L'ALGUE
Dans l'aurore rieuse ou le matin qui vente Je m'éveille en sursaut et pousse le volet, Et j'entends bruire au sable ou gronder au ^alet Le refrain rauque ou doux de la marée errante.
La pêche est incertaine et narg-ue qui se vante, Et souvent le poisson est rare à mon filet ; Mais j'en tire parfois une algue au beau reflet Qui s'échevèle entre mes doigts, souple et vivante.
Je la noue à mon poing- humide et je crois voir, Là-bas, dans ma maison et debout, au miroir Qui figure à ses yeux une mer immobile,
Tandis que sur les flots rame mon bras nerveux, La nocturne Beauté d'où le matin m'exile, Sortir de son lit nue et peigner ses cheveux.