXX
Toutes nos qualités sont incertaines et douteuses en bien comme en mal, et elles sont presque toutes à la merci des occasions.
CDLXXI
Dans les premières passions les femmes aiment l'amant, et dans les autres elles aiment l'amour.
^ CDLXXII
L'orgueil a ses bizarreries comme les autres passions : on a honte d'avouer que l'on ait de la
jalousie, et on se fait honneur d'en avoir eu et d'être capable d'en avoir.
CDLXXIII
I Quelque rare que soit le véritable amour, il iTest encore moins que la véritable amitié.
CDLXXIV
11 y a peu de femmes dont le mérite dure plus que la beauté.
CDLXXV
L'envie d'être plaint ou d'être admiré fait souvent la plus grande partie de notre confiance.
CDLXXVI
Notre envie dure toujours plus longtemps lue le bonheur de ceux que nous envions.
CDLXXVII
La même fermeté qui sert à résistera l'amour lert aussi à le rendre violent et durable ; et es personnes faibles, qui sont toujours agitées les passions, n'en sont presque jamais vérita- »lement remplies.
CDLXXVIII
L'imagination ne saurait inventer tant de diverses contrariétés qu'il y en a naturellement dans le cœur de chaque personne.
CDLXXIX
Il n'y a que les personnes qui ont de la fermeté qui puissent avoir une véritable douceur; celles qui paraissent douces n'ont d'ordinaire que de la faiblesse, qui se convertit aisément en aigreur.
CDLXXX
La timidité est un défaut dont il est dangereux de reprendre les personnes qu'on en veut corriger.
CDLXXXI
Rien n'est plus rare que la véritable bonté; ceux mêmes qui croient en avoir n'ont d'ordinaire que de la complaisance ou de la faiblesse, i
CDLXXXII j
L'esprit s'attache par paresse et par constance j à ce qui lui est facile ou agréable ; cette habi-
' tude met toujours des bornes à nos connaissances, et jamais personne ne s'est donné la
I peine d'étendre et de conduire son esprit aussi loin qu'il pourrait aller.
CDLXXXIII
On est d'ordinaire plus médisant par vanité que par malice.
CDLXXXIV
Quand on a le cœur encore agité par les restés d'une passion, on est plus près d'en prendre une nouvelle que quand on est entièrement guéri.
CDLXXXV
Ceux qui ont eu de grandes passions se trouvent toute leur vie heureux, et malheureux d'en être guéris.
CDLXXXVI
Il y a encore plus de gens sans intérêt que sans envie.
CDLXXXVII
Nous avons plus de paresse dans l'esprit que dans le corps.
CDLXXXVIII
Le caime ou l'agitation de notre humeur ne dépend pas tant de ce qui nous arrive de plus considérable dans la vie que d'un arrangement commode ou désagréable de petites choses qui arrivent tous les jours.