‹ Les médailles d'argilé; poèmesChapitre 85 sur 116 · L'ENTRÉE AU PARC · texte numérisé non relu

L'ENTRÉE AU PARC

Vous entrerez

En vous courbant,

Par la petite porte basse

A l'angle du long- mur, voici

La lourde clef de fer noirci...

Vous vous assoierez sur le banc.

Il est velu de mousse grasse ;

Le temps l'a rongé et il penche

Mais il est de marbre,

Et, souvent

Des feuilles mortes.

De branche en branche,

Au gré du vent,

Tombent, lentement des vieux arbres

Mystérieux et tout en or,

Et leur chute molle et légère

A TRAVEUS l'an 2o5

Caresse, frôle, effleure et flaire

Le vieux marbre velu qui dort.

Vous entendrez

Bientôt, peu à peu, de plus près

Et sourdement comme en vous-même

Vivre et respirer le silence.

Le vieux parc est plein de fontaines

Qui rient et pensent

Et parlent bas et qu'on entend

Gémir entre elles doucement

Et se murmurer l'une à l'autre,

Car l'eau oublie et passe et ment,

De vieux secrets qui sont les nôtres

Trop vag-ues pour qu'on s'en souvienne, ,,

Mais n'écoutez pas les fontaines.

N'écoutez pas,

Non plus, si c'est le soir,

Les colombes qui roucoulent encor

Dans les cimes des arbres d'or.

Ni celles qui s'entrelamentent

A la pointe des cyprès noirs ;

N'écoutez pas, si c'est le soir.

Les fontaines, ni les colombes,

Ni la feuille qui tombe

Devant vos pas.

206 LES MÉDAILLES DAUGILE

L'allée est large et claire et douce Et si vous marchez sur sa mousse Le silence ira avec vous, Comme il est venu avec moi, Jusqu'au miroir où l'on se voit A soi-même sa Destinée.

C'est un bassin où dort depuis que tu es née

Une eau mélancolique en un marbre fidèle.

Pas une goutte ne s'est perdue,

L'onde est intacte, toute, et telle

Que le Temps l'amassa jusques à ta venue,

Et auprès d'elle

Se tiennent debout deux statues,

Ailées et nues,

Et toutes deux qui sont l'Amour

Mais l'une va sourire et l'autre va pleurer,

Approche-toi, viens le mirer

A ton Destin.

Le clair miroir est incertain.

Si tu t'y entrevois en pleurs ou souriante,

Ta bouche trouvera celle qui lui ressemble

Et son baiser t'attend aux lèvres de la vie. . .

fit dans l'eau du bassin le double Amour t'épie.

A TUAVEUS L AN

Page 1