‹ Les médailles d'argilé; poèmesChapitre 90 sur 116 · L'ABBESSE · texte numérisé non relu

L'ABBESSE

Fière et triste à jamais qu'un Dieu fût mort pour elle, En échang-e du sanjç répandu sur la croix, Sa jeunesse a donné par amour et par choix Au Seig-neur sa beauté que le Seigneur fît belle.

Elle a vécu longtemps, humble, chaste et fidèle Dans la blanche cellule et les cloîtres étroits, Mais ses Sœurs, à son tour, voulurent que leurs fois S'en remissent en paix à sa sainte tutelle.

La bure vêt son corps que le linge embéguine;

Le jeûne a macéré sa fig-ure sanguine;

Son doigt suit sur la pag-e entr'ouverte à ses jeux

La majuscule ornée et la lettre onciale,

Tandis qu'à l'autre main, où luit l'anneau pieux,

Se recourbe et fleurit la Crosse abbatiale.

LA païenne

Piomel tes dieux sont morts, et ta maigre tétine, Louve de bronze, pend d'avoir trop allaité I Mais le fantôme nu de l'antique beauté Erre encore aujourd'hui sur la terre latine.

La statue est brisée et la stèle s'incline; Le roseau se lamente où la flûte a chanté, Et lu restes toujours belle d'avoir été, Par le sourire pur des Déesses, divine.

Et, voyageur pieux, j'ai voulu qu'au retour Ma Dame ainsi fut peinte en ce cadre à son tour Debout sur le clair mont que l'aurore ensoleille,

Entre Pallas revêche et Junon furieuse,

Car sa gorge rivale à sa pointe est vermeille

Du même sang divin que la Victorieuse.

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