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BOURSE DE VOYAGE ET MENTION HONORABLE

GARDETTE (Louis)

Né à Paris

Elève de PILS et LEHMANN

d’Hérisson dans son «

« On nous remit le corps du général Guilhem percé d’une dizaine de balles. Les Prussiens donnèrent à cette remise autant de solennité qu’en comportait la disposition des avant-postes où elle avait lieu. Des soldats apportèrent le cercueil couvert de fleurs et de feuillages verts, et à mesure qu’ils passaient avec le funèbre fardeau, les postes grand’gardes, les sentinelles isolées, présentaient les armes, les officiers saluaient de l’épée; c’était plus saisissant au milieu de cette campagne désolée et hachée qu’un défilé en grande pompe devant un corbillard empanaché à la grille des Invalides ».

C’est ce fait héroïque, raconté par M. le comte Journal d’un officier d’ordonnance », que M. Gar-

dette a interprété dans la vaste et intéressante composition qui lui a valu une bourse de voyage et dont l’État vient de faire 1 acquisition. Ce jeune artiste qui semble avoir une prédilection très marquée pour les sujets militaires, comme l’attestent ses envois aux Salons de 1884 et 1885, En ligne de bataille et Charge de cuirassiers, est doué d’un riche tempérament de peintre. Si je ne me trompe il a dû rêver longtemps devant les chefs-d’œuvres de Géricault, car il a la facture large et vigoureuse et le coloris chaud et puissant de ce maître. De tous les peintres de sujets militaires actuellement vivants, MM. Médard et Gardette me semblent les mieux doués pour faire une œuvre durable.

J’ajouterai cependant que si M. Gardette a su dramatiser avec beaucoup d’émotion et de talent le sujet qu’il a choisi, que si la scène est parfaitement comprise, que si la recherche du mouvement est juste, que si l’ordonnance est excellente, l’harmonie des couleurs n’est pas toujours irréprochable. Le peintre aurait dû se montrer un peu plus discret dans le choix de ses moyens d’impression matérielle. Le dolman jaune clair de son guide de la garde hurle-t-il assez fort dans le grave concert des valeurs sombres de la composition !

Mais ce n’est là qu’une ponctuation maladroite, une faute d’inexpérience que le conseil supérieur des Beaux-Arts, sévère mais juste, condamne M. Gardette à expier en l’obligeant à faire un pèlerinage artistique à Venise.

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