LA PILEUSE
Filcuse 1 L'ombre est tiède et bleuâtre. Une abeille Bourdonne sourdement dans le jour qui s'endort. Et ton rouet se mêle à cette rumeur d'or Ailé qui peu à peu s'eng-ourdit et sommeille.
Il est lard. C'est le soir. Le raisin à la treille Pend et sa g-rappe est mûre à l'essaim qui la mord, Mais, pour la vendanger demain, il faut encor, Avant que vienne l'aube et que le coq s'éveille,
Que j'aie en cette argile obéissante et douce
Arrondi de la paume et façonné du pouce
Cette amphore qui s'enfle entre mes mains obscures,
Tandis que mon labeur écoute autour de lui Ton rouet imiter de son rauque murmure Quelque g'uépe invisible épaisse dans la nuit.
LES MÉDAILLKS d'aPvGILE Zj
Puisque la terre est noire et le fleuve J'arg'ent
Et que la rose mcuit sous les griffes du vent
Qui l'effeuille dans l'ombre où saigne, goutte à goutte
Le parfum de son âme et l'odeur de sa pourpre,
Pars. Le sel d'une larme a séché sur ta joue.
Le clair fleuve d'argent sanglote bas et noue
Des îles d'osier vert et de jaunes roseaux '
En corbeilles de fleurs entre les pleurs des eaux,
Car l'onde a fui toujours et n'est pas revenue.
La rose merveilleuse et la blanche statue,
L'une s'effrite en poudre et l'autre coule en sang !
Baise la double bouche éphémère, ô Passant !
La nuit doit être longue avant l'aurore fraîche;
Le vent amer est fait d'épines et de flèches^
Va! mais la route est dure et le chemin est long.
La ronce griffe; le serpent mord au talon,
Et puisqu'il faut partir, au moins, et jusqu'au jour,
Demande au souvenir et demande à l'amour.
Pour que ton pas se guide à ta main étoilée,
La lampe inépuisable et la sandale ailée.
; 8 LES MÉDAILLES d'aHGILE
CIIRYSILLA
Lorsque l'heure viendra de la coupe remplie, Déesse, éparg-ne-moi de voir à mon chevet Le Temps tardif couper, sans pleurs et sans regret, Le long fil importun d'une trop longue vie.
Arme plutôt l'Amour ; hélas! il m'a haïe Toujours et je sais trop que le cruel voudrait Déjà que de mon cœur, à son suprême trait, Coulât mon sang- mortel sur la terre rougie.
Mais non! que vers le soir en riant m'apparaisse, Silencieuse, nue et belle, ma Jeunesse!
Qu'elle tienne une rose et l'efFeuille dans l'eau;
J'écouterai l'adieu pleuré par la fontaine
Et, sans qu'il soit besoin de flèches ni de faulx,
Je fermerai les yeux pour la nuit souterraine.
LES MÉDAILLES d'aRGILE Si]
TIMANDRE
Voici la maison blanche où vécut jusqu'au soir Du long- jour studieux qui fut toute sa vie Timandre qui, jadis, dans la glaise asservie, Modela cet hermès qu'hier je t'ai fait voir.
Entre. Pousse la porte et tais-loi ; l'àtre est noir.
Voici le banc de hêtre et la dalle polie
Où sa grave tristesse ou sa joie éblouie
Chaque matin, dès l'aube, au travail vint s'asseoir.
C'est là que patient, pensif et solitaire
Il fit vivre pour nous le song-e en la matière.
Incline-toi, des dieux l'ont souvent visité.
Tu chercherais en vain le tombeau de Timandre Si la Gloire en secret n'eût, pieuse, sculpté L'urne d'argile rouge où reposât sa cendvc.