MADRIGAL LYRIQUE
Vous êtes grande de tout un corps charmant
Dont l'ombre est à vos pieds, parmi les roses
Qu'effeuillent vos mains en rêvant;
La douce fleur, pétale à pétale, se pose
En papillons légers et lents;
La tige, peu à peu, s'envole de sa rose,
Et la flûte à l'écho s'accorde dans le vent.
Vous êtes belle de tout un visage qui sourit,
De vos yeux clairs qui vous font douce
A votre bouche
Où le sourire en sa grâce s'endolorit
Comme l'espoir
Qui, lèvre à lèvre, joint et touche
Les lèvres de la tristesse qui lui sourit
En son miroir...
iS.
LES MKDAILLES D AUGILE
La flûte avec le vent s'est tue au fond du soir.
Vous êtes belle de toute votre vie et de vos jours
Qui, un à un, vers vous s'en viennent
Menant l'Amour
Nu dans sa robe d'or et de laine
Avec sa g'ourde et son diadème;
A vos roses il mêlera ses épis lourds
Et, pas à pas, la main dans la sienne,
Vous irez vers l'aurore et, dans la nuit sereine
Où s'est brisée avec le vent ma flûte vaine,
Vous entendrez.
Une à une, sous les roses et les cyprès,
Chanter dans l'ombre les fontaines.
A TnAVEUS L AN IQl
STROPHES ALTERiNÉES
Je n'ai qu'un tout petit jardin Entre quatre murs où le lierre Qui les disjoint et les soutient Rampe et monte en griffant la pierre.
Les parterres y sont étroits Du buis en bordure aux allées Qui se coupent*et font la croix, Toutes droites et bien sablées.
Quand on y marche, de g-rands houx Vous égratignent au passage Délicatement la main ou Luisent durement au visage.
If)2 LES MEDAILLES D ARGILE
Un dur silence noir et vert Emplit ce jardin ?ans fontaine D'une sobre beauté d'hiver, Inflexible, grave et certaine.
Pas de bassin qui mire en l'eau Un peu de ciel et où i'on suive Le vol inverse d'un oiseau Par son ombre ailée et furtive.
P2t pas d'abeilles en été Dans ce jardin mélancolique Qui vienne g"oûter l'âpreté De ce feuillag"e métallique;
Tu ne respireras en lui Rien qu'une odeur amère et forte De cj^près^ dô myrte et de buis Sans fleur née et sans feuille morte.
Je n'ai derrière ma maison Qu'un petit coin de terre jaune Ou verte selon la saison Et diversement monotone.
A TnAVi:ns l'an I'i3
Un seul arbre y pousse et déjà Son étroite fraîcheur est f^i^rande.
Juste assez pour que, passant là, Je puisse à son ombre m'étendre.
Et son feuillag-e est si lég-er Qu'au moindre souffle dont il tremble J'entends frémir et voltiger L'essaim de ses feuilles ensemble.
Qu'un seul oiseau y chante et tout L'arbre harmonieux s'en ég"aie, Et, lorsque je me tiens debout, Je puis voir par-dessus la haie.
Et l'horizon est tout autour...
Mais mon cœur ici se repose Dans le parfum d'un même amour Et l'amour d'une seule rose.
IJ^ LES MKDAILLES d'aUGII.E