LA BARQUE
J'ai rempli jusqu'au bord, de la poupe à la proue, Des fleurs que tu cueillis en venant vers la rive, Ma barque, et le blanc lys et la rose pensive] Se reg-ardent fleurir dans l'onde, joue à joue.
Entre. Pose ton pied ; assieds-toi là, dénoue La sandale du cuir qui blesse ta chair vive Et, comme un souvenir de la terre furtive Écoute les graviers que ton talon secoue.
Amour ! tu t'es assis dans ma barque embaumée Qui, sur les lents remous où rôde l'eau charmée, Porte en elle, à la fois immobile et mouvante,
L'odeur du double Été qui nous isole en lui, Sans savoir si la rive où le fleuve serpente S'étire pour l'aurore ou s'étend pour la nuit.
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LEVEil DE LUNii
Tu m'as dit : Laisse cette arg-ile Où tu veux modeler pour moi Ma médaille exacte et frag-ile.
Tu voudrais y faire à la fois Sourire mes yeux et ma bouche Tels qu'ils sout et que tu les vois.
Laisse cette terre, n'y touche Plus, et que friable demain Elle s'effrite sous ton pouce.
L'argile, le marbre et l'airain.
Pas plus que l'eau souple et mouvante.
Ne seraient mon visage vain,
LES MÉRAII-LES d'aRGILE Cq
Vaine est rébaiiclic que tu tentes,
Car ma fugitive beauté
N'est vraiment belle que vivante.
Elle ne veut d'éternité
Que l'instant qui passe et l'emporte
Sur l'aile de la Volupté,
Et je la croirais déjà morte Si je la voyais revivant Dans celte terre qui la porte
Lorsque, les pieds nus et devant Toi qui me suis sur l'herbe fraîche.
Je marche debout dans le vent.
Le soir vient. Viens avec moi, laisse Tout cela qui n'est pas ma chair.
Le temps fuit et la vie est brève.
Le jour est encore assez clair
Pour aller jusqu'au bout des chaumes
D'où l'on voit monter de la mer
La lune ronde, molle et jaune.
70 LES MEDAILLES D AUGILE