‹ Les médailles d'argilé; poèmesChapitre 53 sur 116 · ODE MARINE · texte numérisé non relu

ODE MARINE

J'entends la mer

Murmurer au loin quand le vent

Entre les pins, souvent,

Porte son bruit rauque et amer

Qui s'assourdit, roucoule ou siffle, à travers,

Les pins rouges sur le ciel clair. . .

Parfois

Sa sinueuse, sa souple voix

Semble ramper à l'oreille, puis recule

Plus basse au fond du crépuscule

Et puis se tait pendant des jours

Gomme endormie

Avec le vent

Et je l'oublie...

Mais un matin elle reprend

Avec la houle et la marée,

I08 LES MÉDAILLES d'aUGILE

Plus haute, plus désespérée, Et J6 l'entends.

C'est un bruit d'eau qui souffre et gronde et se lamente

Derrière les arbres sans qu'on la voie.

Calmée ou écumante

Selon que le couchant saigne ou roug-eoie,

Se meurt ardent ou s'éteint tiède...

Sans ce grand murmure qui croît ou cesse

Et roule ou berce

Mes heures, chacune, et mes pensées,

Sans lui, cette terre crue

Et crevassée

Que çà et là renfle et bossue

Un tertre jaune où poussent roses

De rares fleurs chétives qui penchent,

Sans lui, ce lieu âpre et morose

D'où je ne vois qu'un horizon pauvre

De solitude et de silence

Serait trop triste à ma pensée

Car je suis seul, vois -tu. Toute la Vie M'appelle à son passé encor qui rit et crie Par mille bouches éloquentes Derrière moi, là-bas, les mains tendues,

LES MEDAILLES D AaGILE I CXJ

Debout et nue ;

Et moi, couché

Sur la terre durcie à mes ong-les en sang-,

Je n'ai pour v sculpter mon rêve frémissant

Et le rendre éternel en sa forme fragile

Qu'un peu d'arg-ile,

Rien d'autre

Pour façonner mes médailles mélodieuses

Où je sais dans la g-laise ocreuse

Faire, visag-e d'ombre ou profil de clarté,

Sourire la Douleur et pleurer la Beauté...

Mais dans mon âme au loin l'amour gronde ou roucoule Gomme la mer, là-bas, derrière les pins rouges.

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