‹ Les médailles d'argilé; poèmesChapitre 79 sur 116 · STANCES · texte numérisé non relu

STANCES

L'hirondelle légère et la ros3 qui pencha Ont frôlé tes cheveux et caressé ta main, Et ta vie est venue à la colline blanche Parce que tu suivais les routes du matin.

Entre ; l'âtre t'accueille et la porte est ouverte ; La fraîcheur de la paix émane des murs blancs, Et la vig-ne qui monte au toit est encor verte. Entre; la maison douce est parée et t'attend ;

Mais la douce maison qui regarde l'aurore

S'ouvre aussi sur le soir, sur l'ombre et sur la nuit ;

La fleur se fanera que l'aube vit éclore;

Le pampre rougira, vert encore aujourd'hui.

A TUAVERS l'an I85

Et tu verras saigner les feuilles et les roses ; L'aurore d'où tu viens mène au soir où tu vas, Reste à l'âtre fidèle où la paix est éclose, Ferme la porte lourde et ne la rouvre pas.

Car si tu redescends de la colline claire

Où t'a mené ta vie en chantant au matin,

ïu trouveras bientôt, sournoise entre deux pierres,

La ronce qui se crispe et te mordra la main.

Et dans l'ombre mauvaise où rôdent les vents louches Qui soufflent à la face et hurlent au talon, Tu sentiras, avec leurs bouches à ta bouche, L'aile d'un oiseau noir en o-ritïos sur ton front.

iSÔ LES MÉDAILLES d'aRGILB

ODELETTE

J'aurais pu dire mon Amour

Tout haut

Dans le g-rand jour

Ardent et chaud

Du bel été d'or roux qui l'exalte et l'enivre

Et le dresse debout avec un rire

A tout écho 1

J'aurais pu dire :

Mon Amour est heureux, voyez

Son manteau de pourpre qui traîne

Jusqu'à ses pieds !

Ses mains sont pleines

De roses qu'il effeuille et qui parfument l'air ;

Le ciel est clair

Sur sa maison de marbre tiède

A TRAVERS l'an 187

Et blanc et veiné comme une chair Douce aux lèvres...

Mais non,

Je l'ai vêtu de bure et de laine;

Son manteau traîne

Sur ses talons;

Il passe en souriant à peine

Et quand il chante, c'est si bas

Que l'on ne se retourne pas

Pour cueillir sa chanson éclose

Dans le soir qu'elle a parfumé}

Il n'a ni jardin, ni maison,

Et il fait semblant d'être pauvre

Pour mieux cacher qu'il est aimé.

l88 1 tS MLiJAîLLES d'aUCILE

GONTRASfE

La chair liède où le sang- gonfle, anime et nourrit Ta peau voluptueuse et souple qu'il colore D'une rougeur de pêche et d'un reflet d'aurore, T'a faite, en ton corps, femme et femme par l'espii'

Ton oreille est docile et ta bouche sourit

A toute la nature odorante et sonore,

Et ta jeune beauté semble toujours éclore,

Sensible à ce qui naît, chante, embaume et fleurit;

Mais Elle, taciturne à jamais, la Statue

Qui, immobile au bronze, attentive, s'est tue,

Semble écouter en elle et méditer tout bas.

Dans le métal durci qui moule sa stature Et la dresse debout et se croisant les bras, Le secret anxieux de la matière obscure.

A TRAVERS l'an ISq

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