L'ABRI
Clos la fenêtre obscure et ferme la maison ; Laisse monter le lierre et dormir le silence, Et que des mille fers de sa multiple lance La plante aux bras noueux garde notre horizon.
Le printemps, au dehors, embaume le gazon ; Cueille la fleur qui rit, cueille la fleur qui pense; Notre triste jardin que la mort ensemence Est l'âtre que blanchit la cendre du tison.
N'entre pas. Laisse-nous, à nous qui sommes mortes, L'abri mystérieux des seuils clos et des portes. Ton pas te reviendrait au fond du corridor.
Le silence appartient aux voix qui se sont tues, Car chaque Ombre toujours habite toute encor La chambre solitaire où elles furent nues.
208 LES MÉDAILLES d'aUjH-E
aoE
Amour !
J'ai voilé ta face au fond de mes songes,
Amour !
J ai voil6 ta face au fond de mes jours
Kt tes yeux clairs et ta bouche lente
Qui me parlait à l'oreille dans l'ombre;
J'ai couronné ta chevelure tiède et long-ue
De feuilles et de violettes en guirlandes
Et j'ai lâché, à l'aube, tes colombes
Et j'ai éteint du pied ta torche noire
Et j'ai brisé ton arc et dispersé tes flèches,
Amour !
J'ai voilé ta face au fond de ma mémoire
Et de mes jours.
Parce que le Printemps chantait dans l'aurore Le long" du calme fleuve et des jeunes roseaux,
A THAVEnS l'an 201
Parce qu'Avril riait dans la grotte sonore Vit filant sur le seuil l'arg^cnt de ses fuseaux, Parce que le bois frais pleuvait de soleil clair Et que les sentiers bleus entraient dans la forêt Et que l'étoile enfin se levait sur la mer, La môme qui monta derrière les cyprès, Amour aux yeux cruels de lanc^ueur et de honte Par qui tant de printemps me furent sans douceur, J'ai voilé ton regard et j'ai laissé dansi'ombre Ton visage aux yeux clairs de rire et de langueur.
Si l'Été roux de blés et rouge de roses,
Si l'Eté ■
Mystérieux de force et de maturité,
Si l'Été des soirs d'or et des matins fauves
Avec ses fruits mûrs qui jutent en gouttes chaudes
Aux lèvres lasses qui les mordent,
Si l'Été
De soleils éclatants, de midis et d'étoiles
Qui chante au vent de tout l'or mûr de ses blés lourds,
Qui crie et saigne de toutes ses roses.
N'avait pas enivré mon sang, ô doux AmouF,
Eussé-je ainsi voilé ta bouche
De lourde rose
Douce à ma bouche ?
la.
Voici l'Automne.
Le Printemps et rÉté sont morts, heure par heure ;
L'Automne de toutes ses fontaines les pleure :
Jet d'eau qui sang^lote, vasque qui chantonne,
Sources qui bruissent,
Grottes en larmes des stalactites ;
Et te voici au bout de l'allée
Où les feuilles mortes s'endolorissent
De pourpres pâles et d'or fané;
VX tu es là, Amour, et ta face est voilée.
Tes couronnes
Sont sèches.
Ton arc brisé g'ît parmi tes flèches. . .
I\allumeral-je de la cendre où elle est morte
Ta haute torche
Pour éclairer l'ombre et le soir ?
Tes yeux ne veulent plus me voir.
Amour, Amour !
Ta bouche est froide sur la mienne
Et j'entends du fond de mes jours
Le Passé te pleurer de toutes ses fontaines t
A Tl\AVF.nS I. AN 3II
BLANCHE OOURONNE
Blanche couronne ! grâce ancienne De tes deux noms de fleurs et d'eau, Tu es aussi Douce-Fontaine Pour tes roses et tes roseaux.
L'eau verte dort aux douves tièdes.
L'eau fraîche veille au fond du puits, Le jardin vaste est plein de cèdres Et le vieux cloître plein de buis.
Les g-lycines aux arceaux blancs
Montent et le lierre rampe ;
De la fenêtre on voit les champs,
Des champs, là-bas, on voit les lampes.
LES MEDAÎLr.ES l» A/iGILE
Douceur du soir, foyer d'automne 1 Tout le bois d'or, et les pins verts Avec la plainte monotone Du vent qui leur vient de la mer.
Joie au matin, paix de midi, La promenade autour du cloître Où l'on voit sur le mur tiédi Son ombre grandir ou décroître,
Solitude, chère ruine Où l'âtre a des flammes encor, Où l'écho vers nous s'achemine Du fond des vastes corridors ;
Roses, fleurissez-la toujours 1 Sa plus belle fleur est la mienne Et j'ai bu dans ce doux séjour L'onde de la Douce-Fontaine;
L'automne où cet an va finir Est doux de nos ombres passées Et je tresse à son souvenir Cette couronne de pensées.
A TRAVERS l'a!^ 21 J