STANCES
L'hirondelle légère et la ros3 qui pencha Ont frôlé tes cheveux et caressé ta main, Et ta vie est venue à la colline blanche Parce que tu suivais les routes du matin.
Entre ; l'âtre t'accueille et la porte est ouverte ; La fraîcheur de la paix émane des murs blancs, Et la vig-ne qui monte au toit est encor verte. Entre; la maison douce est parée et t'attend ;
Mais la douce maison qui regarde l'aurore
S'ouvre aussi sur le soir, sur l'ombre et sur la nuit ;
La fleur se fanera que l'aube vit éclore;
Le pampre rougira, vert encore aujourd'hui.
A TUAVERS l'an I85
Et tu verras saigner les feuilles et les roses ; L'aurore d'où tu viens mène au soir où tu vas, Reste à l'âtre fidèle où la paix est éclose, Ferme la porte lourde et ne la rouvre pas.
Car si tu redescends de la colline claire
Où t'a mené ta vie en chantant au matin,
ïu trouveras bientôt, sournoise entre deux pierres,
La ronce qui se crispe et te mordra la main.
Et dans l'ombre mauvaise où rôdent les vents louches Qui soufflent à la face et hurlent au talon, Tu sentiras, avec leurs bouches à ta bouche, L'aile d'un oiseau noir en o-ritïos sur ton front.
iSÔ LES MÉDAILLES d'aRGILB
ODELETTE
J'aurais pu dire mon Amour
Tout haut
Dans le g-rand jour
Ardent et chaud
Du bel été d'or roux qui l'exalte et l'enivre
Et le dresse debout avec un rire
A tout écho 1
J'aurais pu dire :
Mon Amour est heureux, voyez
Son manteau de pourpre qui traîne
Jusqu'à ses pieds !
Ses mains sont pleines
De roses qu'il effeuille et qui parfument l'air ;
Le ciel est clair
Sur sa maison de marbre tiède
A TRAVERS l'an 187
Et blanc et veiné comme une chair Douce aux lèvres...
Mais non,
Je l'ai vêtu de bure et de laine;
Son manteau traîne
Sur ses talons;
Il passe en souriant à peine
Et quand il chante, c'est si bas
Que l'on ne se retourne pas
Pour cueillir sa chanson éclose
Dans le soir qu'elle a parfumé}
Il n'a ni jardin, ni maison,
Et il fait semblant d'être pauvre
Pour mieux cacher qu'il est aimé.
l88 1 tS MLiJAîLLES d'aUCILE
GONTRASfE
La chair liède où le sang- gonfle, anime et nourrit Ta peau voluptueuse et souple qu'il colore D'une rougeur de pêche et d'un reflet d'aurore, T'a faite, en ton corps, femme et femme par l'espii'
Ton oreille est docile et ta bouche sourit
A toute la nature odorante et sonore,
Et ta jeune beauté semble toujours éclore,
Sensible à ce qui naît, chante, embaume et fleurit;
Mais Elle, taciturne à jamais, la Statue
Qui, immobile au bronze, attentive, s'est tue,
Semble écouter en elle et méditer tout bas.
Dans le métal durci qui moule sa stature Et la dresse debout et se croisant les bras, Le secret anxieux de la matière obscure.
A TRAVERS l'an ISq