‹ Les médailles d'argilé; poèmesChapitre 86 sur 116 · L'ABRI · texte numérisé non relu

L'ABRI

Clos la fenêtre obscure et ferme la maison ; Laisse monter le lierre et dormir le silence, Et que des mille fers de sa multiple lance La plante aux bras noueux garde notre horizon.

Le printemps, au dehors, embaume le gazon ; Cueille la fleur qui rit, cueille la fleur qui pense; Notre triste jardin que la mort ensemence Est l'âtre que blanchit la cendre du tison.

N'entre pas. Laisse-nous, à nous qui sommes mortes, L'abri mystérieux des seuils clos et des portes. Ton pas te reviendrait au fond du corridor.

Le silence appartient aux voix qui se sont tues, Car chaque Ombre toujours habite toute encor La chambre solitaire où elles furent nues.

208 LES MÉDAILLES d'aUjH-E

aoE

Amour !

J'ai voilé ta face au fond de mes songes,

Amour !

J ai voil6 ta face au fond de mes jours

Kt tes yeux clairs et ta bouche lente

Qui me parlait à l'oreille dans l'ombre;

J'ai couronné ta chevelure tiède et long-ue

De feuilles et de violettes en guirlandes

Et j'ai lâché, à l'aube, tes colombes

Et j'ai éteint du pied ta torche noire

Et j'ai brisé ton arc et dispersé tes flèches,

Amour !

J'ai voilé ta face au fond de ma mémoire

Et de mes jours.

Parce que le Printemps chantait dans l'aurore Le long" du calme fleuve et des jeunes roseaux,

A THAVEnS l'an 201

Parce qu'Avril riait dans la grotte sonore Vit filant sur le seuil l'arg^cnt de ses fuseaux, Parce que le bois frais pleuvait de soleil clair Et que les sentiers bleus entraient dans la forêt Et que l'étoile enfin se levait sur la mer, La môme qui monta derrière les cyprès, Amour aux yeux cruels de lanc^ueur et de honte Par qui tant de printemps me furent sans douceur, J'ai voilé ton regard et j'ai laissé dansi'ombre Ton visage aux yeux clairs de rire et de langueur.

Si l'Été roux de blés et rouge de roses,

Si l'Eté ■

Mystérieux de force et de maturité,

Si l'Été des soirs d'or et des matins fauves

Avec ses fruits mûrs qui jutent en gouttes chaudes

Aux lèvres lasses qui les mordent,

Si l'Été

De soleils éclatants, de midis et d'étoiles

Qui chante au vent de tout l'or mûr de ses blés lourds,

Qui crie et saigne de toutes ses roses.

N'avait pas enivré mon sang, ô doux AmouF,

Eussé-je ainsi voilé ta bouche

De lourde rose

Douce à ma bouche ?

la.

Voici l'Automne.

Le Printemps et rÉté sont morts, heure par heure ;

L'Automne de toutes ses fontaines les pleure :

Jet d'eau qui sang^lote, vasque qui chantonne,

Sources qui bruissent,

Grottes en larmes des stalactites ;

Et te voici au bout de l'allée

Où les feuilles mortes s'endolorissent

De pourpres pâles et d'or fané;

VX tu es là, Amour, et ta face est voilée.

Tes couronnes

Sont sèches.

Ton arc brisé g'ît parmi tes flèches. . .

I\allumeral-je de la cendre où elle est morte

Ta haute torche

Pour éclairer l'ombre et le soir ?

Tes yeux ne veulent plus me voir.

Amour, Amour !

Ta bouche est froide sur la mienne

Et j'entends du fond de mes jours

Le Passé te pleurer de toutes ses fontaines t

A Tl\AVF.nS I. AN 3II

BLANCHE OOURONNE

Blanche couronne ! grâce ancienne De tes deux noms de fleurs et d'eau, Tu es aussi Douce-Fontaine Pour tes roses et tes roseaux.

L'eau verte dort aux douves tièdes.

L'eau fraîche veille au fond du puits, Le jardin vaste est plein de cèdres Et le vieux cloître plein de buis.

Les g-lycines aux arceaux blancs

Montent et le lierre rampe ;

De la fenêtre on voit les champs,

Des champs, là-bas, on voit les lampes.

LES MEDAÎLr.ES l» A/iGILE

Douceur du soir, foyer d'automne 1 Tout le bois d'or, et les pins verts Avec la plainte monotone Du vent qui leur vient de la mer.

Joie au matin, paix de midi, La promenade autour du cloître Où l'on voit sur le mur tiédi Son ombre grandir ou décroître,

Solitude, chère ruine Où l'âtre a des flammes encor, Où l'écho vers nous s'achemine Du fond des vastes corridors ;

Roses, fleurissez-la toujours 1 Sa plus belle fleur est la mienne Et j'ai bu dans ce doux séjour L'onde de la Douce-Fontaine;

L'automne où cet an va finir Est doux de nos ombres passées Et je tresse à son souvenir Cette couronne de pensées.

A TRAVERS l'a!^ 21 J

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